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Apprendre à apprendre ?

30 mars 2008, 20:00

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Apprendre à apprendre ?

Apprendre à apprendre, André Giordan & Jérôme Saltet, Editions E.J.L., 2007.

André Giordan est connu pour sa théorie de l?apprentissage qui postule la nécessité de tenir compte des conceptions de l?apprenant, c?est-à-dire les idées qu?il a déjà sur les savoirs enseignés en amont de l?enseignement et à travers lesquelles il essaie de comprendre les propos de l?enseignant ou d?interpréter les situations proposées ou les documents fournis. En effet, ces conceptions, qui ont une certaine stabilité, déterminent l?apprentissage d?une connaissance, l?acquisition d?une démarche de pensée.

«Apprendre à apprendre», le best-seller qu?André Giordan a écrit en collaboration avec Jérôme Saltet, propose une méthode claire pour apprendre efficacement. Dans les huit chapitres du livre, ils mettent l?accent sur la prise de conscience de la manière d?apprendre propre à chacun, le développement de ses capacités cognitives et de ses capacités personnelles, la prise en compte de son corps et surtout du cerveau.

Pour apprendre, il est indispensable de comprendre : «Quand on veut apprendre vraiment, la mémorisation, si elle est nécessaire, reste insuffisante. Il faut aussi pouvoir mobiliser son savoir. C?est quand on réutilise ses connaissances dans des situations différentes que l?on apprend vraiment.» Certaines pratiques, écrivent les auteurs, favorisent beaucoup l?apprentissage : le vécu qui permet de mieux ancrer le savoir et de mieux s?en souvenir, et le partage du savoir avec d?autres. Sans compter la réflexion sur les erreurs pour surmonter tout sens de culpabilité, pour comprendre ce qui n?a pas marché, pour essayer autrement.

Impossible d?apprendre à apprendre sans le désir d?apprendre : «Moteur à facettes multiples, le désir d?apprendre déclenche l?apprendre tout en étant façonné en retour par les connaissances apprises ou les démarches mises en route.» Les auteurs rappellent que ce désir, véritable antidote à l?ennui, est très présent chez le jeune enfant, mais qu?il se perd progressivement au cours de la scolarité jusqu?à disparaître complètement à la fin de celle-ci!

Difficile également d?apprendre à apprendre si l?on ne sait pas poser et résoudre un problème : «Il y a problème lorsqu?on constate qu?une situation est non satisfaisante, qu?il existe un décalage entre la réalité et ce qui est attendu.» Plus difficile que de résoudre un problème, précisent les auteurs, c?est aujourd?hui la capacité de le poser, car les problèmes son multiples et en interaction dans des domaines de plus en plus complexes comme l?économie, la santé ou le développement durable. Les auteurs offrent ici un conseil pratique: la construction d?un «conceptogramme» qui est un outil visant à mettre à plat les éléments du problème, à les hiérarchiser, à analyser la cohérence du contenu, les articulations entre les idées. Il s?agit de placer dans une bulle le thème ( ou idée principale ) du problème, de disposer autour de cette bulle-amorce des bulles périphériques qui renferment les idées secondaires, puis tertiaires, en liaison avec le problème, et de relier la bulle centrale et les bulles périphériques par des relations logiques.

La maîtrise de l?information est cruciale: «Avec le développement des nouveaux médias, et du fait de l?usage quotidien d?Internet, apprendre à maîtriser l?information devient un formidable enjeu. Il faut savoir s?orienter dans l?océan de l?information. Le traitement de celle-ci est appelé à devenir, dans la prochaine décennie, un apprentissage fondamental. La question actuelle n?est plus le manque de données, mais son trop-plein !» Pour s?en sortir, les auteurs recommandent l?acquisition de certaines compétences de base, dont l?identification des sources de l?information, la sélection de manière pertinente des documents que l?on souhaite retenir, l?extraction de l?information essentielle, l?évaluation d?un document et l?analyse critique de son contenu, et la mise en perspective de l?information proposée.

Sur la nécessité de savoir s?organiser, les auteurs citent François Jacob : «L?esprit est un produit de l?organisation du cerveau tout comme la vie est un produit de l?organisation des molécules.» Ils encouragent ainsi le lecteur à investir du temps et de l?énergie pour s?organiser dans le but d?économiser ensuite beaucoup de temps et d?énergie. Et à prendre conscience de ce qu?il fait réellement de son temps avant de se créer un emploi du temps «optimum».

Les auteurs ne négligent nullement un savoir assez particulier : mettre son corps en ordre pour apprendre : «Les mots-clés d?une bonne santé sont, entre autres, les rythmes biologiques, les activités, le sport, la sieste, le sommeil. Sur celui-ci, ils soulignent une vérité qui vaut son pesant d?or : «Pendant le sommeil profond, le cerveau structure et consolide les connaissances acquises dans la journée.»

Un hors-texte au début du livre pourrait lui servir de conclusion : «Aujourd?hui, chaque jeune doit se préparer à se mouvoir dans un monde dont il ne connaît pas encore les contours. Il est impossible de se faire une idée des innovations qui bouleverseront la vie de la planète dans les cinquante prochaines années.» Il suffit de se rappeler que personne n?a prévu l?internet et le téléphone portable il y a cinquante ans ! C?est la raison pour laquelle il est quasi impossible d?extrapoler sur les savoirs qui seront utiles en 2020 -2040. De ce fait, l?accumulation des savoirs n?est plus la priorité d?une formation, mais, au travers des connaissances, l?introduction d?une disponibilité : l?envie de toujours chercher à comprendre, la curiosité de tout ce qui n?est pas évident ou familier. Il importe d?accorder une place privilégiée à l?appropriation des démarches d?investigation, à la mise en ?uvre des recherches d?information, des démarches d?enquête ou d?argumentation pour convaincre. «Un regard critique sur tout ce qui nous entoure devient une nécessité au quotidien. Il nous faut faire les liens entre savoirs scientifiques, historiques, géographiques, littéraires, entre éthique, culture(s) et société, ou encore entre savoirs et valeurs. Qu?est-ce qui est urgent ou prioritaire de maîtriser ? Et pourquoi faire ?»

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