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Accomplir pour être

13 août 2004, 20:00

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Tant sur le plan physique que moral, Pritam Parmessur est de ces êtres sans aspérités. Il possède l?assurance tranquille de ceux qui savent, et qui n?ont pas besoin de battre leur tambour pour s?en persuader ou avoir le sentiment d?exister. Sa philosophie de la vie, héritée de son père Sadeo, repose sur le fait que l?être humain est sans importance. Ce qui compte, c?est ce qu?il accomplit ou produit au cours de son existence.

Les Parmessur sont natifs de Rose-Belle. Sadeo Parmessur est concierge à l?école du village. En parallèle, il milite en tant que secrétaire dans le syndicat des petits fonctionnaires aux côtés de Guy Rozemont, qui en est à l?époque le négociateur. Partout où Sadeo se rend, il entraîne Pritam, l?aîné des quatre enfants. Pour Sadeo, le travail passe avant toute chose, même avant les croyances religieuses. Il estime qu?elles doivent rester du ressort de la vie privée. Il inculque ces valeurs à ses enfants.

Pritam, qui fréquente l?école primaire de Rose-Belle, vit dans l?insouciance et se montre même régulièrement turbulent. La mort prématurée de sa mère après un accouchement difficile en clinique l?oblige à se ressaisir et à voir la réalité en face. Pour pouvoir régler les frais encourus après ce drame, Sadeo, Pritam et son jeune frère doivent travailler comme laboureurs. Levés aux aurores, ils se rendent dans les champs et regagnent la maison à 6 heures pour aller à l?école ou au travail. Pritam coupe deux lignes de 30 gaulettes chaque jour et reçoit en retour la somme de Rs 2,67.

<B> ESPRIT VIF ET APTITUDES </B>

Le sirdar qui est responsable de Pritam, lui fait prendre conscience qu?il n?est pas fait pour le travail manuel. Mais s?il n?étudie pas convenablement à l?école, il risque d?être condamné à finir ses jours dans les champs. Ces paroles le font réfléchir et il se met alors à étudier sérieusement, au point de décrocher «la petite bourse». Il suit son éducation secondaire au John Kennedy College jusqu?en Form V.

Mais la situation financière de la famille est précaire. Pritam décide donc de mettre un bémol à ses études pour travailler. Sa demande pour entrer au sein de la Special Mobile Force étant rejetée, il reprend le chemin du John Kennedy College pour terminer son Higher School Certificate. Ses matières de prédilection sont les mathématiques, le dessin géométrique et le travail du bois. C?est à partir de là que son amour pour les technologies se développe.

Son certificat en poche, Pritam se fait embaucher au poste d?enseignant de chimie et de matières techniques au collège Eden à Rose-Hill. Il enseigne pendant neuf mois. Grâce à son esprit vif et ses aptitudes, il obtient une bourse du Commonwealth pour étudier en vue d?obtenir un Bachelor in Education (BED) à l?Université de Londres en Grande-Bretagne.

A l?époque, le BED est scindé en deux volets : les trois premières années mènent à un diplôme en pédagogie qu?il faut absolument détenir pour être autorisé à poursuivre les études supérieures. Pritam a beaucoup de mal à s?acclimater, mais étudie d?arrache-pied pour décrocher son premier diplôme. Sa rencontre avec Rosa le dope. Il est tombé amoureux fou de cette Espagnole, croisée lors d?une visite du Château de Windsor. Il meuble son temps libre en travaillant comme assistant pour un ingénieur en mécanique diesel. Au bout de sa deuxième année d?études, il épouse Rosa et trouve finalement la stabilité qu?il recherchait.

Pritam réussit brillamment ses examens de troisième année, obtenant les meilleures notes en philosophie de l?éducation et en programmes d?études. Il entend continuer, mais son père, de santé fragile, lui demande de rentrer au pays.

En août 1973, il regagne Maurice avec sa femme enceinte de leur premier enfant, Krishna. Elle lui donnera par la suite une fille nommée Béatrice. Il trouve un emploi de coordonnateur pour matières techniques et professionnelles au Collège des Ondes qui vient d?être mis sur pied. Il y passe neuf mois, adore ses responsabilités et fonde même le syndicat. Sa rencontre avec deux experts australiens de l?éducation est déterminante pour la suite de sa carrière. Ces deux hommes mettent au point le premier programme de formation pour enseignants à l?Institut de Pédagogie, Mauritius Institue of Education (MIE). Nouvellement créé, il est dirigé par feu Frank Richard.

