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Amours troubles à la limite du nanar

5 février 2004, 20:00

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??LE film est incontestablement raté, mais (...) n?est dénué ni d'ambition ni d'audace, notamment dans la volonté de mélanger les genres et de développer les personnages. Les brèves contributions d'Al Pacino et de Christopher Walken sont impeccables.? (Première)

Que les lecteurs en soient prévenus : Amours troubles, film de Martin Brest est un film à la limite du nanar. Au point qu?à sa sortie dans son pays d?origine (les USA), il était apparemment de bon ton d?aller le voir rien que pour avoir la possibilité d?en médire. Certains n?hésitaient pas à le décrire comme le plus mauvais film de tous les temps, d?autres comme le plus mauvais de l?année alors qu?on était à la mi-2003. C?est dire à quel point on peut être optimiste : car si ce film est le plus mauvais (de tous les temps ou de l?année, dépendant du degré d?optimisme), cela sous-entend nécessairement que les films à venir (jusqu?à la fin de l?année ou jusqu?à la fin des temps) ne pourront qu?être meilleurs. Or, le deuxième Scoubidou vient justement de sortir...

C?est dire aussi qu?il est toujours bon de se retrouver du côté de ceux qui ont forcément raison, surtout quand ce sont les plus forts. Sauf que dans le cas présent, on y est non seulement bien obligé, mais en plus on ne voit pas pourquoi on se gênerait. Car après tout, les responsables de ce non-événement cinématographique (réalisateur, scénaristes, acteurs, producteurs, monteurs, etc. ; bref, tout le monde) ne se sont pas gênés, eux.

On ne peut même pas dire (tout en gardant son sérieux, cela s?entend) qu?ils se sont donné la peine de faire un film qui soit crédible. Ben Affleck (Gigli) en grosse brute sanguinaire, un ?exécutant? à la solde d?une caricature de mafieux, Louis (Lenny Venito) qui veut se mettre dans les bons papiers du grand patron, Al Pacino sur lequel pèse la menace d?un procès pour ses néfastes activités débouchant sur une longue peine d?emprisonnement.

Gigli se voit donc chargé de kidnapper le frère du procureur, un attardé mental interné dans une institution (le frère, pas le procureur, quoique..). Ce qu?il fait, emmenant aussitôt sa victime chez lui. Sitôt arrivé, voilà que Ricki (Jennifer Lopez) frappe à sa porte et lui apprend après quelques détours que c?est le patron qui l?envoie afin de s?assurer que le travail est bien fait. Bien entendu, Gigli tombe sous le charme, car il aime les demoiselles bien faites de leur personne. Moins attendu : elle aussi aime les demoiselles, même qu?elle les préfère de loin aux messieurs.

Lourdeurs

Première impression : on ne ressent rien. Rien, en voyant Ben Affleck malmener un homme qui doit de l?argent au caïd local et le mettre dans une essoreuse; ni amusement, ni malaise, ni indignation. Rien, en le voyant face au caïd l?instant d?après ; on a juste l?impression que les deux sont ridicules, c?est tout. Rien non plus, en voyant Ben Affleck enlever l?attardé mental; on a juste l?impression d?avoir mieux à faire ailleurs. A moins que ce ne soit le regret de ne pouvoir changer de chaîne.

Des scènes avec des changements de plan au mauvais moment, des dialogues d?une banalité et d?une pesanteur qui font penser à un défi relevé (faire le plus banal et le plus pesant possible) sans compter des personnages auxquels il est plus que difficile de porter un intérêt.

Le Flic de Beverley Hills, Midnight Run, Le Temps d?un Week-End : Martin Brest nous avait habitués à mieux, dans le genre comédie policière. Ou alors, puisque Amours troubles a l?air si mauvais que c?est sa médiocrité qui saute dès le premier instant aux yeux du spectateur, il y a peut-être du deuxième degré là-dessous. Angoisse : et si j?avais raté ça, me retrouvant alors du mauvais côté, avec tous ceux qui ont malmené ce film sans s?apercevoir qu?il y avait un humour au deuxième degré ? La honte?

En fait, il y a bien un bref instant durant lequel le film semble lorgner du côté de Tarantino, mais c?est un moment vite oublié, Amours troubles étant véritablement à un premier degré de non-intérêt, sauf pour quelques scènes.

Film ?People? ? La presse de bas étage ne manquant jamais une occasion de nous faire part du moindre reniflement soit de Mlle Lopez, soit de M. Affleck et la presse dite ?de qualité? se contentant elle de leurs faits et gestes les plus conséquents, il nous est donc difficile d?ignorer que les deux se sont rencontrés lors du tournage de ce film et qu?ils ont projeté de se marier peu de temps après.

On a de ce fait déjà un peu de mal à prêter foi aux tendances affichées par Jennifer Lopez, une mauvaise direction du metteur en scène et l?inopportunité de ses répliques venant démolir tout reste de crédibilité que pourrait avoir l?actrice dans ce rôle. Elle n?est pas plus crédible non plus en dure à cuire et on y croit autant qu?au personnage de Ben Affleck en brute sanguinaire. Pour ce dernier, son physique d?idole pour midinettes le prédispose a priori à des rôles de jeune homme (tout ce qu?il y a de plus) banal et sans histoires. Cela aurait pu nous donner un loup déguisé en brebis, un personnage ambigu, voire même un psychopathe vicieux. Rien de tout cela : il se contente tout simplement d?être lourd. Il y a aussi, concernant le couple qu?il forme avec Jennifer Lopez, cette étrange notion de ?vache/taureau? que semble avoir adopté le film, notion sur laquelle il vaudrait mieux passer. Quant au personnage de l?attardé mental, Brian (Justin Bartha) il tient plus ou moins le rôle de ?l?enfant? du couple pour pousser à plus de mièvrerie et vient surtout ralentir l?action.

Pourtant, Amours troubles a quand même la bonne idée de faire de ses personnages principaux un couple d?amis au lieu d?un couple d?amants, une fois passé leur antagonisme initial, et de laisser planer un doute sur leur union à la fin. Une comédie policière habituelle en aurait fait des amants dès le début. Il y a aussi quelques rares bons moments comme Jennifer remportant haut la main un débat d?idées sur la supériorité de l?organe féminin. Et les apparitions de Christopher Walken et d?Al Pacino, successivement; le premier en policier, le second en ponte de la mafia. Reste à déterminer si ces moments, tout délectables qu?ils soient, ne le sont pas justement parce que le film est si mauvais.

A qui pourrait-on le recommander ? Pas aux amateurs de bons films, évidemment. Les midinettes et amateurs de plastique féminine sauront peut-être s?en contenter.

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