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Apprentissage politique

29 juillet 2006, 20:00

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En goûtant à la politique, en découvrant les guerres de pouvoir, Rodrigues a adopté les tiraillements et les bassesses qui l?accompagnent. C?est dommage. Nous avons certainement une part de responsabilité ; la petite île a été à bonne école. La politique mauricienne est parsemée d?histoires de députés peu intègres qui, sans souci des conséquences de leurs actes, ont « cross the floor », de caprices de coalisés, de ces clashs de personnalités, de ces résistances à la discipline de parti susceptibles de mener à l?éclatement?

C?est dommage, mais cette « culture » est bien la première explication à la crise qui bouleverse la quiétude de l?île. Un certain courant à Rodrigues, dont les arguments devraient être vite récupérés à Maurice par les détracteurs de la réforme électorale, tente de mettre ces secousses sur le dos de la proportionnelle. Non seulement ce serait refuser de voir en face les réels problèmes, mais il serait regrettable de remettre en question les vertus de ce système, expérimental à Rodrigues, de relancer un débat que nous espérions clos et de retarder une échéance trop souvent repoussée.

On ne peut pas accepter ce retour à la case départ. Serge Clair insinue qu?il faut, pour gouverner, une forte majorité, un raz de marée? peu importe que cela se fasse au détriment de la démocratie, peu importe si cela justifie la dictature du parti unique.

Le leader de l?Organisation du peuple de Rodrigues (OPR) grogne aujourd?hui contre le fait qu?on lui a rogné les ailes dès le départ. Il semble regretter que la force « réelle » de son parti, exprimée dans le scrutin direct où l?OPR faisait élire deux fois plus de candidats que le Mouvement rodrigais (MR), soit 8 contre 4, ait été atténuée. Il semble déplorer la correction, par l?élection de liste, qui avait ramené de 10 pour l?OPR contre 8 pour le MR, cette proportion. Une proximité qui aurait été source d?instabilité.

L?équité entre les votes et les sièges est un principe sur lequel on ne devrait pas reculer. Dans notre réflexion sur la nécessité de la réforme électorale, il y a désormais entente sur le fait que le premier critère d?une Assemblée démocratique est qu?elle doit être représentative du peuple, que le choix de la population doit être numériquement reflété dans la composition de toute Assemblée gouvernante. S?il existe un point de consensus, c?est bien que la démocratie ne peut plus être sacrifiée au profit de l?efficience dans la conduite des affaires. Ce n?est pas parce que nous n?arrivons pas à gérer l?instabilité que peut favoriser la représentation proportionnelle, qu?il faut retourner à l?ancien système, générateur, d?ailleurs, de plus d?instabilités.

Ce système électoral n?est pas parfait, c?est sûr. On connaissait les désavantages de la représentation proportionnelle bien avant que Serge Clair ne les expérimente. D?abord, les assises des élus par liste auprès de l?électorat peuvent être fragiles. L?électeur aime savoir que celui qu?il a élu au scrutin direct, représente « ses » intérêts. Face à des collègues commissaires qui ont décidé qu?ils ne lui feraient pas de cadeaux, l?élu par liste peut, par ailleurs, éprouver beaucoup de mal à se faire entendre.

Ce sentiment de deux espèces d?élus peut pourrir l?ambiance et gêner les prises de décision. Mais ce ne sont pas là des problèmes qui ne peuvent avoir dérangé outre mesure Serge Clair, dont les trente années à la proue de la vie publique rodriguaise auront assis l?autorité.

Le réel problème est peut-être une question « d?apprentissage ». Nous sommes au carrefour de deux systèmes politiques. Nous appréhendons un nouveau système avec l?esprit d?un autre. L?un, le scrutin de liste, se caractérise par une diversité de partis, de manières de voir, de minorités de toutes sortes. Le gouvernement qui en émergera en sera un de coalition réunissant plus d?un parti qui apprendront à travailler ensemble. Beaucoup de partis dans le monde y arrivent. L?autre, le « first past the post », est bipolaire ; en émerge un gouvernement majoritaire unipartite ? ou en alliance, c?est tout comme. Alors que dans l?esprit de la proportionnelle, il y a éclatement du système de partis, dans l?autre, il y a la manie du regroupement qui pousse le transfuge à vite gagner l?autre rang.

Nous avons évolué dans un cadre politique « bipolaire » pendant trente-huit ans. Nous ne savons pas appréhender la chose politique autrement.

C?est donc sans doute un problème de culture politique qui aura poussé les partis politiques rodriguais à se regrouper en deux blocs avant les élections, et à être aujourd?hui aussi obsédés par « la majorité » en cédant au « transfugisme ». Au-delà, la particularité de l?Assemblée rodriguaise, composée de 18 membres seulement, qui n?encourage pas une multitude de partis, appellera probablement un ajustement de la méthode de représentation proportionnelle.

Ce débat doit se prolonger dans les jours à venir. D?abord parce que la question rodriguaise continuera à retenir notre attention : si le gouvernement veut être fidèle à la démocratie électorale à laquelle il croit, il ne peut justifier la légitimité du MR à diriger l?assemblée régionale. Ensuite, le citoyen mauricien devrait s?y intéresser parce que ce que nous joue l?opposition ces jours-ci est grotesque : le MMM est en train de vouloir nous faire croire qu?il pourrait se mettre en alliance avec le MSM, dont il s?est débarrassé, pour le bien du pays, pour répondre aux « souhaits de la population ». Ce qu?elle souhaite, la population, c?est la fin des mascarades : que la proportionnelle soit introduite afin que chacun défende sa propre peau, ses idées, ses gens.

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