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Attention aux jeunes !
<B>Par Nazim ESOOF</B>
Des collégiens dans la rue. Cela ne s?était pas vu depuis longtemps. Les clichés sur l?absence d?engagement des jeunes sont rendus caducs, diront les adeptes du jeunisme. C?est une manifestation ponctuelle sans être révélatrice d?un quelconque mouvement de fond, répondront les plus optimistes. Il s?agit aujourd?hui de ne pas truquer le débat.
La contestation de rue, quelle qu?elle soit, n?est jamais un épiphénomène qu?on peut traiter cavalièrement. Elle l?est encore moins lorsqu?elle vient d?une jeunesse qu?on se complaisait à trouver passive. Une telle manifestation rouvre en fait la frontière des idées et inscrit les événements dans un contexte social sinon d?agitation du moins de fébrilité. Avant les collégiens, on a eu les ex-employés de la DWC, les victimes de la vente à la barre...
Ce n?est pas une actualité nouvelle. Il ne faudrait pas faire preuve d?amnésie. On se souviendra ainsi des manifestations récurrentes au moment où Paul Bérenger occupait le fauteuil de Premier ministre. Nombreux étaient les regroupements des ?maléré? qui scandaient leur rejet de la rationalisation économique et politique imposée par le leader du MMM et son gouvernement. En accélérant le processus de modernisation de l?économie, le gouvernement fait les frais d?une contestation grandissante.
Désormais, c?est une succession d?actions de désapprobation qui mérite qu?on s?y arrête sans verser dans l?alarmisme. Car nous sommes encore très loin de la violence qui traduit l?aspiration d?une nouvelle légitimité sociale. Nous serions davantage dans un temps de transition où les velléités de contestation font surface.
Evitons pourtant les emportements idéologiques qui opposent aujourd?hui un pouvoir de droite à une opinion publique en révolte. L?indigence de la communication gouvernementale est surtout révélatrice des tiraillements entre des individus qui n?arrivent plus à s?entendre pour parler d?une même voix pour la majorité.
Ce qui relève d?un mal plus profond, c?est l?incapacité de ce gouvernement d?imaginer le gouffre dans lequel s?enfonce une bonne partie de la population. Les gouvernants sont, en ce sens, en état de rupture avec les gouvernés.
Ceux-ci ont compris la nécessité de la rigueur. Mais ils ne comprennent plus les raisons pour lesquelles ils doivent continuer à se sacrifier. Le marché radical ne fait pas de distinction entre ceux qui peuvent subir le régime de rigueur et ceux qui ne le peuvent pas. Le débat, depuis quelque temps, ne concerne plus la seule question du ciblage. Il a trait à la capacité de la société à assurer le processus de légitimation de nouveaux groupes sociaux. Or, une grande incommunicabilité s?est installée. Il y a les détenteurs et les dépositaires de la vérité économique qui se refusent à accorder tout crédit aux voix souterraines ayant le malheur d?exprimer le rêve d?un ordre ancien et l?impératif de l?adaptabilité aux nouvelles règles.
Avant que la protestation n?enfle et ne devienne révolte, avant que le temps de la fureur ne s?installe, il serait judicieux de renouer avec un climat de dialogue. Surtout avec ceux qui parlent le moins? les jeunes.
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