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Anticipation et réalités
<B>Par Akilesh ROOPUN</B>
Les analystes misent sur une reprise de la roupie après une longue période de perturbations. La chute continue certes mais les récentes interventions (plus importantes et plus régulières) de la Banque de Maurice ont quelque peu changé les données. Il y a plus de dollars en circulation et donc moins de pression sur la roupie pour se déprécier davantage. Mais une accalmie durable dépend des facteurs autres qu’un processus d’injection (ou réabsorption) des liquidités par la Banque centrale.
La psychologie est un élément fondamental dans le comportement des marchés financiers. Les anticipations (collectives) des investisseurs déterminent dans une large mesure la valeur des actifs et la direction du mouvement des marchés.
Ces anticipations sont fondées sur les fondamentaux des entreprises, des industries et de l’économie en général. Mais il y a aussi une grosse part de la spéculation. Les spéculateurs profitent d’un décalage entre la valeur réelle d’un actif et le prix affiché de celui-ci pour se faire de l’argent. Les actions d’un petit groupe de spéculateurs peuvent provoquer un mouvement généralisé et éventuellement entraîner les marchés dans un spiral.
La roupie a fait l’objet d’une spéculation pendant plusieurs mois. Les détenteurs de dollars, d’euros et de livres sterling ont préféré préserver leurs monnaies en anticipant une chute continue de la roupie face à ces devises. Cela a privé le circuit “forex” d’un flux non négligeable de liquidités et a été la cause principale d’une pénurie prolongée de devises sur le marché.
Aujourd’hui, l’on assiste à un mouvement inverse, même si le processus n’est qu’à ses débuts. Les investisseurs et autres détenteurs de monnaies étrangères anticipent des rentrées de devises importantes dans le pays.
Le Board of Investment annonce des investissements étrangers dans les projets d’“integrated resorts scheme” et dans l’hôtellerie. Des fonds venant d’institutions internationales de développement sont aussi prévus pour bientôt. Ce n’est pas encore le déclic, mais ces nouvelles attentes peuvent aider à créer une nouvelle dynamique qui pourrait profiter à la roupie.
Les détenteurs de devises auront de moins en moins intérêt à préserver leurs monnaies étrangères s’ils pensent que de nouvelles liquidités viendront alimenter le marché en grande quantité. Face aux craintes d’une appréciation de la roupie, ils auront tendance à liquider leurs devises le plus vite possible.
Mais le phénomène de la spéculation et des anticipations n’explique pas tout le mouvement des taux de change. La valeur de la monnaie nationale doit avant tout refléter la santé de l’économie.
Les faiblesses structurelles de l’économie mauricienne ont pesé lourd sur la monnaie locale. La balance extérieure a subi les effets de la mauvaise performance du sucre et de la zone franche. En même temps, la flambée des prix des carburants a fait gonfler la facture d’importation.
Seule une restructuration profonde de l’économie pourra redonner une force durable à la monnaie. L’économie devra s’ouvrir davantage tout en créant plus de valeur ajoutée locale. Les industries d’exportation devront devenir plus productives pour que la compétitivité de leurs produits dépende de moins en moins du jeu des taux de change et des préférences commerciales.
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