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Appareils auditifs : les vendeurs se font tirer l?oreille
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Appareils auditifs : les vendeurs se font tirer l?oreille
Jaysen Succaram est fondateur de l?Association des parents de déficients auditifs (Apda) et directeur de l?école gérée par l?association. Il constate environ ?50 % de rejet chez les élèves de l?école portant un appareil auditif?. Quelles en sont les raisons ? ?Au départ, je me suis dit que c?était normal, qu?il fallait un peu de temps avant qu?il ne s?y habitue?, témoigne Roshan, père de Kishan, 9 ans qui s?est fait poser un appareil en janvier dernier . ?Mais j?ai dû me rendre compte à la fin, que son audiophone le gênait terriblement. Il s?énervait, il l?arrachait. Un jour il a jeté les appareils dans la poubelle?.
Le directeur de l?Apda, lui-même père de deux enfants déficients auditifs, sait que le père de Roshan n?exagère pas. Il situe le problème pour Le Porte-monnaie : ?Il y a un manque effrayant de professionnalisme dans la vente des appareils auditifs à Maurice. On joue avec la santé des patients. Il faudrait que les autorités mettent un peu d?ordre dans ce secteur.?
En effet, dans la vente des aides auditives comme dans beaucoup de domaines ? ainsi que nous l?avons souvent dit dans ces colonnes ? ?on fait n?importe quoi n?importe comment?. Tout est permis : ainsi un orthophoniste peut se prévaloir de ses quelques années d?expérience dans un service hospitalier pour ouvrir un point de vente d?appareils auditifs. Tel autre centre opère sans l?assistance d?un audiologiste. ?Au train où vont les choses, cela ne m?étonnerait pas de voir les marchands dits ambulants se lancer dans cette activité?, ironise Marie Michèle, mère de Fabrice, de l?école Apda.
Nous avons rencontré Nashir Hossenbux, directeur du Hearing Care Centre, sis à Quatre-Bornes. Audiologiste et audioprothésiste de formation, Nashir Hossenbux a pratiqué pendant de nombreuses années au Guy?s Hospital de Londres. Son curriculum vitae nous apprend qu?il est Registered Hearing Aid Dispenser du Hearing Aid Council de Londres et membre de la Society of Hearing Aid Audiologists de la même ville. Ce professionnel de la médecine auditive dit ne pas admettre cet état de choses. ?Ces dernières années, la technologie a permis de formidables avancées dans la conception, la fabrication et le port d?appareils auditifs. Une aide auditive, comme son nom l?indique, est faite pour améliorer l?ouïe du malentendant afin de lui permettre de participer pleinement à son environnement sonore. Il n?est plus possible d?admettre qu?un déficient auditif soit gêné ou irrité par son appereil. Les premiers jours, ça va, il faut qu?il s?habitue, mais ce n?est pas normal, c?est même inadmissible qu?il y ait 50 % de rejet, comme l?indique l?Apda.?
Nashir Hossenbux insiste sur ce point que ?l?audiologie est une profession paramédicale. Ce qui requiert une formation et une expérience réelle de quiconque veut se lancer dans le commerce des audiophones. On ne peut prescrire ou régler un audiophone sans savoir interpréter un audiogramme. De même, comment peut-on permettre à une main non-experte d?installer un appareil d?à peine quelques millimètres dans le canal de l?oreille de votre enfant ? Il déplore également que les appareils soient vendus sans conseils et sans suivi, alors que l?usage d?une aide auditive demande une certaine rééducation. ?Ailleurs, c?est un délit que de prescrire un appareil auditif sans être qualifié, et il est exigé à tout aspirant Aid Dispenser de travailler sous la supervision d?un audiologiste qualifié pendant au moins deux ans avant de pouvoir pratiquer.?
L?audiologiste Hossenbux dit être sur la même longueur d?ondes que le directeur de l?APDA et les parents d?enfants déficients auditifs quant au contrôle devant être exercé sur la vente des appareils auditifs.
Mais un autre facteur dont il faut tenir compte est le coût des audiophones. Et là, les appréciations divergent. Selon les modèles, la qualité et la provenance, les prix minimum des audiophones varient entre Rs 7 000 et Rs 20 000. Certains appareils peuvent coûter jusqu?à Rs 50 000. Trop cher pour la majorité des familles mauriciennes.
Appareils irréparables
Les parents de Karishma, déficiente auditive de naissance et aujourd?hui âgée de 9 ans, ont déjà dépensé une petite fortune pour ses audiophones. ?A mesure que Karishma grandit, il faut changer d?appareil. Sans compter ceux vendus sans garantie et sans service après-vente. Je peux vous monter ma petite collection personnelle d?appareils endommagés et irréparables. J?ai fait le calcul : nous avons déjà dépensé près de Rs 60 000 pour les appareils de Karishma. Et nous achetons toujours ce qu?il y a de meilleur marché?.
Le directeur de Hearing Care Centre, de son côté, se défend de pratiquer des prix prohibitifs. ?C?est vrai, les prix peuvent paraître chers. Mais il y a le coût d?importation et les frais d?opération courants à toute activité commerciale. On ne fait pas fortune dans le Hearing Care business?.
Mais les parents d?enfants déficients auditifs, pas assez fortunés pour faire face aux prix pratiqués par les centres privés, et pas assez infortunés pour bénéficier de la gratuité du service prodigué par le ministère de la Sécurité sociale et de la solidarité nationale (les revenus annuels du couple ne doivent pas dépasser Rs 100 000) crient à l?exclusion.
Jaysen Succaram, directeur de l?APDA en appelle aux dirigeants du pays et aux autorités concernées. ?Il est temps qu?on y jette un oeil, on ne peut laisser perdurer cet état de choses au détriment d?une partie de la population. C?est une question de santé publique?. Espérons que les autorités sauront entendre cet appel.
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