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Ajay Rampoortab,du droit à la foi
Une petite grille bleue nous mène vers une salle d?attente. L'air s'y mélange à un parfum d'encens. Le sol marbré conduit à deux grandes portes en bois. Celles-ci donnent sur une grande salle et un fin rideau rouge. Il s'entrouvre sur une multitude de statuettes du Christ, de la Vierge Marie, de Bouddha, des images de Sai Baba et d'autres divinités.
À côté, se tient un homme. Grand, les cheveux soigneusement coupés à l'exception d'une mèche qui retombe au-dessus de la nuque, vêtu d'un ensemble en coton blanc cassé, Ajay Rampoortab, 36 ans, est le maître des lieux. Depuis les années 90, il a érigé un temple dédié à Sai Baba après que ce dernier lui a donné la foi. Il y reçoit des dévots de diverses appartenances religieuses et y effectue des cérémonies, des prières, des cours de méditation et de tabla.
Et dire qu?il avait emprunté un autre sentier ! Grandissant à Triolet, il emménage ensuite chez sa tante à Rivière-du-Rempart. À l?âge adulte, il cumule les boulots. Il devient tour à tour maçon, messenger, planton... Puis, il rejoint Oudaye, son frère aîné, un avoué, et travaille à ses côtés. Débutant comme messenger, il a ensuite été promu clerc d?avoué et a suivi des cours spécialisés pour devenir huissier de justice. Pendant cinq ans, Ajay suit assidûment ses cours et continue à travailler avec son frère.
Mais sa vie bascule. La faute à une maudite maladie, un ulcère. Tout commence par une insoutenable douleur au ventre. Il consulte plusieurs médecins privés, est ballotté d?un établissement hospitalier à un autre et intègre au passage, la Mission salut et guérison, mais en vain. Sa santé se détériore. « Mo ti vomi di sang, mo ti gaign boukou douler. Mo finn subir enn loperasion, me li pa finn elimine mo bann douler », relate-t-il.
Ce mal l?empêche de travailler et de vivre au quotidien. Sa tante, Maya, qui vit avec lui, est désemparée. Elle lui parle de Sai Baba et lui propose un film sur sa vie. En le visionnant, Ajay est ému et veut se rendre immédiatement dans un temple.
Direction : Curepipe. Ajay et sa tante y rencontrent un swami. Celui-ci, ayant eu vent de sa maladie, lui fait une imposition des mains sur la tête, dit une prière avant de lui offrir une statuette de Sai Baba et de la cendre sacrée (vibhuti). « Prêtre la finn dimann mwa konfie mwa ek statuet la. Linn dir mwa mo bizin prie et ki sa pou sanz boukou zafair dan mo la vie », raconte-t-il.
Après quelques mois, sa santé s?est améliorée. Ajay Rampoortab continue à faire ses prières et reprend du service au cabinet de son frère. Mais la nature du travail a changé, les lois ont été amendées. Mais, le jeune homme arrive à rattraper son retard. La vie reprend son cours normal. Du moins pendant quelque temps.
Un liquide a coulé de la statuette
Puis, un jour, Ajay se sent blasé. Il rêve de partir pour l?Inde. « Mo ti pe dir moi ki sa travay la pa ti mo simin. Mo ti pe anvi aide mo prochain », déclare-t-il. Un peu confus, Ajay se met à prier la statuette la nuit venue. C?était le 22 novembre 1993. Il n?oubliera jamais cette date. Selon ses dires, un liquide a coulé de la statuette. Après l?avoir goûté et montré à sa tante, il en a déduit que c?était du miel (amrhita). Par la suite, il l?a placé dans un récipient et fait des prières.
À partir de cet instant, la maison grouillait de monde. Des Mauriciens venus de toutes parts à la rue Shoenfield, à Rivière-du-Rempart, pour prier. Le miel était offert en donation à ces derniers. Quelques semaines plus tard, Ajay affirme qu?un deuxième écoulement de miel a eu lieu, mais cette fois de son propre corps. C?était le 11 décembre 1993, jour de l?anniversaire de Sai Baba. Ajay ajoute qu?il y avait aussi du miel qui sortait des portraits de Sai Baba. Plusieurs prières ont été dites. Cette histoire avait défrayé la chronique et attiré beaucoup de monde. Elle fut aussi relatée dans la presse en 1994.
Après ces événements, Ajay a renoncé à sa vie habituelle. Il a cessé de travailler et ne pouvait plus consommer de viande et de boissons alcoolisées. Il a dû aussi se résoudre à porter des langoutis, car les chemises et pantalons classiques provoquent des démangeaisons. « Mo ti le dedier mo la vie à Sai Baba ek consacre li enn temple. Mo fine raconte sa mo frere, mais li pas ti daccord. Mais mo ti determine », explique-t-il.
Ajay s?embarque ensuite pour l?Inde. Sa tête est pleine de confusion. D?un côté, il affiche une véritable ferveur et de l?autre, il a peur de ne pas y trouver de réponses. « Mo ti pe dir mwa si narnien pas sorti depi sa voyaz la, mo ti a prefer mort plito ki revinn la. Apre mo finn truv Sai Baba. Mo finn rakont li mo proze konstriksyon enn temple. Mo finn gaign enn donation Rs 800 000 ek mo finn rant Maurice », affirme-t-il. Ainsi, il a érigé le temple à son retour. Celui-ci fut inauguré en 1996 et accueille aujourd?hui petits et grands de toutes communautés.
Il a aussi lancé des temples en France, au Portugal et en Angleterre, placés sous la responsabilité de dévots étrangers. Ces derniers lui ont d?ailleurs consacré deux ouvrages. Depuis le temps, Ajay Ram-poortab s?est entièrement dévoué à cette nouvelle vie : « Mo pane kapav vinn enn professionnel dans la loi mais mo fine fer mo maximum pou vine enn dans social ek cote humanitaire », souligne-t-il.
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