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Au bonheur des commerçants
Linsley F. est un jeune collégien de la région de Beau-Bassin. Il s?inscrira en Form V à la rentrée prochaine. Mais pour l?heure, il a profité de ses vacances pour? travailler et réaliser quelques économies, afin d?accéder à l?objet de ses rêves : une bicyclette VTT haut de gamme, valant environ dix mille roupies de plus que ce qu?il a pu économiser.
Pour l?acheter, sa mère devra signer des engagements pour régler le solde par mensualités. Elle explique : «C?est la période des fêtes et nous autres parents sommes prêts à consentir à n?importe quel sacrifice pour la joie de ceux qui nous sont chers. En temps normal, je ne crois pas que j?accepterais de commettre cette folie.»
Idem pour la famille J., qui souhaite aussi garder l?anonymat. Les fêtes de fin d?année s?annoncent belles avec de nouveaux achats : «Pendant 8 ans, nous avons gardé l?essentiel de nos appareils», nous explique le père de famille. «Tenez, le téléviseur par exemple. Cela fait dix ans que nous l?avons. Nous préférons le remplacer par un écran plat pour plus de confort. En ce qui concerne le réfrigérateur, nous avons opté pour un modèle à double porte car nos enfants grandissent et les provisions s?épuisent beaucoup plus vite. Nous avons aussi choisi de changer les fauteuils du séjour, les meubles de la salle à manger et la machine à laver le linge parce que tout cela est devenu bien vétuste.»
La consommation des ménages en fin d?année connaît une augmentation fulgurante. L?engouement festif incite même le consommateur, d?ordinaire prudent, à dépenser sans compter. Les gratifications de fin d?année expliquent en partie cette générosité et cet «emballement» des portefeuilles.
Mais il faut aussi retenir comme l?une des raisons pour ces achats quasi-frénétiques, la culture séculaire d?entamer la nouvelle année avec de nouvelles acquisitions. L?affluence que l?on observe devant les supermarchés, les grands magasins, les boutiques etc.. indique l?explosion de la consommation en novembre et décembre.
Les banques jouent le jeu
Pour Jean-Philippe Gaillard, du service marketing de Galaxy, «tout se vend bien en cette fin d?année. Néanmoins, nous dirons que les articles tels que la téléphonie, les DVD, les téléviseurs à écran plat LCD font partie des équipements les plus vendus chez nous à Galaxy ». Les ménages achètent un peu de tout, des rideaux aux téléphones portables en passant par des jeux vidéo, pour la grande joie de leurs enfants.
Certaines institutions bancaires jouent bien le jeu en accordant des prêts immédiats (instant loans) à des taux d?intérêt préférentiels. A la Mauritius Commercial Bank, la bousculade pour ce type de prêt (jusqu?à Rs 500 000) est telle que la direction a décidé de proroger l?offre jusqu?au 31 décembre. Les demandes concernent l?électroménager, dont les équipements pour la cuisine ou l?audiovisuel, l?achat de meubles, la rénovation de la maison (le carrelage, la peinture) ou encore les voyages.
Pour être en phase avec cette «folie» dépensière, certaines grandes surfaces ont initié différentes campagnes de promotion. Chez Cash and Carry, par exemple, de nouvelles modalités de paiement ont, pour l?occasion, été taillées sur mesure pour ceux qui veulent s?offrir un ordinateur.
De l?avis des responsables des magasins, la propension à consommer des ménages ne cesse d?augmenter en fin d?année. Pour J.M, l?un des responsables d?un grand centre commercial et qui a voulu garder l?anonymat, «les ménages sont prêts à dépenser beaucoup plus en période de fin d?année. Et il s?avère qu?au fil des ans, on assiste à un accroissement du budget familial consacré à cet effet. Peut-être pouvons-nous attribuer ce phénomène à l?augmentation du coût de la vie. Mais toujours est-il qu?un ménage est capable d?effectuer des achats de l?ordre d?un million de roupies aujourd?hui contre une centaine de milliers de roupies il y a une dizaine d?années. Pour la plupart, si on leur donne le choix, ils n?hésitent pas à opter pour le haut de gamme ou le moyen de gamme, quel qu?en soit le prix.»
Cependant, au-delà de cette fièvre dispendieuse, certains ménages gardent, par contre, toute leur sérénité. C?est le cas de la famille A. de Palma, Quatre-Bornes. «Ma priorité en cette période n?est pas de changer mes appareils. Ils fonctionnent encore bien. Je préfère garder mes économies pour financer les études de ma fille qui est à l?université. Après, quand elle aura fini, il serait toujours temps de me mêler à la danse générale», ironise ce père de famille.
Nico PANOU
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