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Amita Pathack, la croisée du chikungunya

26 février 2006, 00:00

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Débordée ! Elle l?est en permanence? Que ce soit à son bureau au centre Odette Leal, à Beau-Bassin, ou encore à celui du 5ème étage du bâtiment Emmanuel Anquetil dans la capitale,

le docteur jongle entre les rendez-vous? Une réunion par-ci, une autre par-là, une intervention à la radio, une autre à la télé? Chikungunya oblige. Amita Pathack, médecin de la santé publique, a du pain sur la planche ! Elle vit au rythme de la maladie. Et ne s?arrête pas. Sur la route quand on la croise et qu?on la reconnaît, on la mitraille souvent de questions. Amita Pathack répond toujours. « Le virus est synonyme de souffrances, il est donc normal que le public veuille obtenir le maximum d?informations et savoir comment le prévenir.

Il faut toujours essayer de leur fournir des renseignements », confie-t-elle.

Grande, svelte, Amita Pathack, 53 ans, ne fait guère son âge. Les cheveux droits, coupés à la garçonne, laissent apercevoir un tika grenat et une petite once de rouge sur les lèvres. Drapée dans un churidar en tissu fin et imprimé de mosaïques noires et cendrées assorti d?un horni noir, elle parle d?un ton serein. Même si elle sait que la peur du virus est présente, surtout à cause du décès suspect survenu mercredi dernier et qui découlerait peut-être du virus, elle se veut rassurante et mène, avec des inspecteurs de la santé, la croisade contre les moustiques vecteurs du virus. Affectée à la Communicable Diseases Control Unit, à Beau-Bassin, elle assure la coordination, avec ses collègues, des exercices de démoustication, fait de la prévention et communique les informations. Pour qu?il y ait moins de victimes.

« Je n?ai pas peur du virus »

Originaire de Vacoas, Amita Pathack compte plus de 27 ans au service de la médecine. Elle a grandi au sein d?une famille de trois enfants et est l?unique fille de Brahmanund Padya, 81 ans, ancien directeur de la station météorologique, et de Narainee, 74 ans. Pendant son enfance, elle crapahute dans divers pays étrangers, pour les besoins de la profession du père. Sa scolarité débute à l?école primaire d?Aryan Vedic, à Vacoas, et continue en fin d?adolescence au Nigeria. À cette époque, elle s?intéresse à la philosophie, l?économie et la politique.

Puis, à la fin de ses études, elle décide de se tourner vers la médecine : « J?avais découvert un intérêt pour ce domaine. C?est peut-être aussi ce que je voyais dans ces pays où j?ai vécu qui m?a influencé, je ne sais pas. Mais je voulais devenir médecin. » Ainsi elle se rend en Inde, au Manipal, pour un degré en médecine de 1973 à 1978. Peu de temps après l?obtention de son diplôme, elle rentre au pays, travaille dans les dispensaires puis repart à Cape Town, en Afrique du sud, cette fois-ci pour son post-graduate dans la santé publique. En 1992, elle revient à Maurice et travaille dans les dispensaires et les hôpitaux. L?expérience est enrichissante. « Cela m?a beaucoup apporté. J?aime beaucoup ce contact avec le public. Ce n?est pas toujours facile mais il faut être à l?écoute de chaque patient et tâcher de l?aider au mieux », confie-t-elle.

Elle continue sur cette voie et participe à diverses séances de formation pour acquérir des connaissances sur les maladies émergentes et pour se parfaire dans cette filière. Puis, la santé publique lui attribue de nouvelles responsabilités. Récem-ment désignée comme Regional Public Health Superintendent, elle chapeaute les programmes de santé, le Family Planning et les communicable diseases comme la malaria, et travaille aussi sur la prévention. Et aujourd?hui, alors que le chikun-gunya frappe des centaines de compatriotes, le ministère de la Santé a démarré une campagne informative sur le terrain. Et Amita Pathack y participe.

« Il faut mettre en pratique ce que nous prêchons et réagir positivement. Il y a toujours de la tension découlant du chikungunya mais jusqu?à présent, toute la littérature que nous possédons sur le virus démontre qu?il s?avère rarement fatal. Vu que c?est une maladie émergente, nous nous devons d?être toujours surle qui-vive et devons accentuer la vigilance », déclare-t-elle.

Et dans sa vie de femme et de mère, la lutte contre le virus se poursuit. « Je n?ai pas peur du virus, bien que je sois consciente qu?il apporte beaucoup de douleurs et de souffrances mais il faut être prudent pour ne pas le contracter », dit-elle. Ainsi, elle a pris toutes les mesures de rigueur pour assurer sa protection et celle de sa famille ? son mari Beenay, directeur adjoint à la station météorologique et ses deux enfants, Amrish, 23 ans, diplômé en ingénierie aéronautique et Devya, 16 ans, qui pourrait reprendre le flambeau de sa mère. « C?est un travail important pour aider tout un chacun à se protéger des moustiques et éviter cette maladie », dit-elle.

Médecin de c?ur, elle entend se dévouer aux patients pour des années encore, car elle aime ce qu?elle fait. Quelques minutes de répit ! Enfin, et elle peut avaler un morceau et souffler un peu. Puis, de ses pas pressés, elle partira à nouveau. Sans doute vers une énième réunion?

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