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Ados : pourquoi se suicident-ils ?
Vous les connaissez sûrement ces jeunes, vous les croisez sans doute sur votre chemin, c?est peut-être votre enfant, votre neveu, votre élève, votre voisin? Mais qui sont-ils au juste ? Ils ont des idées noires et la vie n?a plus de sens à leurs yeux. Ils croient que personne ne les aime, qu?ils ne servent à rien, que personne ne veut les écouter. Ils ne supportent pas de souffrir et ne croient pas en l?avenir.
Ils ont parfois « tout pour être heureux », mais cela ne leur suffit pas. Des jeunes comme ceux-là, il y en a beaucoup. Heureusement, dans la plupart des cas, ils s?en sortent. D?autres, hélas, ne s?accordent pas de temps, ne se ressaisissent pas et se suicident.
<B>Il faut oser en parler</B>
Si une chape de silence a tendance à s?abattre dès qu?on a en face de nous un suicide, Ibrahim Sheik-Yousouf, de Befrienders, assure qu?il faut tout de même oser en parler. « Il faut aborder le sujet et convaincre chacun qu?il a un rôle à jouer dans la prévention du suicide », explique-t-il. Certes, ce problème grave soulève, de manière crue, des interrogations sur le sens de la vie, nos rapports avec les autres, nos relations inter-générationnelles. Quand quelqu?un qu?on aime est passé à l?acte, quand son enfant s?est tué, il ne reste qu?un entourage frappé en plein c?ur par la douleur et l?incompréhension.
Pour éviter que cela n?arrive, les psychologues prônent certaines précautions. « Il faut faire la distinction entre la crise d?adolescence et la dépression, entre un phénomène passager et une crise prolongée. Il faut également se poser des questions pour savoir si derrière les attitudes rebelles de l?adolescent, le fait qu?il n?aime pas son physique, qu?il trouve tout le monde nul autour de lui, il n?y a pas plus grave », explique la psychologue Véronique Wan Hok Chee. Elle avoue cependant qu?il est souvent difficile d?amorcer un dialogue avec un jeune qui se renferme sur lui ou qui se rebelle, mais qu?il ne faut pas pour autant baisser les bras. « Mieux vaut demander conseil autour de soi et voir un psychologue, surtout si cette situation perdure », poursuit-elle.
Ibrahim Sheik-Yousouf fait, quant à lui, appel aux parents et aux éducateurs pour être plus attentifs aux signes. « On peut faire beaucoup de spéculations sur les causes d?un suicide. Ce qui compte surtout c?est d?en tirer des leçons : n?importe qui peut passer à l?acte. Je pense qu?on doit offrir à ceux qui nous entourent un espace dans lequel ils peuvent ouvrir leur c?ur et dire leur souffrance. » Pour lui, comme pour d?autres, le suicide n?est pas une solution, car la mort est, bien entendu, irréversible. « En réalité, les gens se suicident non parce qu?ils veulent mourir, mais pour mettre fin à leur souffrance. Et pour cela, il y a d?autres solutions que se donner la mort », précise-t-il.
La psychologue Émilie Rivet a, de son côté, travaillé sur un projet de prévention du suicide chez les jeunes, appelé le Resourceful Adolescents Programme. Il ne s?agit pas de parler de suicide aux jeunes, mais surtout de les aider à devenir plus résilients face aux problèmes. « Ce programme, conçu sur trois semaines, vise à aider les jeunes à réfléchir sur les resource persons qu?ils ont autour d?eux. On essaye de voir à qui ils peuvent se confier quand cela ne va pas. On met ainsi l?accent sur l?estime de soi, sur la manière de résoudre les conflits et comment communiquer. On leur demande ce qu?ils font quand ça ne va pas? », explique la psychologue. Ce projet a déjà été mis en place dans certaines écoles. Émilie Rivet insiste sur l?importance de créer des structures d?écoute pour les jeunes mais aussi les parents qui sont dépassés par leurs enfants.
Le maître mot est donc d?ouvrir les yeux, d?aider les jeunes qui en ont be-soin, à aller à la recherche de ces moteurs parfois inconscients qui font avancer dans la vie. La vie n?a de sens que celui qu?on choisit de lui donner. Il est temps de s?occuper de son bonheur et de celui des autres, ne serait-ce en étant là pour eux et en cherchant de l?aide quand on n?y arrive pas soi-même.
<B>800.93.93. </B>
C?est la hotline de Befrienders. Vous pouvez appeler ce numéro tous les jours de 15 heures à 21 heures. Si vous avez des tendances suicidaires, si vous avez un blues, n?hésitez pas. L?anonymat est assuré.
<B>Tout savoir sur le suicide?</B>
Déboussolé au point de ne plus vouloir vivre ? Quelqu?un dans votre entourage est suicidaire ? Votre adolescent a des idées noires ? Vous voulez tout simplement en savoir plus pour pouvoir repérer les signes précurseurs ? Ce sujet est pour beaucoup difficile à aborder, et même tabou pour d?autres.
« Ensam anou empesse suicide » : Befrienders en parle sans tabous et mise sur la prévention. Pour marquer la Journée mondiale de la prévention du suicide, l?association, en collaboration avec le ministère de la Sécurité sociale et le Macoss, organise une conférence publique aujourd?hui à partir de 10 h 15 à l?auditorium Octave Wiehe, à Réduit. Ibrahim Sheik-Yousouf, président de Befrienders, Émilie Rivet, psychologue, Jaya Balgobin, psychothérapeute, et Ruben Odayen de Prévention suicide de la Réunion, animeront cette conférence et répondront à vos questions.
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