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Approche de star
<B>? Quand on parle de transport aérien et de développement touristique, on imagine que depuis le 11 septembre 2001, aucune prévision à long terme ne peut plus être considérée comme valable d'où l?impression que tout le monde navigue à vue?</B>
C?est une question qui doit être posée. Il y a des pays qui ont, je dirais, une histoire touristique faite de force et de richesse tellement incontournables qu?ils font partie des fondamentaux du tourisme mondial. Et puis il y a des destinations nouvelles, quelques fois à la mode qui sont en plein développement et qui sont, elles, des destinations fragiles. Une destination fragile est une destination qui n?a pas une histoire solide. Et pour ses destinations, la conjoncture internationale, c?est-à-dire le terrorisme, le Sras etc. font qu?elles peuvent souffrir.
<B>? Dans quelle catégorie classez-vous Maurice ? </B>
Maurice fait incontestablement partie de ces valeurs sûres, de ces destinations stables en matière de flux touristique. Avec une histoire suffisamment longue pour n?avoir plus rien à prouver en terme de qualité.
<B>? On a vu des destinations qui n?avaient plus rien à prouver s?écrouler. Maurice a aussi des faiblesses?</B>
La notoriété de Maurice en a fait pour les touristes français une destination lointaine de choix. Une des faiblesses de Maurice, c?est le transport aérien. Il est important qu?il y ait plus de démocratisation en matière de transport aérien.
<B>? Vous plaidez pour votre chapelle ? </B>
Oui, bien sûr. Mais je dois vous dire qu?il y a peu de pays ou en matière de transport aérien, il n?y a que deux transporteurs sur une destination. Année après année, on voit dans le monde une transformation et une déréglementation du transport aérien. Mais déréglementation ne veut pas dire développement sauvage, ni déstabilisation du marché.
<B>? La déréglementation a souvent été liée, dans la pratique, à une déstabilisation du marché?</B>
C?est vrai que cela a souvent été le cas. Mais c?est vrai aussi que quand on est un duopole, on n?a pas forcément envie de voir arriver la concurrence. Mais je crois que c?est important pour Maurice d?avoir une ouverture vers la concurrence dans le transport aérien. Sans remettre en cause les fondamentaux de Maurice, ni son attractivité vers la clientèle haute contribution, je pense que nous sommes en matière de voyage dans un débat de prix.
<B>? Pour ce qu?on appelle la clientèle ?haut de gamme? le prix serait, selon vous, un facteur important ? </B>
Oui. Dans la composante d?une semaine de vacances, la composante transport aérien est une partie importante, un gros item. Ce n?est pas parce que les gens ont des moyens élevés qu?ils ne chercheront pas à acheter moins cher leurs vacances. Tout ce que l?on dépense de moins dans ses billets d?avions, c?est ce que l?on pourra dépenser de plus dans le pays ou l?on part en vacances. Le transport aérien est un élément qui peut faire baisser le forfait vacances sur des destinations long courriers sans remettre en cause les fondamentaux et la qualité en matière de déplacement touristique.
<B>? Ce sont des choses vérifiables ? </B>
Tout à fait vérifiables. Une compagnie comme Star Airlines qui exploite deux gros porteurs transporte des passagers sur le Club Méditerranée de Colombus dans les Bahamas, une destination haut de gamme. Nous transportons des clients de Kuoni, une agence reconnue pour sa clientèle choisie vers les Maldives.
<B>? Les petites compagnies ont toujours cette réputation de faire voyager moins confortablement leurs passagers?</B>
Oui et il ne faut pas hésiter à le dire ! Ce n?est pas parce que vous avez moins de confort pendant le voyage que vous n?attirez pas une clientèle haute contribution. N?oublions pas que nous sommes dans une concurrence tarifaire et que Maurice, nonobstant la qualité de son tourisme, oublie l?environnement des prix qui est et restera, dans le monde du voyage, un facteur déterminant. Nous avons vu des destinations connaître une baisse de trafic parce qu?elles se sont faites concurrencées par d?autres destinations sur la base des prix plus bas. Prenez exemple sur ce qui s?est passé en France l?année dernière pour les départs vers le Sénégal par rapport à République Dominicaine. Une famille se rendant compte qu?avec le même budget elle pouvait aller beaucoup plus loin, en l?occurrence la République Dominicaine, a choisi cette destination. Le Sénégal a beaucoup souffert d?une baisse de trafic à cause de cela.
