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Anoska, la cité oubliée

18 mars 2007, 00:00

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Une route défoncée, parsemée de nids de poule faisant penser à des cratères mène à la cité Anoska. L?air y est irrespirable et l?environnement est laissé à l?abandon. Pourtant, ce quartier où vivent 77 familles veut sortir de sa condition de précarité et effacer l?image négative qui la poursuit.

« Nous en avons assez d?être des laissés-pour-compte », lance Anderson Azie, un des habitants de la cité Anoska. Le village a été créé en 1999, à la suite du déplacement des familles de La Pipe, à Midlands, où le gouvernement d?alors avait fait construire un barrage. Et depuis son existence, la cité vit au ralenti, en marge du développement. Les habitants disent se sentir « abandonnés », « oubliés » par les autorités qui connaissent pourtant leurs problèmes depuis belle lurette.

« Des personnalités politiques sont venues faire des constats, nous ont promis de remédier à la situation, puis elles ont disparu dans la nature sans apporter de solutions à nos problèmes », se plaint Arjoon Gunputrao. Leur souci premier est d?ordre environnemental, car dans ce quartier, l?insalubrité est omniprésente.

L?air que l?on respire est chargé d?une odeur pestilentielle depuis qu?un des habitants a lancé un élevage de lapins, de cabris, porcs et de canards, sans se soucier des inconvénients? olfactifs. « Cette odeur nous pourrit la vie. Pas moyen de prendre l?air, ni de casser la croûte à l?extérieur quand il fait beau », marmonne Jonathan Kistohurry.

Les inspecteurs sanitaires sont bien venus sermonner l?éleveur, mais ce dernier n?en a, semble-t-il, pas eu cure. « Si ce monsieur faisait un élevage dans un autre quartier résidentiel, il aurait eu à mettre un frein à ses activités immédiatement », ajoute notre interlocuteur.

Il déplore aussi l?état des routes, défoncées et jamais goudronnées. Le chauffeur d?autobus qui dessert la localité quotidiennement profite de notre présence pour manifester sa mauvaise humeur. « J?enrage à chaque fois que j?ai à emprunter cette route », affirme-t-il en passant son chemin.

Le manque de salubrité règne dans le quartier

Outre les routes, les infrastructures sportives et communautaires sont quasiment inexistantes. L?unique centre social est dans un état lamentable. « Voyez vous-même ce dont nous avons eu droit. Quatre murs, un toit, sans eau ni électricité, et sans aucun aménagement », lâche Anderson Azie. À voir les paquets de cigarettes et autres bouteilles de boissons alcoolisées vides qui jonchent le sol, les lieux servent surtout de repaire aux personnes qui ont trouvé ces expédients pour tuer l?ennui.

Il faut toutefois dire que les jeunes sont en mal de loisirs ici. Pour jouer au football, il faut se rendre à Vacoas, et ce sport leur revient cher, vu le coût du transport. Ils affirment également que le terrain de foot n?est pas praticable. Pour ce qui est des jeunes filles, elles encourent le risque de grossesses précoces.

Quant aux enfants, ils fréquentent une école située loin de la cité et où ils sont considérés, allèguent leurs parents, comme des élèves de seconde zone. « Zot met nou bann zanfan derier net, kouma dir zot bann pestifere », soupire Guillemette, qui est mère de deux enfants.

De plus, les élèves recalés au CPE, sont laissés à eux-mêmes. « À 11 ? 13 ans, ils deviennent des vagabonds car personne ne s?occupe d?eux. Il leur faudrait une école à 16e Mille, un enseignement technique pour pouvoir apprendre un métier et une institution pour les enfants des rues », souligne un autre habitant. Côté sport, le potentiel est là, mais il n?y a pas d?école de foot avec un encadrement.

La voisine de Guillemette, Clau-dette Perrine, s?insurge, quant à elle, contre le manque de salubrité qui règne dans le quartier : « Les enfants jouent dans les nids de poule remplis d?eau boueuse et finissent par attraper la gale. On n?est pas à l?abri du chikungunya non plus. »

Les adultes souffrent également d?un manque d?activités. Après le travail, il n?y a rien ici pour occuper son temps libre. « Comment établir un budget loisirs lorsqu?on a du mal à joindre les deux bouts et qu?on nous annonce qu?on doit payer une somme conséquente pour les examens du SC et du HSC ? », demande Jonathan Kistohurry. La plupart des habitants gagnent leur vie comme laboureurs, maçons ou encore en raclant la fiente du sol des poulaillers industriels à Melrose ou à Camp-Diable.

Et lorsqu?on est malade à Anoska, mieux vaut prier pour que ce ne soit pas grave. « Les ambulances ne veulent plus venir jusqu?ici à cause de l?état des routes. Même les taxis refusent », se plaint notre interlocuteur. Ce dernier en a fait la triste expérience il y a quelque temps, lorsque sa mère de 71 ans s?est trouvée mal. « J?ai dû attendre jusqu?à fort tard qu?un ami qui possède une voiture vienne nous prendre pour emmener ma mère à l?hôpital. »

Trouver des solutions à leurs problèmes

Les femmes enceintes sont, quant à elles, au nombre de ceux qui souffrent le plus de l?excentration du quartier par rapport aux hôpitaux. La plupart du temps, elles sont dirigées vers l?hôpital Victoria, à Candos, au lieu de celui de Rose-Belle qui est plus proche d?Anoska. Pour soigner les petits bobos, il faut aller au dispensaire à Forest-Side.

Mais les habitants de la cité Anoska ne veulent plus rester les bras croisés. Dans une pétition adressée au président de la République, sir Anerood Jugnauth, au Premier ministre, Navin Ramgoolam, aux ministres de la Sécurité sociale, de la Jeunesse et des sports, de l?Environnement, aux députés de Curepipe, ainsi qu?aux membres du conseil des districts de Grand Port-Savanne, les 1 832 signataires les exhortent de trouver des solutions à leurs problèmes. « Nous voulons que notre appel soit entendu. Si rien n?est fait, nous organiserons une manifestation pacifique pour faire entendre notre voix. »

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