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Asif Zardari, sulfureux successeur de Pervez Musharraf
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Asif Zardari, sulfureux successeur de Pervez Musharraf
C?était en janvier, quelques jours après l?assassinat de Benazir Bhutto. Au plus profond de la province méridionale du Sind, paysage hors du temps où des charrettes tirées par des buffles longent de vastes domaines féodaux irrigués par l?Indus, Asif Ali Zardari recevait dans la demeure du clan Bhutto, à Naudero.
Silhouette haute et ferme, moustache épaisse et cheveu gominé, le veuf de Benazir arborait fière allure et, à voir l?assemblée de courtisans se presser autour de lui sous les lustres du salon, on comprenait que la marche vers le pouvoir était engagée.
Huit mois plus tard, Zardari, 53 ans a ravi le pouvoir suprême au Pakistan. Il a été élu, par un collège de grands électeurs réuni, samedi 6 septembre à Islamabad, chef de l?Etat. Une fonction dotée de pouvoirs considérables hérités du régime présidentiel bâti par le général Musharraf, auquel il va succéder.
Le nouveau patron du Pakistan aura déjoué bien des pronostics. Lorsque le testament politique de Benazir le sacre nouveau chef du Parti du peuple pakistanais (PPP), la jolie machine politique au service de la dynastie Bhutto, on lui promet les pires ennuis. On anticipe même de méchantes turbulences une fois le deuil levé.
Enfant gâté
Car l?homme sent le souffre. Il est détesté, à l?extérieur mais surtout à l?intérieur du PPP. Dès son mariage avec Benazir en 1987, les troupes du PPP jurent. «Il était l?étranger qui volait leur princesse», décode Owais Tohid, directeur de l?information à la station de télévision privée Geo, à Karachi.
«Etranger», Zardari l?est assurément au regard des codes sociaux qui régissent l?aristocratie terrienne du Sind, dont le clan Bhutto est l?une des familles emblématiques. Les Zardari sont de rang modeste. Les aïeux ont migré du Baloutchistan, où ils gardaient les troupeaux de chameaux.
Néanmoins, le père d?Asif Ali, Hakim Ali Zardari, est un brasseur d?affaires prospère de Karachi, la capitale économique du pays, où il est agent immobilier et possède même une salle de cinéma. Il offre à son rejeton des études au collège privé Saint-Patrick de Karachi, établissement chrétien où l?élite scolarise sa progéniture (Pervez Musharraf y étudia). Le fils Zardari grandit en enfant gâté.
Beau gosse, il se taille une réputation de play-boy. Il brille sur les terrains de polo, sport dont il est fervent. En cette époque où les moeurs pakistanaises étaient plus libres, il s?achète même une discothèque que fréquente le milieu interlope de Karachi.
C?est donc à la stupeur générale que ce jeune bourgeois crâneur et noceur épouse la sage aristocrate Benazir, formée à Oxford et habitée par une ardente mission : perpétuer l?héritage de son père, Zulfikar Ali Bhutto, ex-premier ministre pendu par des militaires putschistes en 1979. Le mariage avait été arrangé. Les deux familles se connaissaient, le père Zardari ayant été un ami du père Bhutto.
Après son retour triomphal d?exil en 1986, Benazir avait besoin de se marier pour plonger dans le chaudron politique pakistanais. La société conservatrice pakistanaise n?aurait guère admis une célibataire. Or, les courtisans ne se pressaient pas autour d?elle. Elle intimidait. Elle est belle mais elle est déjà une icône, froide, si pénétrée de son destin.
Asif Ali Zardari, lui, accepte le marché matrimonial concocté par sa belle-mère et la tante de Benazir. Il sait qu?il devra vivre dans son ombre, dans les coulisses d?une carrière qui s?annonce prometteuse. Il ne s?en formalise pas. Il se met à son service. Elle le paiera cher.
On a beaucoup écrit que Zardari avait pourri les deux mandats de Premier ministre de Benazir (1988-1990, 1993-1996). La thèse arrange les dévots de la dirigeante assassinée, car elle permet d?occulter sa responsabilité personnelle dans ce qui fut, à chaque fois, une aventure dévoyée. Mais il est vrai que l?influence du «prince consort» fut corrosive.
Zardari peine à s?arracher à son passé de flambeur. Il fait vrombir ses voitures de sport à travers Islamabad. Il exige un train aux wagons climatisés pour transporter ses chevaux. Fidèle en amitié, il reste entouré d?un aréopage d?affairistes du Sind connus dans son enfance. Et, dans la pénombre du pouvoir, il monte une tuyauterie financière où se mêlent commissions (tracteurs polonais, Mirage français) et licence d?importation d?or. Il s?enrichit et Benazir avec lui.
Une monnaie d?échange
Ces affaires sont du pain bénit pour les adversaires du PPP, la nomenklatura militaro-bureaucratique qui dirige le Pakistan depuis sa naissance. A chaque fois que Benazir est chassée du pouvoir, en 1990 puis en 1996, Zardari est l?objet de poursuites. Il fera onze ans de prison pour corruption et homicide (aucune procédure n?aboutira).
Derrière les barreaux, il deviendra une monnaie d?échange que le général Musharraf, auteur d?un coup d?Etat en 1999, utilisera pour neutraliser Benazir, en exil à Dubaï. Son mari est libéré en 2004. Il passe alors l?essentiel de son temps à New York à soigner une santé, mentale en particulier, mise à mal par la détention.
La rumeur rapporte que le couple a cessé d?exister, mais Zardari reste loyal. Benazir lui en est reconnaissante et en fait son héritier. Après l?assassinat de l?héroïne du PPP, il affecte l?humilité et annonce qu?il confiera à terme le flambeau à leur fils Bilawal. Mais, en attendant, il devient l?un des chefs d?Etat civils les plus puissants que le Pakistan ait connus.
Frédéric Bobin
© Le Monde 2008
Distribué par The New York Times syndicate
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