<B>? Pensez-vous que la destination Maurice commence à souffrir d?être une destination chère ? </B>
Je ne dis pas cela mais vous devez être très vigilant sur ce point afin de ne pas s?enfermer. J?en ai discuté longuement avec les autorités mauriciennes, les professionnels du tourisme et je me réjouis déjà de voir dans la presse mauricienne un débat s?engager sur ce sujet. Je vois les positions de l?ancien pdg d?Air Mauritius, de la Jeune chambre économique et je crois qu?un vrai débat s?est installé et que cela ne peut être que bénéfique. Il faut savoir s?il doit y avoir ouverture du transport aérien et s?il doit y en avoir, il serait normal que l?ouverture se fasse avec la France. Car n?oublions pas que la France est le premier pays émetteur de touristes pour Maurice. Votre Premier ministre s?en est fait l?écho au cours de son dernier voyage en France. Il a dit qu?il n?était pas opposé à l?ouverture du transport aérien?
<B>? Votre concurrent ?Corsair? est déjà en place?</B>
Je profite de votre question pour rectifier certaines choses. Aujourd?hui vous avez deux compagnies françaises, Corsair et Star Airlines, qui a chacune exactement les mêmes droits. À savoir que nous avons tous les deux été désignées par les autorités françaises par un arrêté ministériel comme ayant droit de trafic au départ de la France vers Maurice. Nous sommes donc sur un plan juridique strictement logé à la même enseigne. Si bien que s?il n?y a qu?une seule compagnie habilitée à venir à Maurice, ce sera aux autorités françaises de la désigner. Votre Premier ministre l?a aussi clairement dit lors de son voyage à Paris. Star Airlines a donc toutes ses chances. Nous avons un petit plus par rapport à Corsair. Dans notre projet de venir à Maurice, nous ne souhaitons pas faire du Paris-Maurice-Paris. Il y a déjà 17 vols par semaine. Nous, notre projet c?est de faire Paris-Nice Côte d?Azur-Maurice. Vous avez, dans cette zone méditerranéenne un potentiel de sept millions de personnes avec un pouvoir d?achat élevé qui correspond parfaitement à la stratégie touristique de Maurice. Aujourd?hui si ses personnes veulent aller à Maurice, c?est quatre à cinq heures de perdues pour remonter à Paris avant de prendre l?avion pour Maurice. C?est pour cela que nous avons choisi Nice et que notre projet est novateur et un peu différent de celui de nos confrères, mais néanmoins concurrents, Corsair. Il me paraissait important de le faire savoir.
<B>? Quand on a vu les soubresauts qui ont causé la mort de beaucoup de compagnies aériennes en France et en Europe, peut-on faire confiance, sur le long terme, à des jeunes compagnies comme ?Star Airlines? ? </B>
Tout dépend de ce qu?on appelle jeune. Star Airlines aura dix ans l?année prochaine. Les chiffres parlent d?eux-mêmes. En dix ans d?exploitation, nous n?avons fait des pertes qu?une seule année. Notre meilleur ambassadeur est notre bilan financier. Et c?est pour ça que dans un projet comme sur Maurice, nous n?avons pas pour vocation de venir casser la baraque. Nous avons une démarche sur le long terme. C?est la rentabilité qui nous guide. Une petite compagnie qui fait bien son travail et qui ne fait pas les mêmes choses que les grandes compagnies nationales a pleinement sa place sur le marché mauricien.
<B>? Les vols charters ont la réputation de ?casser? l?image des destinations ou ils atterrissent?</B>
Le gouvernement mauricien s?est toujours méfié des charters et il a eu raison. Le mot charter a toujours eu une notion péjorative. On a l?image d?une clientèle basse contribution, de vieux avions, pas à l?heure, mal entretenus. Depuis dix ans, les choses ont beaucoup évolué. Aujourd?hui ceux qui font des vols charters ont des avions tout neufs, ont beaucoup travaillé sur le service à bord et ont finalement réussi à attirer une clientèle haute contribution. Star Airlines s?inscrit dans cette stratégie. Ce n?est pas le type de trafic, charters ou réguliers, qui définit une clientèle. C?est une erreur de le croire. C?est le prix qui détermine la clientèle.
