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Après la pluie, le beau temps?
Yadowsun Boodhoo, dit Suresh, compte 32 ans de service à la station de météorologie de Vacoas, dont 25 comme prévisionniste, trois comme Divisional Meteorologist et trois autres comme directeur adjoint. C?est en octobre dernier qu?il a été nommé directeur.
Il est issu d?une famille modeste mais nombreuse car ils sont sept enfants. En effet, Radhay Boodhoo, son père, est garnisseur à la Vacoas Transport. Indowtee, sa mère, élève une vache dont la vente du lait permet de financer les études des enfants. Au contact de son père qui travaille admirablement bien le bois, Suresh Boodhoo apprend la menuiserie. Son père désirant qu?il ait une formation technique, lorsqu?il obtient la petite bourse, c?est au John Kennedy College qu?il effectue sa scolarité secondaire.
En attendant ses résultats de Form VI, il trouve un emploi temporaire à la?station météorologique de Vacoas. C?est là que naît son intérêt pour le temps. Voulant se spécialiser en construction navale, il obtient une bourse russe et atterrit à Kiev. Pendant un an, il se familiarise à la langue. Le module de construction navale qu?il découvre le laisse froid. Suresh Boodhoo décide de changer de filière et opte pour un Masters en météorologie.
Au cours des cinq années qu?il passe à l?Université de Leningrad, il est exposé à tous les facteurs influençant le temps. C?est d?ailleurs durant ces années là qu?il rencontre Zsuzanna, Hongroise, qui se spécialise en hydrologie et qu?il épouse par la suite. Le couple a deux enfants, Asit, 33 ans, chef d?entreprise qui lui a donné deux petits enfants, et Yadvina, 30 ans, psychologue. Tous deux vivent en Hongrie.
Un mois après son retour, en septembre 1975, Suresh Boodhoo est embauché par la station de météorologie de Vacoas où il effectue le parcours susmentionné. Grâce à une bourse d?un an offerte par l?Organisation Mondiale de la Météorologie, il va se perfectionner en climatologie à l?Université de Birmingham en Grande-Bretagne. Etant donné ses compétences et son côté disert, Suresh Boodhoo est élu vice-président d?une commission technique de la climatologie de l?OMM.
«Nous avons un personnel très qualifié mais nous devons former des jeunes nouvellement recrutés pour qu?ils deviennent plus performants et ceci afin d?obtenir les prévisions les plus précises possibles.»
Il occupe ce poste pendant 12 années consécutives. En 1997, il est élu président de cette instance et ce, jusqu?en 2005. Ces fonctions lui permettent de rencontrer une pléiade de météorologues et de scientifiques réputés et visiter les centres les plus perfectionnés de météorologie. Pendant un temps, il donne des cours à temps partiel aux aspirants ingénieurs à l?Université de Maurice.
En 32 ans, tous ses meilleurs souvenirs sont tous liés aux contacts qu?il a eus avec le public par téléphone, à la radio ou en face à face lors de visites de la station. Il a deux mauvais souvenirs. Au cours du cyclone Claudette en 1979, il s?est retrouvé coincé dans la station radar de Trou-aux-Cerfs. C?était une veille de Nöel. L?autre mauvais moment était le tsunami au lendemain de Noël 2004.
Il ne met pas Gula dans l?escarcelle des mauvais souvenirs. «Je n?ai pas perdu confiance en moi. J?avais toutes les données techniques pour prendre une décision pareille. J?ai les ai revues. Tout comme j?ai demandé à mes adjoints de refaire l?exercice indépendamment de moi. Il nous a été difficile de trouver une conclusion autre. J?ai pu convaincre le Premier ministre du bien-fondé de ma décision. C?était primordial».
Il a été inondé d?appels de soutien dont l?un émanant d?un ancien directeur de la station de Vacoas qui lui a dit de ne pas s?en faire et lui a rappelé qu?il y avait eu des cyclones s?étant désagrégés de façon similaire dans le passé. Là où Suresh Boodhoo se dit «dégoûté», c?est par rapport à la réaction d?un directeur de radio qui s?est plaint d?avoir été lésé. «Je n?ai favorisé aucune radio au détriment d?une autre. Le fait brut est que nous n?avons pas l?équipement voulu nous permettant de disséminer l?information simultanément aux radios. Je suis pour la communication maximale sur le temps car je considère que c?est une question de survie pour les gens. J?ai écrit à Multi-Carrier Mauritius Ltd pour lui demander de s?équiper en conséquence pour que toutes les radios disposent de la même information simultanément».
Dans une prévision, quelle est l?apport du programme informatique et de celle du technicien ? Suresh Boodhoo réplique que le ratio est de 50/50. «Les ordinateurs sont si puissants aujourd?hui qu?ils permettent de faire des prévisions sur deux semaines et même sur une saison. Un cerveau humain serait incapable d?analyser les milliers de données menant à un tel résultat». Et la marge d?erreur dans une prévision? «Tout dépend de l?échéance et des paramètres. Depuis octobre dernier, nous avions prédit un été 2008 à faible activité cyclonique. Et c?est le cas jusqu?à présent. Par contre, si on nous avait demandé la date des cyclones, cela aurait été impossible».
Le budget de la station de météorologie est limité, soit Rs 38 millions. Mais les équipements sophistiqués sont onéreux. «Grâce à mes contacts avec l?OMM, j?ai pu faire la station bénéficier de pas mal de dons en équipements. Et là, grâce à l?Union européenne, nos équipements seront en partie renouvelés. Et dans le cadre de la Clinton Initiative, nous aurons un équipement qui nous permettra de suivre l?évolution de tsunamis, tout en nous aidant au quotidien».
Maintenant que Gula est derrière lui, Suresh Boodhoo veut appliquer ce qu?il considère ses priorités. A commencer par le renforcement des capacités de son personnel. «Nous avons un personnel très qualifié mais nous devons former des jeunes nouvellement recrutés pour qu?ils deviennent plus performants et ceci afin d?obtenir les prévisions les plus précises possibles. Par exemple, nous nous occupons de séismologie mais nous devons former des séïsmologues qualifiés. Nous avons besoin de spécialistes dans différentes branches de la météorologie, par exemple la météorologie agricole, celle de la marine ou encore celle de l?aviation suite au départ à la retraite des anciens. Je suis en contact avec l?OMM à cet effet». Il veut aussi améliorer les conditions de vie des employés basés à St-Brandon et à Agaléga. Tout comme il veut agrandir le bâtiment abritant la station à Vacoas.
Suresh Boodhoo demande au public de garder confiance en les prévisions de la station de Vacoas. «La météo n?est pas une science exacte à 100 %. Quelle science l?est de toute façon ? Mêmes les sites Internet les plus professionnels peuvent se tromper sur une trajectoire cyclonique. Il ne faut pas oublier que nos conclusions sont utilisées régulièrement par plusieurs partenaires locaux, à savoir la communauté agricole, la communauté des pêcheurs, les gestionnaires publics de l?eau et par les compagnies d?assurances. Il ne faut pas perdre confiance en nous?»
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