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Arabie Saoudite: femmes au volant, révolution au tournant?

16 juin 2011, 20:00

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Arabie Saoudite: femmes au volant, révolution au tournant?

Des militantes saoudiennes ont appelé les femmes du royaume à prendre le volant ce vendredi dans le seul pays au monde où elles n''''ont pas le droit de conduire, au risque de se faire arrêter.

La campagne Women2drive, lancée sur les réseaux sociaux, doit se poursuivre «jusqu''à la publication d''un décret royal autorisant les femmes à conduire», selon la page Facebook des organisateurs dans le royaume ultraconservateur.

Aucune loi n''interdit aux femmes de conduire, mais les autorités se fondent sur un édit religieux (fatwa), promulgué dans le royaume dont les lois s''inspirent d''une version rigoriste de l''islam, et invoquent l''opposition des puissants religieux
conservateurs pour maintenir l''interdiction. Les femmes doivent donc engager un chauffeur ou, si elles n''en ont pas les moyens, dépendre du bon vouloir des membres masculins de leur famille. Dans le même temps, une contre-campagne a été lancée, toujours  sur internet,  pour inciter les hommes à «frapper» les Saoudiennes qui oseront prendre le volant.

«Les dirigeants doivent prendre une décision et autoriser les femmes à conduire», estime la romancière Badriya al-Bichr.Bichr. «La société saoudienne a changé, elle est composée à 60% de jeunes qui sont prêts à mener une existence moderne».

 «L''introduction de la radio et de la télévision ainsi que l''enseignement généralisé pour les filles se sont heurtés aux réticences sociales par le passé, mais des décrets royaux les ont imposés», a souligné une activiste qui a requis l''anonymat.

L''icône de la campagne de ce vendredi  17 juin est Manal al-Charif, une jeune informaticienne libérée le 30 mai après avoir été détenue pendant deux semaines pour avoir bravé l''interdiction de conduire et posté sur Youtube une vidéo la montrant au volant.

Les Saoudiennes n''ont également ni le droit de voyager sans l''autorisation d''un tuteur, ni le droit de voter et sont placées en position d''infériorité en cas de divorce ou d''héritage.

Témoignage
Fatimah (le prénom a été modifié) a la vingtaine et étudie la médecine. Elle raconte ce que l''interdiction de conduire implique dans son quotidien. «Ne pas pouvoir conduire est rageant. Dans un an, je serai médecin, j''aurai la vie de gens entre les mains et mon propre pays ne me croit pas capable de conduire une voiture. Je vais devoir trouver un étranger, juste pour faire marcher une machine très simple, que je suis capable de manipuler moi-même. Aujourd''hui, je me déplace avec le chauffeur de mes parents. Mais je crois que je n''aurai pas assez d''argent pour m''en payer un, seule. Et je n''ai pas de frères pour me conduire ».

« En théorie, on peut aussi prendre le taxi. On est autorisés à le prendre, mais le nombre de crimes associés aux taxis est si élevé que les filles ne le prennent jamais toutes seules. Il y a aussi des entreprises privées qui ont des minibus, pour emmener des filles à l''école. C''est moins cher que d''avoir un chauffeur. Beaucoup de femmes qui vivent ou travaillent au même endroit partagent un chauffeur », poursuit l’étudiante.

« Des femmes conduisent déjà dans des zones fermées, ou même dans des petits villages du désert, sans problèmes. Mais le clergé en décourage le développement, proclamant que cela autorisera les femmes à «s''égarer», parce que c''est la première étape vers l''abolition du système de domination masculine. Le clergé raconte des choses telles que: "ta femme ira voir son amoureux, ta sœur sortira pour aller voir son petit ami" ou "elle dira qu''elle va travailler le matin, et elle reviendra saoûle". Tout ça pour effrayer les gens, pour qu''ils continuent à enfermer leur femme », explique la jeune femme.

Sources : LeMonde.fr , Libération.fr et Reuters.

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