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Au c?ur des pauvres

15 février 2007, 00:00

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Maria Victoire, 45 ans, n?est pas une femme pressée. La Mauricienne sait bien que le combat dans lequel elle s?est engagée en faveur des plus pauvres est de longue haleine. Pour preuve, alors que le mouvement ATD Quart-Monde a été fondé en 1956 et qu?une des revendications de son fondateur, le père Joseph Wresinski, a toujours été d?avoir une journée internationale consacrée au refus de la misère, il a fallu attendre 36 ans et un nombre incalculable de marches pacifiques pour que les Nations Unies arrêtent la date du 17 octobre à cet effet. ?Même si les résultats ne sont pas immédiatement perceptibles, je crois en mon engagement et je suis toujours passionnée par ma mission.?

Il faut dire que Maria a toujours eu la fibre sociale extrêmement développée. Sa foi chrétienne y est pour quelque chose. Son premier emploi à Maurice est d?ailleurs à l?Institut pour le développement et le progrès où elle travaille pendant sept ans comme Revolving Fund Officer, animant entre autres des sessions d?alphabétisation et évaluant des projets de renforcement des capacités pour futurs petits entrepreneurs. Et quand l?institut ferme ses portes pour mieux redémarrer avec d?autres personnes, Maria est fidèle au poste.

C?est au contact de deux volontaires permanents de l?ATD Quart-Monde à Maurice qu?elle découvre le livre du père Wresinski intitulé Les Pauvres sont l?Église et dont la lecture transforme sa vision des plus démunis. ?La lecture de ce livre a été une claque pour moi. Jusque-là, je croyais ?uvrer pour les pauvres mais en réalité, je ne les connaissais pas.?

Maria définit la misère comme une accumulation de malheurs de génération en génération. ?Ce sont des gens qui vivent dans la précarité et l?exclusion. Lorsqu?un être humain est arrivé à mendier, on dit qu?il a mis sa dignité de côté à cause de ses enfants. Les plus pauvres ont une autre conception des choses et surtout une autre culture de survie. Il faut les écouter pour le comprendre. Mais en général, on ne les voit pas, on ne les écoute pas. On ne voit que la laideur, la saleté. On ne voit pas que derrière tout cela, il y a l?Homme dans toute sa dignité.?

C?est à la suite de cette révélation qu?elle décide de s?engager comme volontaire permanente auprès de l?ATD Quart-Monde. Après six mois passés à mieux connaître le mouvement à Maurice, elle s?envole pour la France et passe deux ans et demi au Foyer Familial de Noisy-le-Grand, en banlieue parisienne, qui est le berceau du mouvement. Après avoir été responsable du foyer, elle change de mission et se rend au centre international de l?ATD Quart-Monde à Pierrelaye, toujours en banlieue parisienne où sa responsabilité majeure est de recueillir au quotidien ce qu?ont à dire les plus pauvres. ?C?est une mission d?accompagnement sur la durée et briser la glace avec eux n?est pas toujours évident car nous croyons tout savoir sur eux et nous faisons des gaffes. À ce moment-là, ils nous reprennent.?

Les témoignages recueillis font généralement leur chemin auprès des Nations Unies pour que ces réalités soient relayées aux décideurs et considérées lors de l?élaboration de politiques. ATD Quart-Monde ne se contente pas d?être un porte-parole. Il fait en sorte que ces deux mondes aux antipodes, c?est-à-dire les plus pauvres et le représentant des Nations Unies (NU) et d?autres institutions représentatives des gouvernements se rencontrent. D?ailleurs, avant qu?il ne se retire en tant que secrétaire général des NU, Kofi Annan a reçu une délégation internationale de familles vivant dans l?exclusion, de même que ceux qui ?uvrent à leur côté pour améliorer leur sort.

À l?issue d?une mission de quatre ans à l?île s?ur, Maria a été envoyée dans les Appalaches, dans l?état de Virginie aux États-Unis, région qui est ?l?emblème de la pauvreté. Là-bas, les gens vivent dans une isolation extrême?. Après les attentats du 11 septembre, elle a été mutée à la Nouvelle Orléans où, avec un autre volontaire permanent, elle se dépense sans compter auprès des pauvres que l?ouragan Katrina a malheureusement éparpillés dans différents états. ?Nous n?avons rien à donner à part l?écoute. Nous sommes dans la continuité de l?accompagnement et dans la reconnaissance de leur vécu.? Elle anime aussi des bibliothèques de rues avec les enfants du quart-monde pour créer un pont entre les familles et l?école. ?Ce sont des enfants intelligents mais il faut leur donner l?espace nécessaire pour réussir.?

Maria repart aux États-Unis lundi après des vacances bien méritées dans son pays natal. Si elle considère que des progrès ont été réalisés en matière de reconnaissance des plus pauvres, elle pense que c?est insuffisant. ?Il faut faire des plus pauvres une priorité car pour eux, tous les jours c?est le 17 octobre. On les casse encore, on les humilie encore. De plus, les politiciens changent et il faut sans cesse recommencer notre plaidoyer car rien n?est donné sur un plateau. Ce qu?il faut, c?est faire des pauvres des partenaires à part entière et élaborer des politiques les concernant après les avoir consultés??

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