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Afrique du Sud : dix ans de démocratie

27 avril 2004, 20:00

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Le haut-commissaire sud-africain à Maurice, Ajay Bramdeo, a donné hier soir un cocktail-dîner pour marquer les dix ans de démocratie multiraciale de son pays. La soirée a été marquée par la prestation d?une troupe de danse, dirigée par Jayespri Moopen, qui intègre le rythme et la cadence sud-africains à ceux de l?Inde.

Questions à?Ajay Bramdeo

haut-commissaire d?Afrique du Sud

Vous avez un parcours de diplomate ?

J?en suis à ma première affectation en tant que haut-commissaire. Avant de venir à Maurice, il y a quatre mois, j?étais premier secrétaire au haut-commissariat de l?Afrique du Sud à Addis-Abeba.

Il y a dix ans, l?Afrique du Sud se libérait de l?emprise de l?apartheid, dont l?anniversaire a été célébré hier. Les Sud-Africains soutiennent toujours les réformes entreprises ?

L?African National Congress (ANC) vient d?être reconduit au pouvoir avec une très confortable majorité à l?issue des élections du 14 avril, preuve que la population soutient son action. L?ANC a recueilli 70 % des votes. Le président Thabo Mbeki forme son nouveau cabinet aujourd?hui.

Dix ans d?indépendance sans tomber dans les mêmes travers que ses voisins relève-t-il du miracle ?

Et s?il s?agissait d?un pays autre qu?africain, aurait-on parlé de miracle? La communauté internationale nourrit trop de préjudices à l?égard de l?Afrique. Elle nous pense incapables de nous discipliner et de réussir la démocratie. Personne ne nous a fait confiance de réussir le post-apartheid. Mais le peuple sud-africain a su garder confiance en soi. Nous savons ce que nous voulons et où nous allons. Résultat : nous avons tourné la page sur 300 ans de colonisation suivis de 45 ans de discrimination institutionnalisée dans la paix et la stabilité.

Mais a-t-on vraiment tourné la page ? Les ressentiments ne couvent-ils pas toujours ?

Nous avons mis trois ans et demi à négocier un plan de réconciliation nationale. Notre succès réside dans notre volonté de pardonner. Tout le reste n?est qu?une question de point de vue. Les optimistes voient que nous avons réalisé pas mal de choses en dix ans. Les pessimistes ne verront que la moitié vide du verre. Le processus de transformation sociale n?est jamais facile. Nous évoluons d?une société divisée, dominée par la suspicion et le ressentiment, vers une autre plus tolérante. Nous apprenons à abattre les barrières sociales, à partager?

Il paraît qu?un certain esprit de revanche colore malgré tout la gestion des affaires publiques. Cette fois, les gens de couleur sont accusés d?être accapareurs?

L?apartheid a été un régime déshumanisant, sexiste et aux inégalités criantes. Le meilleur était réservé aux blancs. Les plus désavantagés, que ce soit au niveau de l?emploi, de l?éducation ou des infrastructures sociales, étaient les noirs. Nous essayons de rétablir un certain équilibre, comme que la fonction publique soit représentative de la composition démographique du pays.

Qu?en est-il de l?économie ?

Le pouvoir économique se concentre entre les mains des blancs. Les gens de couleurs ne sont présents que dans le commerce. Le gouvernement s?est mis d?accord avec le secteur privé pour démocratiser l?actionnariat. Nous faisons appel à la conscience du patronat. Nous avons aussi recours à quelques astuces. Par exemple, seules les compagnies ayant des actionnaires de couleurs et actives sont autorisées à participer aux appels d?offres pour les projets de l?Etat. Nous avons ainsi pu nous entendre dans les secteurs minier et financier. Le secteur de l?informatique et des télécommunications collaborera prochainement. Nous sommes sur le point d?en finir avec la restitution de terres et de biens dont les gens de couleurs ont autrefois été dépossédés.

Quel a été l?impact des réformes sur la santé économique du pays ?

L?économie sud-africaine ne s?en porte pas trop mal. Bien sûr, nous aurions préféré qu?elle aille mieux. Mais il faut tenir compte que nous poursuivons nos réformes dans un contexte international difficile. L?investissement étranger reste un facteur difficile à apprivoiser. Mais nous ne sommes pas les seuls à en souffrir. Le taux élevé de chômage (30 %) nous pose aussi problème. Cela dit, les macro-economic fundamentals de notre économie sont solides. Nous nous occupons de ce sur quoi nous avons un contrôle. Personne ne peut nous accuser d?avoir été imprudents.

Il semblerait qu?on ne puisse en dire autant pour le social. La criminalité a atteint des proportions alarmantes?

Nous avons du mal à contrôler le taux de criminalité. Durant la négociation pour la réconciliation, toute notre attention était braquée sur l?aspect politique de la transition. Un vide s?est créé au niveau social. Nos frontières sont restées sans surveillance et des organisations internationales sont entrées et se sont enracinées. Pour corser l?addition, notre police n?était pas équipée pour réprimer la criminalité. Elle était plutôt formée à protéger les intérêts des blancs. Durant les derniers dix ans, nous avons consacré beaucoup de ressources pour former la police. Les résultats sont visibles. Les dernières statistiques montrent que le taux de crime violent s?est stabilisé.

Propos recueillis par Shyama SOONDUR

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