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Arrêtez ! ça repousse !

4 mars 2007, 00:00

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C?est à mourir de rire ! Ces jours-ci, à grand renfort de tronçonneuses, de serpes et de coupe-coupe, on élague sauvagement les arbres dont les méchantes branches ont fait tomber les fils électriques ou téléphoniques. Mais ces arbres repousseront et leurs branches, de plus en plus hautes, feront l?année prochaine tomber idem. C?est en somme un système très profitable aux contracteurs et bûcherons, aux importateurs de tronçonneuses, serpes et coupe-coupe, et qui coûtera, grâce à une perversion du devoir civique bête comme les pieds, un bon petit budget d?élagage au CEB. Nous nous inspirons ainsi du modèle techno-économique édifiant qui consiste à fouiller des trous puis à les reboucher. Déplorablement situés sur la route préférée des cyclones, nous appliquons une variante culturelle : nous élaguons, puis les branches repoussent. C?est à mourir de rire.

Cependant, toujours rigoler, critiquer ou pleurnicher devant la bêtise de ceux qui dilapident notre argent peut être aussi négatif que de fouiller des trous qui vont se reboucher d?eux-mêmes. Il faut donc se risquer, faute de pouvoir remorquer Maurice hors du chemin des cyclones, à préconiser une politique (pardon pour le mot sale), un projet qui aurait le mérite d?implanter (cette fois le mot est juste), une culture arboricole appropriée ; un programme écologique maîtrisé qui ne serait pas du tape-à-l??il et du faire-semblant onéreux.

Il faudrait que, tout le long des réseaux distributeurs électriques et téléphoniques majeurs, sur une bande de tant de pieds, de chaque côté, on ne plante plus que des arbustes atteignant un maximum de tant de pieds de haut. Une législation ferme et impérative (c.à.d. appliquée, quelles que soient les « pressions »), ferait l?affaire. Pour les connexions latérales, la même politique serait recommandée aux propriétaires, mais toute re-connexion après cyclone devra être payée par l?usager de sa poche. Cette mesure risque d?être encore plus efficace qu?une loi contraignante.

Imaginez un peu l?effet esthétique (et touristique) de nos routes et avenues toutes fleuries ! Comme au pays du sourire ! Évidemment un budget initial public et privé serait nécessaire pour éliminer les grands arbres et planter les espèces naines florifères appropriées. Et rien ne peut être envisagé à cet effet sans la disponibilité de ces arbustes choisis dans de grandes pépinières. Que monsieur le ministre du Chômage ne se casse pas la tête : il recyclera ses bûcherons en pépiniéristes et mini horticulteurs.

On croit entendre aussitôt les cris de protestation des écolos à la gomme : Quoi, détruire les grands arbres des villes et des villages ? Ces véritables poumons des agglomérations humaines ? « Pace ». Une telle injure peut être évitée par un deuxième chapitre du projet : celui de la création d?oasis, de parcs localisés, en retrait des réseaux, où on donnerait libre cours à la majesté des grands arbres. Encore de la planification. Encore une nouvelle sensibilité. Et encore, comme bénéfice pour tous, l?amélioration globale du look, des aires de récréation et de la salubrité. Pensez donc, depuis le jardin de Pamplemousses (kidnappé au bénéfice de la « partisanerie » et des traces de visite des grands hommes), Maurice, ce pays phare, cet exemple pour l?Afrique, cité et applaudi par les experts (rétribués), n?a pas aménagé un seul parc, un seul jardin ou un seul verger public ; l?écologie mauricienne est en béton, érige des arcades, des blocs d?appartements, des « bijoux » d?architecture. La protection des réseaux aériens (en attendant le temps des vaches grasses qui permettrait de les enterrer, comme le font les hôtels de plage) serait alors le prétexte de transformer un environnement figé depuis des siècles. La modernisation des services essentiels est le complément des économies de l?élagage des arbres et de leur mutilation.

En attendant, aucun comité de crise n?empêchera les branches de repousser. Cette politique arboricole serait, d?ailleurs, logiquement réalisée par modules.

En attendant, il y a de quoi toujours mourir de rire. Car tout porte à croire que le concept n?est pas assimilable par nos décideurs et leurs forces obscures, à moins qu?on le leur introduise de force dans la tête à l?aide d?une canule. « Arrête rêver, camarade. »

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