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Afrique australe : la leçon des langues s?urs

11 août 2004, 20:00

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On n?en connaît pas grand-chose. Pourtant, les langues africaines fièrement proclamées langues nationales ainsi que l?histoire de leur standardisation, recèlent des enseignements précieux pour un pays qui réalise soudain l?importance d?instrumentaliser sa lingua franca, le créole.

Le séminaire de l?Association linguistique des universités de la SADC (ALUS), qui a débuté à l?université de Maurice hier, est l?occasion d?une utile comparaison entre les statuts de nos langues respectives. Une comparaison qui nous permet aussi de réévaluer la façon dont nous nous percevons?

La standardisation du swahili, qui est la seule langue africaine parmi les quatre langues officielles de l?Union africaine (AU), a largement contribué au fil des siècles à définir les identités des pays où cette langue est parlée, notamment la Tanzanie, l?Ouganda et le Kenya. La fondation, en novembre 2001, de l?East African Community, qui ?uvre pour un marché et une monnaie unique pour les trois pays susmentionnés, a été facilitée par leurs similarités linguistiques.

Microsoft East Africa a annoncé son intention de produire Windows en swahili, alors que le moteur de recherche Google est déjà disponible dans cette langue. Deux journaux internationaux sont publiés en swahili. Il existe aussi des dictionnaires commercial, légal, monolingue et une traduction de l?histoire générale de l?Afrique en huit volumes. L?informatique aussi parle swahili. Des dictionnaires bilingues anglais-swahili et italien-swahili sont disponibles sur Internet ainsi qu?un correcteur orthographique du swahili élaboré par l?université d?Helsinki en Finlande.

Au fil du temps, la Tanzanie, anciennement connue comme le Tanganyika, a joué un rôle de pionnier dans l?évolution et le sacre de cette lingua franca de l?Afrique de l?Est. Ce pays, dont le swahili est la langue officielle, compte aujourd?hui plusieurs agences dédiées à sa préservation et à son avancement.

Cette fierté nationale par rapport à la langue nationale contraste fortement avec la façon dont Maurice a traité la seule langue parlée de tous, son créole. Faisant fi de la revendication de certains intellectuels qui demandaient, au lendemain de l?indépendance, une reconnaissance du créole, nos aînés lui ont préféré l?anglais, seule langue qui jouira alors du prestige d?être langue nationale. Peut-on le leur reprocher ? Ce serait sans doute maladroit. Cette décision était nécessaire à une époque où l?on cherchait notre identité et, dans un monde qui changeait rapidement, l?anglais était une valeur sûre. Mais quand on sent vibrer les accents du swahili?

Comme pour soulager notre conscience, le Professeur Robert Cummings a démontré que Maurice n?est pas la seule à avoir ?étouffé? sa langue. ?Quand ils parlent de langues africaines aux États-Unis, ils utilisent les mots dialecte et sous-développé. Les jeunes refusent d?apprendre les langues que parlaient leurs grands-parents. Maintenant, que les priorités du gouvernement se trouvent en Afghanistan et en Irak, il y a de moins en moins de fonds pour les programmes culturels?, explique le président des Études africaines à Howard University, la plus ancienne université afro-américaine du continent nord-américain.

Mais pour notre défense, le point essentiel est sans doute que Maurice n?ayant pas de peuple indigène, elle n?a pas pu se reconnaître une langue indigène, contrairement aux autochtones de la côte de l?Afrique de l?Est. Les Mauriciens ont ainsi appris à faire preuve de flexibilité et d?adaptabilité par rapport aux langues.

Nous sommes en retard sur l?Afrique sur la question de la reconnaissance des langues identitaires, mais nous nous rattrapons. Les universitaires y auront contribué par leurs recherches sur cette langue naguère ?étouffée?. Trois paradigmes se disputent le droit d?expliquer les origines du créole. Le président de l?ALUS, le professeur Vinesh Hookoomsing de l?Université de Maurice, privilégie une synthèse des trois.

Selon la première théorie, la langue ?maîtresse?, le français, a été l?influence dominante de la création du créole. Ceux qui soutiennent cette théorie s?appuient sur le fait que le lexique du créole est essentiellement français. La deuxième école de pensée avance que ce sont les langues africaines, ou des esclaves, qui ont forgé le créole. Finalement, la troisième hypothèse affirme que le besoin d?une lingua franca et la ?bio-progammation? ont donné naissance au créole. Ses partisans affirment que l?absence de transmission de la langue parentale force les enfants à accepter la langue des masses.

Pour le professeur Hookoomsing, aucune des trois explications traditionnelles n?est mutuellement exclusive. Il y a un besoin créatif qui pousse les gens à trouver ?une solution aux problèmes d?intercommunication?. Le professeur a aussi décrit le créole comme ?laboratoire humain traditionnel? pour l?observation de l?évolution du créole. Il a évoqué la récente déclaration du ministre des Arts et de la Culture, Motee Ramdass, selon laquelle le gouvernement veut donner plus d?importance à cette langue et peut-être même l?intégrer au programme scolaire. Il a conclu en disant que parce que le créole décrit aussi un groupe ethnique, il devrait s?appeler le mauricien.

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