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Alain, ou comment sortir de l?enfer après 20 années dans la drogue

18 novembre 2003, 20:00

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SUR L?AFFICHE de Moroil, les sourires d?Alain Pigeot et de sa famille ne laissent personne indifférent. Ce n?est pas là un mannequin à qui l?agence publicitaire aura fait appel. Ce qu?on nous montre, c?est une vraie histoire, une souffrance qui interpelle, un bonheur véritable surtout, que seul celui qui a touché le fond est capable de connaître. C?est précisément le cas d?Alain.

Père de famille de 52 ans, Alain Pigeot est un rescapé de l?enfer de la drogue. Comme de nombreuses personnes dans ce cas, il était promis à une belle carrière. Il travaillait dans les assurances après des études de droit entamées à l?université de la Réunion. Mais la vie l?arrachera à cette bonne situation?

Alain Pigeot passe son enfance au sein d?une famille ouvrière très religieuse. Aîné de sept frères et s?urs, il tente tant bien que mal d?épauler sa mère car son père, mécanicien de son état, a de longues heures de travail. Le manque d?argent se fait cruellement ressentir. Alain se souvient du goût du pain rassis, servi parfois au déjeuner?

Mais Alain a la volonté de s?en sortir. Au prix de beaucoup d?efforts, il décroche ?la petite bourse? à l?école à la fin de ses études primaires à Notre-Dame-des-Victoires et peut donc prétendre à une place au collège Royal de Port-Louis. Mais ses parents préfèrent une école confessionnelle. Il se retrouve au collège St Mary?s.

Époux et père à temps partiel

Son Higher School Certificate en poche, il se prépare à entamer des études universitaires. Alain a à peine plus de 20 ans. Nous sommes au début des années 70. Auparavant, il goûte à quelques activités militantes. Et à son premier joint? A la Réunion, il rencontrera celle qui deviendra son épouse, se marie et fonde une famille. Malgré une bonne situation, il ne lâche pas les petits joints occasionnels.

Lorsqu?en 1982, son père meurt, Alain regagne le pays avec sa famille. Et rien ne va plus... ?Du jour au lendemain, tout a basculé dans des circonstances un peu mystérieuses?, énonce-t-il pensivement. Ses frères et s?urs s?éparpillent, sa femme repart pour l?île s?ur car elle n?arrive pas à s?adapter ici . Alain tente de la rejoindre, mais quelque chose s?est brisé entre eux. C?est la rupture définitive.

Fortement abattu, il revient et intègre un centre de prière à La Preneuse pour tenter de ne pas sombrer. Pendant deux ans et demi, il réussit à vivre sainement, sans se droguer, sans fumer et sans alcool. Le centre lui est doublement bénéfique puisque c?est là qu?il rencontre Soumantee qu?il épousera par la suite. Mais en sortant du centre, en 1986, Alain sombre de nouveau.

Le pays vient de découvrir l?existence des drogues dures, Alain aussi. L?opium, le brown sugar? Alain ira même jusqu?à s?endetter pour satisfaire ses impérieuses envies. ?Ma toxicomanie fera de moi un époux et un père à temps partiel?, dit-il. Le couple souffre de l?instabilité d?Alain. Il se sépare même de Soumantee pendant cinq ans, lui laissant la charge de leurs trois enfants.

Apprendre le respect de sa personne

La vie professionnelle d?Alain aussi en pâtit. Travaillant comme vigile la nuit, il passe ses journées à errer dans les rues sur sa moto à la recherche de ses doses quotidiennes. Désorienté, il se met à négliger ses responsabilités. Ses absences se font de plus en plus fréquentes jusqu?au jour où il déserte son poste sans un mot d?explication. Il avait touché le fond.

La déchéance d?Alain durera jusqu?au jour où sa route croise celle de son frère Jean. Ce dernier l?héberge et parvient à provoquer chez lui un déclic salutaire. Alain consent à essayer de changer de vie. Il se met à fréquenter plusieurs centres d?aide mais sans succès. Mais, de plus en plus avide de connaître cette nouvelle vie, il persiste. En 2000, Alain intègre le Centre de Solidarité de Rose-Hill. Il commence le programme de réinsertion. Les sessions de thérapie lui apprennent le respect de sa personne. Il se sent valorisé et reprend confiance en lui. Progressivement, il se met à reconstruire sa vie sociale et professionnelle en repartant à zéro. Il prend de l?emploi dans une usine comme helper. Deux années durant, l?institution suivra ainsi ses progrès. En octobre 2002, elle le reconnaît enfin comme autonome.

Aujourd?hui, Alain est responsable de l?organisation dans une agence de sécurité à Solitude. Il a rebâti les relations avec sa femme. Il mène une vie stable. Il a atteint une bonne gérance de ses sentiments et se sent moralement beaucoup plus fort. Il croit que cette seconde chance lui a été accordée par une force suprême. Et il compte bien ne pas la laisser filer...


Action sociale

Au soleil de Moroil

Le soleil brille pour tout le monde, même si certains sont temporairement dans l?ombre. Moroil a fait sienne cette maxime. A l?image de son ?Managing Director?, la compagnie huilière conjugue avec constance, attention aux plus nécessiteux et sens avisé des affaires. Elle a choisi de couronner 35 années de présence sur le marché par un don de plus de Rs 350 000 au Centre de Solidarité qui ?uvre en faveur de la réinsertion des toxicomanes et alcooliques.

?Notre objectif principal est de créer des richesses, matérielles et immatérielles, déclare Paul Clarenc, le ?Managing Director?. Chez nous, ce n?est pas seulement la responsabilité envers les employés, actionnaires, clients et fournisseurs qui priment, mais c?est tout aussi bien la responsabilité envers la communauté et plus particulièrement envers les plus démunis de la société.?

Moroil saisit l?occasion à chaque ?grand? anniversaire pour poser une action sociale. Ainsi, pour ses 25 ans, la compagnie avait soutenu le S.O.S. Village et pour ses 30 ans, le Comité sur la Pauvreté. Mais chaque fin d?année est aussi l?occasion de partage : un pourcentage des profits va aux associations qui travaillent pour le bien des défavorisés. La compagnie a ?adopté? notamment les écoles ZEP (Zone d?Education Prioritaire).

Pourquoi avoir choisi le Centre de Solidarité ? Tout simplement parce que le directeur est convaincu que le Centre abat un travail impressionnant. De plus, lui-même croit fermement à la réhabilitation des toxicomanes et alcooliques. ?Il faut leur tendre la main. Nous devons les aider à s?en sortir.? Charité bien ordonnée commençant par soi, Moroil n?a pas le regard tourné que vers l?extérieur. Les membres de son personnel qui sont touchés par ces fléaux reçoivent une attention et un encadrement particuliers.

La direction met tout en oeuvre pour intéresser le personnel aux campagnes de solidarité et inciter le plus possible d?employés à y participer. Pour cela, ils sont constamment tenus au courant des projets de la compagnie. ?Nous croyons solidement que la richesse principale d?une compagnie, ce sont ses hommes.? Mais le plus grand succès de la compagnie n?est pas seulement d?avoir réussi à impliquer ses employés pour la communauté, mais bien la communauté elle-même. En prélevant 35 sous sur chaque bouteille vendue, elle donne l?occasion à tout un chacun de faire un geste.

Eve FIDÈLE

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