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Ariana Cziffra, de la chrysalide vers le papillon
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Ariana Cziffra, de la chrysalide vers le papillon
Ariana Cziffra exposera une trentaine de ses peintures, titrées Mes feuilles devinent, du 9 au 22 août 2003 à l?Alliance Française de Bell- Village. Sans doute faut-il aborder cette manifestation artistique après une mise en condition éclairante. Car il ne s?agit pas ici du premier solo d?une jeune artiste qui se lance sur la scène de l?Art, mais plutôt d?une peinture cathartique.
Ariana Cziffra nous offre les fouilles d?une vie, de sa vie, si jeune soit-elle, 25 ans le jour du vernissage, le 8 aout 2003, à la manière de ces archéologues qui, inlassablement, creusent à rebours les cales du temps. Aux escales où le moindre indice, le moindre motif signifiant, est homologué, minutieusement noté.
Ce parcours trace une iconographie de signes personnels, mis bout-à-bout, jusqu?à la déclinaison, lettre après lettre, d?un alphabet propre. Ariana est alors Champollion décryptant les glyphes inscrites dans sa chair, au long des mémoires collectives et de la sienne propre, et des errances intérieures et extérieures de l?Etre. Une investigation qui mènera peu à peu la barreuse, au gré des ris, des vents et marées, sur un tracé cohérent et lisible.
Il n?est pas sûr que tous ceux qui se livrent à une telle démarche sachent porter, sur leurs expressions, un regard analytique. Et c?est ici qu?Ariana se distingue. Pour cela, elle se sera dotée d?outils performants : deux ans de psychologie à Montpellier. Près d?une année d?un Foundation course in Art and Design et, pallèlement, du Art Therapy. ?Ces études seront suivies de deux ans de psychogie psychanalytique à Birkbeck, University of London?. Ajoutez à cela, une vie active où elle travaille, à Londres, avec des élèves du secondaire en difficulté, leur apportant un support plus approprié à l?acquisition de connaissances, et, surtout, cinq ans où elle se soumet à la psychanalyse, trajet qui se prolongera assidûment Et il sera, tout au long du parcours, question de regard, d?un triple regard, en somme. Le regard du psychanalyste, son regard sur elle-même et son sujet proposé au regard de l?autre.
Mais il n?est pas question des seules images. Viendra un temps où elle devra les nommer. Ce qui signifie aussi vaincre la peur que celles-ci pourraient susciter. Les accepter, c?est-à-dire, les voir comme un reflet d?elle-même, de la partie invisible, mais partie intégrante, de ce corps qu?elle habite, qui participe du samskara. La partie visible étant plus illusoire que l?invisible surgi sous forme de signes et de symboles.
Les mots sont aussi des signes. Dans ce cas-ci, ils ne sont guère qu?une astuce texturale, une esthétique picturale. Ici, ils véhiculent un sens, où chaque lettre, chaque consonne ou voyelle est choisie après mûre réflexion, menant à l?acceptation de soi. Ces images et signes-mots faits autant de l?imaginaire, du symbolique, que du réel. Ces mots ont une délicieuse succulence. Car Ariana offre des jeux de mots qui révèlent à la fois une connaissance approfondie des langues. Tout comme ils jouent sur une ambiguité du sens qui sert son propos
Nous parlions de reflet. Voilà qui implique le miroir. Le reflet dévoile une unicité que la personne, en tant qu?apparence, ne saurait traduire. Il serait intéressant de voir comment Ariana traduit, en ses propres mots, cette alchimie qui la mène de la chrysalide vers le papillon. Ce qui inclut aussi des épousailles de l?analyste et de l?analysant. Le catalogue de cette manifestation artistique, de cette exposition cathartique, autant pour elle que pour le regardeur, en est un fort bel échantillon.
Les signes de l?exposante passent par le masque, le corps incomplet, car, sa demarche implique avant tout un vide, un creux, invisibles. Le mythe, la métaphore ...Un exemple de mythe, celui du minotaure. Ce miroir qui terrasse le minotaure lui-même car il ne peut se confronter à son propre regard. Le regard qui tue. On y déchiffre le lien, le fil conducteur - c?est le cas de le dire- le fil d?Ariana. Le labyrinthe, rite-voyage initiatique. Si l?astuce de présenter le miroir au Minotaure sauve Thesée, par contre, c?est le fil d?Ariane qui lui permet de sortir du labyrinthe.
Ariana Cziffra signe de son nom, Ariana. Ce qui implique un affranchissement marqué. Aura-t-elle envie de peindre ?apres? ? ?L?Art est mon symptôme?, dira-t-elle. ?Il se vit avec du plaisir, de la souffrance et de la jouissance. C?est une facon de se positionner . Si je ne peignais plus, ce serait une autre sublimation. Ce qui va suivre sera peut-etre un rien, un rien de très important avant de passer à autre chose. qui traduirait mon désir.? Bon vent pour ta quête, Ariana !
Jeanne Gerval-AROUFF
?L?art se vit avec du plaisir, de la souffrance et de la jouissance. Si je ne peignais plus, ce serait une autre sublimation. Ce qui va suivre sera peut-être un rien, un rien de très important avant de passer à autre chose.?
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