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Arnaques et compagnie

21 octobre 2007, 00:00

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C?est quelqu?un qui se présente à la porte d?une maison avec des béquilles. La quarantaine, les vê-tements propres, la coiffure im-peccable. Il articule bien quand il parle. « Se pou enn ti kontribision. Mo lipie inn kasse, mo lebra fermal », lâche-t-il à « la » chef de famille. Celle-ci, sans poser de questions va chercher quelques roupies dans son porte-monnaie.

Mais c?est sans compter la présence d?un autre membre de la famille qui se met à lui poser des questions car l?homme n?avait pas le pied plâtré. Irrité, ce dernier rétorque : « Kifer ou pe poz moi kestion ? Si ou pa kapav done dir enn foi, pa perdi mo letan ! » Sur ce, il tourne les talons et s?en va trouver un autre « pigeon » à berner. « Nous avons été estomaquées par l?attitude de cet homme. Non seulement il voulait nous duper, mais il a eu le toupet de s?emporter lorsqu?on n?a pas cru à son histoire. Et le pire, c?est que nous l?avons vu le lendemain, toujours avec ses béquilles, mais marchant presque normalement », raconte une des victimes.

Des histoires très « authentiques »

Les énergumènes de ce genre courent les rues, à en croire les témoignages qui nous parviennent presque quotidiennement. Et ils inventent des histoires à faire pleurer les plus endurcis. Beaucoup opèrent dans la capitale pour des raisons évidentes. Fréquentée par des milliers d?individus, la ville offre un vivier de victimes faciles à plumer. « Ici les gens sont, pour la plupart, des personnes pressées et qui ne posent pas trop de questions. Les petits escrocs se font alors aisément de l?argent », explique un officier de police.

Les histoires qu?ils déblatèrent ont l?air les unes plus? authentiques que les autres ! La classique est celle où l?individu vous dit qu?il n?a pas suffisamment d?argent pour rentrer chez lui. « Mo mank enn ti cash pou pey bis pou al lakaz. Ou pa kapav donn moi vin roupi ? »

Les femmes ne sont pas en reste. Cer-taines font même preuve d?ingéniosité. Grégory, un employé d?une compagnie d?assurances, en a fait l?expérience il n?y a pas longtemps. Il allait chercher sa voiture, garée dans un parking privé, lorsqu?une jeune femme l?a approché. « Elle est venue avec le sourire et m?a raconté qu?elle avait oublié son portable et son portefeuille à son bureau, qui était maintenant fermé. Il fallait qu?elle achète du lait pour son bébé et elle se demandait si je ne pouvais pas lui avancer la somme. » En pensant au bébé sans doute affamé, l?homme s?exécute et lui donne deux billets de Rs 200. La jeune femme le remercie, prend son numéro de téléphone et promet de le rembourser.

« Elle n?a jamais rappelé », dit-il.

L?organisation Victim Support reçoit elle aussi de nombreuses plaintes à ce sujet. « Nous remarquons malheureusement que ces arnaqueurs jouent sur la corde sensible de leurs victimes. La détresse des gens interpelle, mais il faut savoir reconnaî-tre ceux qui cherchent à vous rouler », conseille le président de l?association, Raj Moothoosamy.

Elle n?y voit que du feu

Plus facile à dire qu?à faire. Cette femme résidant dans un morcellement huppé des Plaines-Wilhems en a fait les frais récemment. Lorsqu?un couple de joggeurs frappe à sa porte, en lui demandant la permission d?utiliser ses toilettes, elle n?y voit que du feu. Pen-dant que l?homme lui fait un brin de causette sur le palier de la porte, la femme prend la direction de la chambre au lieu des toilettes, et fait main basse sur les bijoux cachés dans l?armoire. Ni vu, ni connu.

Mais là, c?est une autre catégorie d?arnaqueurs. Pour Raj Moothoosamy, le nombre de cas a un rapport direct avec la pauvreté. « Les victimes d?arnaques et de vols à la tire ont aussi une part de responsabilité. A-t-on idée de se balader avec un portable dernier cri collé à l?oreille et marchant dans un lieu malfamé ? »

Dans les cours de sensibilisation et d?information qu?elle dispense un peu partout à travers l?île, Victim Support met l?accent sur un aspect : le discernement. « Chacun d?entre nous est une victime potentielle. Beaucoup se sont peut-être déjà fait rouler. L?important c?est de ne pas tomber dans le panneau de nouveau. »

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