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Assurance tous risques
Après les griseries des annonces budgétaires, l?économie reprend ses droits. Les sentiments des analystes économiques et financiers interrogés dans le présent baromètre sont assez mitigés. Si le budget 2008-2009 relance fortement la consommation des ménages, en revanche il stimulera faiblement, voire insuffisamment, l?investissement privé et l?exportation. Le budget est suffisamment, mais pas très, favorable au secteur privé comme aux petites et moyennes entreprises, cependant qu?il n?est pas assez favorable à l?industrie locale. La Bourse de Port-Louis est, au mieux, indifférente aux mesures budgétaires, ayant même perdu 3,4 % durant la semaine écoulée.
Face au ralentissement de l?économie mondiale, il faut certainement booster la consommation domestique afin que celle-ci prenne le relais de l?exportation. Mais on ne fouette pas la croissance simplement en réduisant ou en abolissant des droits de douane. En 2005, malgré les premières détaxations du projet Duty Free Island, l?économie mauricienne n?avait crû que de 2,3 %.
Selon ses propres mots, le ministre des Finances a pris une ?assurance? contre la récession mondiale en adoptant l?approche ?keynésienne? d?un budget ?légèrement expansionniste?. On a quelque mal à comprendre ce jargon vu que le déficit budgétaire baissera à Rs 9,3 milliards ou 3,3 % du produit intérieur brut (PIB) en 2008-2009, contre Rs 10,3 milliards ou 5,3 % du PIB en 2005-2006. Cela a tout l?air d?être un resserrement budgétaire.
Mais il est vrai que les dépenses publiques vont s?accroître de 15 % l?année prochaine, largement au-dessus du taux d?inflation. Les dépenses courantes augmenteront de Rs 8 milliards, quatre fois plus que le budget de développement. Le problème est que ces dépenses se porteront davantage sur les produits importés que sur les produits locaux. Il y aura un processus de fuite.
Les importations sont des fuites. Elles sont d?autant plus importantes que Maurice est une économie très ouverte avec une forte propension marginale à importer. Les multiplicateurs du commerce extérieur ont certes un effet revenu, mais le pays n?en bénéficiera que partiellement. Plus le pays est dépendant de l?extérieur, plus le bénéfice est faible. Tout plan de relance interne est expansionniste? pour le reste du monde.
Notre économie pourrait se protéger des fuites si seulement ses principaux marchés d?exportation appliquaient simultanément un plan de relance : quand des partenaires commerciaux harmonisent leur politique économique, les fuites se compensent. Malheureusement pour Maurice, les gouvernements européens n?ont pas de plan fiscal pour relancer leur économie. On reste sceptique sur la projection budgétaire d?une croissance de 10 % des exportations en 2008-2009.
Il existe trois façons de minimiser les fuites, mais on doute fort que les autorités les appliquent. Première solution : le gouvernement soutient nos industries d?exportation par des subventions directes ou par des taux d?intérêt bonifiés (inférieurs aux taux du marché). Toutefois, ce genre de discrimination n?est pas acceptable. Le fonds d?ajustement de Rs 500 millions est sans doute une meilleure idée, mais il reste à savoir comment l?État aidera pêle-mêle le secteur d?exportation, la manufacture locale et les petites et moyennes entreprises.
Deuxième solution : la Banque de Maurice (BoM) fait modifier la valeur de la roupie en faveur des exportateurs. Mais cela n?est possible que si le régime de change est fixe. Dans un système flottant, il n?est pas si simple de faire déprécier la monnaie. Ces derniers temps, après un brusque fléchissement, la roupie s?est raffermie à nouveau contre le dollar.
Troisième solution : la BoM relève le taux d?intérêt pour financer l?accroissement du déficit commercial par de nouveaux mouvements de capitaux. Mais cela peut être contre-productif : il en résulte non seulement une appréciation de la roupie qui encourage l?importation et pénalise l?exportation, mais aussi une hausse de l?émission monétaire qui engendre l?inflation.
C?est pourquoi le budget 2008-2009 met la BoM dans une position très difficile. Un budget ?expansionniste? qui vient s?ajouter à une expansion de la politique monétaire a un double impact inflationniste sur l?économie. Le manque de coordination entre le ministère des Finances et la banque centrale est évident. La BoM, qui appelait à une consolidation fiscale pour maîtriser les flux de capitaux étrangers, se retrouve au contraire sous une fiscal dominance.
Le moyen le plus efficace pour un pays de gérer une situation exceptionnelle de fortes entrées de capitaux, c?est de restreindre sa politique fiscale pour amortir leur impact sur la demande globale. Le contexte actuel exige sans doute de jouer sur la demande pour maintenir le tempo de la croissance. Mais ce n?est pas en pompant des liquidités dans l?économie qu?on réalisera une meilleure croissance.
Trop pressée d?assouplir le taux d?intérêt en trois occasions, la BoM est prise à sa politique permissive. Partout ailleurs, les banques centrales sont beaucoup plus prudentes, et un mouvement mondial de resserrement du crédit se dessine. C?est bien à cause de l?inflation alimentaire et des prix pétroliers, susceptibles de provoquer un enchaînement prix-salaires, que la Reserve Bank of India vient de rehausser son taux directeur, ce que feront aussi la Banque centrale européenne en juillet et la Fed en septembre. La question n?est pas si, mais quand la BoM va agir de même.
Car il n?y aura pas de repli soutenu de l?inflation qui restera à 8,6 % en 2008-2009, selon les projections du budget. À moins de reconnaître son erreur du passé, le Comité de politique monétaire gardera le statu quo vendredi prochain. Mais il enverra un message codé à la population pour dire qu?il compte relever le Repo Rate avant la fin de l?année. Nous prévoyons deux hausses de 0,25 %, l?une en août et l?autre en octobre.
La BoM passera ainsi un test de crédibilité sur son indépendance vis-à-vis du gouvernement. L?instabilité et l?imprévisibilité monétaires augmentent les risques économiques. La BoM aussi a besoin de s?octroyer une assurance, qui est de s?assurer contre l?inflation.
(www.pluriconseil.com)
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