<B>? Vous voulez dire que les autres font du dumping ? </B>
Oui. Il y a des compagnies qui ont envie d?acheter des parts de marché et qui font du dumping pour rentrer dans le marché. ça fait partie des choses que l?on voit souvent. Une compagnie comme la nôtre fait à la fois des vols charters et des vols réguliers Des vols réguliers sur les longs courriers. Comme nous prévoyons de le faire aux Seychelles.
<B>? La réticence de l?Etat mauricien à ouvrir l?espace aérien date de plusieurs décennies. Comment interprétez-vous le sens de cette démarche par rapport aux hôteliers qui, eux, affirment le contraire ? </B>
Je pense que c?est lié aux liens privilégiés qu?entretiennent Air Mauritius et Air France. Les deux ont réussi, il faut le reconnaître, à développer le tourisme. Ils ont réussi à créer un partenariat extrêmement fort. Mais aujourd?hui le monde évolue, il faut aller vers un peu plus de concurrence. De toutes les manières, elle est saine et c?est normal qu?il y ait une peur des acteurs en présence face à une ouverture de l?espace aérien. Concernant les hôteliers, il y en a plein, ceux qui ne sont pas des cinq étoiles qui souhaitent qu?il y ait plus de concurrence entre les lignes aériennes. Une concurrence, avec des règles claires et transparentes, ne peut que faire du bien à tous les intervenants. Et aider au développement touristique de l?île. Mais vous savez, l?être humain n?aime pas le changement. Et c?est normal qu?il y ait de la résistance?
<B>? Parlons concret : si ?Star Airlines? atterrit à Maurice peut-on s?attendre à une baisse du prix du billet Paris-Maurice-Paris ? </B>
Nous n?avons pas les mêmes coûts qu?une compagnie comme Air France ou Air Mauritius. En basse saison nous pourrons avoir des tarifs plus compétitifs, je le pense. Mais je ne sais pas encore les prix exacts. C?est difficile à répondre maintenant. ça dépendra des prochaines discussions entre les délégations mauriciennes et françaises début juillet. Nous sommes dans l?expectative.
<B>? Bernard Baur, directeur commercial de Selectour estime, dans un entretien avec Week End, que l?image de Maurice n?est pas bien vendue en France. Epousez-vous son point de vue ? </B>
Pas tout à fait. Cela dit, on peut toujours être mieux vendue, c?est certain. Il y a ici un accueil et une gentillesse, et derrière cela se décline tout une image d?un pays. C?est la population mauricienne qui fait la richesse de Maurice.
<B>? Avec les événements mondiaux, les chiffres du tourisme ont baissé. Pensez-vous que l?on puisse articuler une stratégie du tourisme mondial à long terme avec une toile de fond aussi sombre ? </B>
Oui. Beaucoup d?études socio-économiques démontrent que lorsque le pouvoir d?achat des personnes augmente, le premier poste qui en profite ce sont les loisirs et les voyages. Je crois réellement à la pérennité et la croissance à long terme du tourisme mondial. Voyager et découvrir font partie intime de la nature humaine.
<B>? Et le poids des peurs au sujet des attentats ? </B>
Depuis le 11 septembre, les compagnies aériennes ont appris la réactivité. Nous devons évoluer vers plus de sûreté par une approche différente. Cela dit je pense que le consommateur, à cause de la situation internationale, commence à vivre avec les événements. Il devient plus fataliste. Malheureusement il est arrivé à penser que ses événements font partie de l?évolution de nos sociétés. Il s?adapte aux événements. L?homme est ainsi.
<I>?Ce n?est pas le type de trafic, charters ou réguliers, qui définit une clientèle. C?est une erreur de le croire. C?est le prix qui détermine la clientèle.?
?Je crois réellement à la pérennité et la croissance à long terme du tourisme mondial. Voyager et découvrir font partie intime de la nature humaine.?</I>
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