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Architruc ou le roi se meurt

7 février 2005, 00:00

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Au théâtre Serge Constantin de Vacoas, la semaine dernière, la troupe du Centre dramatique de l?océan Indien a su épater son public, nombreux au rendez-vous. Les acteurs ont quitté la salle sous des applaudissements retentissants et mérités. Pour le bonheur de leur public, ils seront au théâtre de Port-Louis à partir du 9 février pour rejouer Architruc, pièce de Robert Pinget, d?après une mise en scène d?Ahmed Madani.

Amateurs et professionnels du théâtre, ne ratez pas cette occasion exceptionnelle dans l?histoire du théâtre à Maurice. Le Centre dramatique de l?océan Indien a fait le déplacement pour nous offrir une représentation de qualité première. Miselaine Soobraydoo, Erick Isana et Lego étaient au sommet de leur forme. Ils ont su, avec talent et authenticité dans leur jeu, retenir l?attention du public pour lui offrir du bonheur pendant les soixante minutes qu?a duré la pièce.

Ce n?est pas que le roi Architruc qui a eu droit au divertissement, mais le public lui-même. Car tel est l?objectif même du théâtre chez Robert Pinget : que le public se confonde avec les acteurs. De sorte que ce qui est destiné à l?un, l?est aussi à l?autre. Là où le roi s?est amusé en toute discrétion, le public a ri. Et lorsque sur son visage sont apparues les profondes marques d?amertume, le public a également ressenti cette souffrance.

Architruc raconte les moments dans la vie d?un vieux fantoche de roi ?sans divertissement?, joué par Soobraydoo, condamné à se cloîtrer dans sa petite chambre à grande prétention. Son ministre, Baga, (rôle merveilleusement interprété par Erick Isana), a pour devoir de divertir ce roi en se déguisant. Selon le rôle qu?il interprète, pour le plaisir de son maître, il sera revêtu des habits d?un ambassadeur, d?une tante nommée Estelle, ou alors il entrera tout simplement dans la peau de son fils adoptif.

Si chaque ?truc?, inventé par ce fidèle ministre, est une quête de divertissement, un perpétuel va-et-vient entre l?imaginaire et le réel, il est aussi le moyen par lequel le public parvient à dresser un portrait du roi Architruc, de son passé et de ses attentes. Mais au-delà de tout ça, ces histoires inventées symbolisent aussi le passage du temps et de l?existence passive et monotone. D?où la nécessité de partir. Partir à la recherche d?une existence, partir à la recherche d?un autre lieu. Mais les habitudes ont parfois le dessus. Il faut alors une dernière comédie, un dernier déguisement. Et ça, c?est bon signe?

Architruc est une coproduction de la compagnie Teat la Kour et du Centre dramatique de l?océan Indien. Le spectacle est présenté en créole mauricien et en français. La version créole a été assurée par l?écrivain Barlen Pyamootoo. Architruc est présenté à Maurice en collaboration avec le ministère des Arts et de la Culture, la municipalité de Port-Louis, Immedia Events et Karavann Komiko.

Au théâtre de Port-Louis :

Séance scolaire en français : mercredi 9 février à 13 heures

Séance scolaire en créole : jeudi 10 février à 13 heures

Séance tout public en créole : vendredi 11 février à 20 heures

samedi 12 février à 20 heures

Prix de places : Rs 50 pour les étudiants et Rs 100 tout public.

PORTRAIT

<B>Connaître Robert Pinget</B>

■ Robert Pinget, né en 1919, n?est certes pas très connu du grand public. Pourtant, ce grand écrivain, d?origine Genevoise, qui affirmait ne pas avoir d?autre vie que celle d?écrire, est l?auteur d?une trentaine de titres, et sera couronné du prix des Critiques pour ?l?Inquisitoire? (1963) et du prix Femina pour ?Quelqu?un? (1965).

L?influence de Samuel Beckett, avec qui il a été très proche, sera décisive sur son ?uvre et sa vie. C?est ce qui va d?ailleurs le conduire au théâtre où il va développer la comédie de la parole vide, avec emphase sur un ton particulièrement imprégné d?humour jusque dans l?angoisse où les personnages sont amenés à construire et déconstruire jusqu?à ce que mort s?ensuive.

C?est ce qu?on voit dans ?Architruc?, pièce qui dévoile un univers propre à lui ? un univers qui se constitue à travers une suite d?histoires, dont la narration est toujours à recommencer et ne sera jamais finie. Phrases creuses par-ci, caprices de la mémoire par-là, les rabâchages et les radotages mènent nulle part, si ce n?est qu?à la fin de soi-même, mais sous forme déguisée. C?est pourquoi, ses pièces s?inscrivent sous le signe d?un mouvement lent aux thèmes obstinés.

Ses romans sont inscrits dans un projet formel. L?histoire romanesque s?autoproduit presque à l?infini alors que la focalisation entrecroise les points de vue. La voix narrative est chaque fois différente. Quand une nouvelle voix vient prendre le relais, le fil du discours se mêle avec les fantasmes et les commentaires, tandis que l?histoire elle-même se disperse. C?est une des caractéristiques de la nouvelle école romanesque, le Nouveau Roman, dont il sera l?un des représentants, avec Samuel Beckett, Claude Mauriac, Michel Butor, Claude Ollier, Jean Ricardou, Alain Robbe-Grillet, Nathalie Sarraute, Marguerite Duras et Claude Simon.

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