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Au chevet de Brown-Séquard
«Enfin un environnement agréable pour les patients ! Mais les soins seront-ils à la hauteur de la nouvelle infrastructure ? », se demande un infirmier de l?hôpital psychiatrique Brown-Séquard.
À cinq mois de l?ouverture du nouvel établissement, les blouses blanches se posent des questions. Elles se demandent ce qui sera fait pour que les malades puissent intégrer la société. Questions d?autant plus pertinentes que l?on fête aujourd?hui la Journée de la santé mentale.
Voilà plusieurs années que Patrice (nom fictif) travaille dans cet établissement, vieux de 151 ans. Au fil du temps son enthousiasme à soigner les malades mentaux a laissé la place à la frustration. « Ce sont les mêmes patients que l?on voit maintes et maintes fois revenir à l?hôpital psychiatrique. J?ai l?impression de tourner en rond, que mon travail n?a aucun sens. »
Rien d?étonnant à cela. Selon les statistiques, 50 à 60 % des malades mentaux rechutent une fois qu?ils sortent de l?hôpital. D?où vient la faille ?
<B>Ils rentrent avec un semblant de guérison</B>
Plusieurs facteurs peuvent l?expliquer, affirment les infirmiers. Selon eux, les patients ne bénéficient que très rarement de thérapie de groupe à l?hôpital. Ils affirment également qu?il n?y a aucun suivi psychologique, une fois que le traitement médical est donné.
« Le manque de Community Psychiatric Nurses se fait cruellement sentir. Leur travail consiste à suivre ces patients et à apporter le soutien nécessaire à la famille pour qu?elle puisse aider le malade à s?adapter à la société. » Or rien de tel n?existe.
L?effet se fait ressentir pour les alcooliques. Remis sur les rails après un traitement aux psychotropes, ils rentrent chez eux avec un semblant de guérison. Mais à peine quelques semaines plus tard, les voilà qui reviennent à l?hôpital dans un piteux état. Les chiffres parlent d?eux-mêmes : actuellement, moins de 10 % des alcooliques parviennent à s?en sortir.
<B>Un infirmier s?occupe de 40 malades</B>
À Brown-Séquard, le nombre d?infirmiers formés en psychiatrie se compte sur les doigts d?une main.
« Ils n?ont pas la compétence voulue pour travailler avec les malades, ni le temps pour leur parler. » Il faut savoir qu?un infirmier s?occupe en moyenne de 40 malades.
Pourtant, le Dr Geeaneswar Gaya, psychiatre de l?hôpital Brown-Séquard, ne partage pas cet avis. « Il existe bel et bien un follow-up que l?on fait, en plus de toute une panoplie de traitements offerts. Mais trop souvent, les patients ne viennent pas à leur rendez-vous », dit-il pour expliquer le taux élevé de rechutes.
Il faut faire l?éducation des patients, ajoute-t-il, car parfois, ils ne suivent pas correctement le traitement. « Par exemple, un dépressif met au moins six mois pour guérir. Or, certains cessent de prendre les médicaments au milieu de leur traitement. »
Le cas des malades souffrant de schizophrénie est pire. « Ils arrivent à l?hôpital lorsque la maladie est bien avancée. Pendant tout ce temps, leur entourage n?a pas voulu voir la vérité en face? »
Pour ce qui est du personnel, il assure qu?une quarantaine de Community Psychiatric Nurses a déjà été formée. Douze futurs psychiatres, qui suivent actuellement une formation à Bordeaux, viendront renforcer les rangs des médecins à Brown-Séquard et dans les hôpitaux régionaux. Espérons que les efforts consentis par l?État seront bénéfiques pour les malades mentaux.
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