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Alcopops : les boissons de tous les dangers

25 septembre 2004, 20:00

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«Bokou mo bann kamarad bwar alcopops dan lekol. Kan bwar ou pas senti gou lalkol parski li un peu sikre ek amer ; li resemble plis boisson gazeuse. Me li vrai ki apre latet koumans vire?», confie Jeffrey, 18 ans, élève d?un collège des Plaines-Wilhems. C?est en demandant la permission aux enseignants pour se rendre aux toilettes que les collégiens avalent quelques gorgées de ces boissons, ou pour griller une cigarette. « Parfwa, bann profeser konne se ki pe arive. Zot mem badine are bann zelev, zot dir pa bwar tou ou pa fim tou », ajoute notre interlocuteur, qui précise qu?auparavant, c?était la bière qui était plus prisée.

Douces, pétillantes, les alcopops ont la cote auprès des jeunes, et surtout des filles, alors que les boissons classiques semblent être en perte de vitesse. Qu?est-ce qui les incite à se noyer dans cette nouvelle génération de boissons ? « Les jeunes se laissent prendre au piège de certains fléaux tels que la drogue, la cigarette, ou l?alcool », affirme un enseignant d?un collège.

« Les bouteilles sont attrayantes et facilement accessibles. Une enquête de la Natresa a révélé que plus de jeunes consomment de l?alcool », explique Radakrishna Sadien, qui préside un comité sur les alcopops à la National Agency for the Treatment and Rehabilitation of Drugs and Substance Abusers (Natresa).

<B>Des milshakes alcoolisés</B>

Ce phénomène prend de plus en plus d?ampleur à Maurice, mais aussi à l?étranger. L?European School Survey on Alcohol and Other Drugs, une étude réalisée récemment en Allemagne, démontre qu?un écolier de moins de 14 ans sur deux a déjà été ivre. De plus, 63 % des étudiants interrogés ont déclaré que ce sont les alcopops qui sont à l?origine de cet état d?ivresse.

Dans le groupe des 14 à 17 ans, la consommation de ces produits a déjà quadruplé, alors qu?en Suisse, on en comptabilise déjà plus de 25 variétés. C?est dire que le marché des alcopops est en pleine expansion. En 1997, deux producteurs britanniques ont lancé, tenez-vous bien, des milkshakes alcoolisés.

« À Maurice, cela ne fait que commencer. Dans quelques années, nous serons submergés par d?autres types d?alcopops », soutient le Dr Fayzal Sulliman, également de la Natresa.

La situation se corse davantage dans la mesure où il n?existe pas de contrôle sur la vente des alcopops. Ils sont vendus dans les grandes surfaces ou les boutiques, et les adolescents s?en procurent facilement. La proximité de certaines boutiques avec les collèges leur rend par ailleurs, la tâche aisée.

<B>Étudiants en état d?ivresse</B>

Pourtant, ces alcopops sont interdits de vente aux mineurs. « La demande des jeunes augmente. Mais nous n?en vendons pas aux enfants. Quand un client se présente, il faut nous fier à notre propre jugement pour savoir s?il a plus de 18 ans », affirme Chetraj Bagratee, secrétaire des « Ti Surfaces Réunies » (TSR), qui regroupe des petits commerces. De plus, ces acopops ne coûtent que 20 à 25 roupies.

Souvent, ils sont disposés de sorte à être confondus avec les boissons gazeuses régulières. Mais les jeunes ingurgitent tout de même entre 4 à 6 % d?alcool ! Même si les alcopops ont un effet stimulant, les méfaits sont nombreux. Selon le médecin, les jeunes risquent de devenir alcooliques à long-terme : « Au départ, on consomme une bouteille, puis on devient de plus en plus dépendant. Les accros aux alcopops d?aujourd?hui sont les alcooliques de demain. Les collégiens qui en consomment ne s?aperçoivent pas de leur ivresse et ont du mal à se concentrer dans leurs études. Cela peut aussi provoquer des gastrites liées à l?alcool ou encore des cirrhoses de foie ».

Au niveau des autorités scolaires, la consommation d?alcopops est toujours tabou. Plusieurs directeurs de collèges que nous avons contactés se murent dans le silence. D?autres, plus rares, dénoncent le phénomène. « Je ne connaissais pas le problème associé aux alcopops. Quand j?ai pris conscience que ce produit nocif pour les enfants était sur le marché, j?ai voulu vérifier. Il ne faut pas que les élèves tombent dans le panneau », affirme un directeur.

Dans certains cas, lorsqu?un étudiant est trouvé en état d?ivresse à l?école, il écope d?une punition. « On peut l?expulser temporairement ou contacter ses parents pour les avertir. Mais après, il n?y a aucun suivi, aucune étude pour analyser le problème en profondeur. Comment voulez-vous que le jeune ne s?enfonce pas après ? », s?insurge un enseignant.

Il est donc primordial que les profs et les parents veillent au grain pour mieux sensibiliser les collégiens aux dangers des alcopops. Renseignez-vous auprès de vos enfants, tâtez le terrain pour avoir leur avis sur ces boissons, et saisissez l?occasion pour les informer de façon objective. Si vous avez la certitude qu?ils sont accros, surtout n?agissez pas de manière excessive. Maintenez le dialogue, tout en leur exposant sans détour en quoi ce comportement est problématique et risque de leur être préjudiciable. Une campagne de sensibilisation sur ces méfaits débutera bientôt.

<B>Les producteurs réagissent</B>

Spécifiant que leurs produits sont des Spirit Coolers ? des boissons classiques pré-mélangées ? et non des alcopops ? les producteurs affirment être conscients du problème d?alcoolisme dans les écoles. « Après plusieurs discussions avec la Natresa et le Centre de solidarité, nous avons pris cons-cience du problème. Mais je crois que cela existait même avant l?arrivée de notre produit. Avec notre boisson, nous avons lancé une carte avec des conseils pour une consommation d?alcool réfléchie. Nous sommes également en train d?élaborer d?autres projets pour sensibiliser les jeunes dans les collèges sur les dangers des abus d?alcool », déclare une responsable des producteurs qui ajoute qu?il faut encourager les détaillants à exiger la carte d?identité avant de les vendre.

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