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Ariel Sharon bouleverse la donne politique en Israël
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Ariel Sharon bouleverse la donne politique en Israël
Yossi Beilin, figure en vue de la gauche israélienne, a, lui, toujours tout fait pour barrer la route à l??extrémiste? Sharon. Mais aujourd?hui, il multiplie les articles pour justifier son soutien à son vieil adversaire politique, soudain érigé en homme d?Etat avisé. Ces deux exemples illustrent le bouleversement introduit depuis deux ans sur la scène politique d?Israël par l?ancien général-baroudeur de 72 ans, dont la carrière militaire et politique épouse les heurs et malheurs de l?histoire moderne de l?Etat juif.
Durant 40 ans, Sharon a prêché, béni, conduit et incarné la colonisation des territoires palestiniens occupés par Tsahal à la faveur de la Guerre des Six-Jours de 1967 - Jérusalem-Est, Cisjordanie et la bande de Gaza.
?Nous avons rêvé?, reconnaît dorénavant le chef du Likoud. ?Si nous avions implanté un million de Juifs (sur ces terres conquises) au lieu de 250 000, peut-être la situation aurait-elle été différente aujourd?hui. Mais ce n?est pas ce qui s?est passé.? Depuis que les leaders travaillistes Yitzhak Rabin et Shimon Peres ont signé avec les Palestiniens les - désormais obsolètes -accords d?Oslo, en 1993, jamais un dirigeant israélien n?avait osé un tel pari ni pris le risque de diviser si profondément son peuple.
Le plan de ?désengagement? unilatéral de Gaza, qui débutera le 17 août avec l?évacuation de trois des 21 colonies de Gaza, fera date en tant que premier retrait israélien de territoires revendiqués par les Palestiniens comme partie intégrante de leur futur Etat indépendant. Les Palestiniens restent circonspects, soupçonnant l?ancien conquérant de vouloir brader la petite bande de Gaza pour mieux resserrer son emprise sur une grande partie de la - beaucoup plus vaste ? Cisjordanie, gelant de facto les efforts de paix.
En Israël, cette initiative divise fortement les Juifs entre eux, approfondissant les clivages entre laïques et religieux, pacifistes et ultranationalistes, gauche et droite. Les anciens alliés d?extrême droite de Sharon sont les plus virulents. Ils l?accusent de récompenser le ?terrorisme? et de trahir un supposé droit du sol biblique. Un groupe d?ultranationalistes a même ressuscité un antique rituel de malédiction pour le vouer littéralement aux gémonies.
<B>Voué aux gémonies</B>
Même si l?évacuation de Gaza est menée sans incident majeur, Sharon n?en aura pas fini avec ces adversaires-là, qui entendent bien lui disputer le leadership de la droite en prévision des élections législatives de l?an prochain. Chef du camp résolument hostile au retrait de Gaza au sein du Likoud, Uzi Landau s?est d?ores et déjà porté candidat mardi à la succession de Sharon à la tête du bloc de la droite. Mais le principal adversaire du Premier ministre devrait être Benjamin Netanyahu.
L?ancien Premier ministre a démissionné dimanche avec éclat de son poste de ministre des Finances au sein du gouvernement Sharon, officiellement pour protester contre l?approbation de l?évacuation des trois premières colonies, en fait, selon les observateurs, pour prendre date.
Il reste donc à voir si Sharon survivra politiquement à son initiative. Même si c?est le cas, il n?est pas dit que le retrait de Gaza, ?premier pas? vers une reprise du processus de paix aux yeux de Washington, établira un précédent pour la Cisjordanie. Pour Beilin, le retrait de Gaza est effectivement historique mais, s?il ouvre la voie à de nouveau progrès, ce sera l?affaire d?un autre gouvernement, recherchant authentiquement la paix avec les Palestiniens. Ce ne sera sous l?égide de Sharon, prédit Beilin, ancien négociateur des accords d?Oslo. Le Premier ministre actuel ?n?est pas devenu subitement le Dalaï Lama?.
Selon lui, Sharon est sincère lorsqu?il affirme qu?aucun nouveau retrait n?est prévu après celui de Gaza et ?il n?est pas prêt à un règlement permanent? du conflit israélo-palestinien. L?entourage de Sharon confirme qu?il s?est résolu à évacuer Gaza de crainte que la solution au conflit ne lui soit imposée par la communauté internationale et non pas seulement en raison du coût humain croissant de l?occupation. Sharon est désormais convaincu que, fort de l?assentiment qu?il a obtenu de George Bush à Washington, Israël pourra conserver les larges étendues de la Cisjordanie, y compris autour de Jérusalem, où vivent la grande majorité 240 000 colons.
Une éventualité inacceptable pour les Palestiniens. Un sondage d?opinion publié sur le site internet du journal Haaretz crédite Netanyahou de 47,2 % des suffrages à l?élection du président du Likoud, contre 33,2 % à Sharon si une primaire devait opposer maintenant les deux hommes. Si Landau était aussi candidat, il recueillerait 17,3 % des voix contre 35 % à Netanyahou et 29,1 % à Sharon. Le sondage a été mené 24 heures après la démission de Netanyahou auprès de 526 personnes censées être représentatives des 152 000 membres du Likoud habilités à voter pour désigner le chef du parti.
<B>Matt SPETALNICK</B>
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