Son nom est suggéré pour l?achèvement de ces cours. Il se dévoue. Quand un poste de chargé de cours en éducation technique est déclaré vacant au MIE, il postule. Sa candidature est immédiatement acceptée. De l?autre côté, au Collège des Ondes, on rechigne à le voir partir mais on ne peut le retenir. Aussitôt employé à l?Institut de Pédagogie, il retourne en Grande-Bretagne pour compléter sa quatrième année d?études.

Ayant laissé femme et enfants à Maurice, il bûche dur. Ses efforts s?avèrent payants car il est en avance sur le programme d?études et peut encadrer les autres étudiants en retard. Il excelle en philosophie de l?éducation qui, affirme-t-il, «affine l?esprit, le rendant plus analytique et critique, de même qu?en programme d?études». Il décroche facilement son Bachelor in Education en pédagogie.

A son retour à Maurice, il regagne le MIE. Il n?y aura pas toujours la partie facile, même s?il siège au sein du conseil d?administration pendant quatre ans. De ces années-là, il préfère ne conserver que le positif. Il précise que l?ancien directeur de l?Institut et lui ont eu d?âpres discussions sur l?éducation, mais ils n?en conservent aucune rancune.

Il siège sur le comité chargé de décider s?il faut créer le Lycée Polytechnique de Flacq, et est le seul à y être en faveur. «Je savais que beaucoup d?enfants pauvres incapables de maîtriser l?anglais, avait besoin d?apprendre un métier. D?où mon vote en faveur de ce lycée, même si cela signifiait aller contre l?establishment».

<B> VALORISER LE PROFESSORAT </B>

Pritam Parmessur est nommé Senior Lecturer en 1984. Pendant trois ans, en sus de ses responsabilités au MIE, il préside le conseil d?administration de la Mauritius Broadcasting Corporation avant d?obtenir la bourse américaine Fullbright. Il veut absolument détenir un Master en Curriculum Studies and Life Long Education et en Industry and Technology. Il obtient ce double diplôme après 18 mois de cours dans une université située dans l?Etat de l?Indiana, tout en travaillant comme assistant de recherches dans les secteurs de la robotique et de l?électronique. Au cours de son séjour américain, il croise des sommités en programmes d?études. Pritam Parmessur étudie en repoussant toujours ses limites.

Sa persévérance porte ses fruits car il obtient la meilleure note, soit le Grade Point 4, dans ses deux matières d?études et reçoit officiellement la Dean Citation of Academic Excellence. Il réintègre son poste à son retour au pays.

A trois reprises, il postule pour être nommé Associate Professor, mais en vain. Il préfère attribuer ces rejets à sa franchise et son esprit indépendant sur les questions d?éducation. «Le problème est que je ne bougeais pas d?un iota de mes convictions, adhérant aux principes établis de la recherche sur l?éducation. Cela dit, je respecte le droit à la différence.» Ces contre-temps n?ont jamais découragé Pritam Parmessur car ses enfants sont plus importants que tout.

Il y a deux mois, il postule au poste de directeur du MIE, puisque celui-ci est vacant depuis deux ans. Et il est nommé, voilà une dizaine de jours. Il entend apporter certains changements à cet organisme, notamment émanciper les enfants à travers de nouveaux projets, re-dynamiser et revaloriser le professorat. Il voudrait que l?Institut puisse produire les manuels scolaires et décerner ses propres diplômes au lieu que l?université de Maurice le fasse à sa place. Il croit également beaucoup en l?apprentissage à domicile par le biais d?internet.

Il souhaite que «les pédagogues ne restent pas dans leur tour d?ivoire. Ils doivent être sur le terrain avec les enseignants et les enfants». Son autre priorité concerne les femmes car il croit qu?elles sont à même d?occuper une place plus importante au sein de la société.

Des changements importants sont donc à prévoir à l?Institut dans les mois à venir?

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