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??Abé Mwa? entre dans la conscience d?une victime de violence ?

17 juillet 2006, 00:00

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De quoi parle ?Abé Mwa? ?

Je préfère garder encore un peu de suspense pour que le public puisse découvrir cette pièce. Mais disons qu?Abé Mwa traite de la société qui est de plus en plus violente. J?ai rencontré des victimes de violence, des proches, dont tout dernièrement, ceux de la petite Anne Jennia Arékion. J?ai vu leurs réactions et la façon dont les journaux ont traité cette affaire. Les médias parlent bien souvent des accusés, de la justice et oublient les proches, comment ils vivent après le drame. Abé Mwa entre dans la conscience d?une victime de violence. J?ai essayé de comprendre cette douleur.

Pourquoi dites-vous ?essayé? ?

Parce qu?il est difficile de comprendre la violence. Elle marque les individus à vie, c?est comme si on leur volait une partie d?eux-mêmes. C?est un traumatisme qu?on ne peut résoudre?

Comment voyez-vous la mise en scène de cette pièce ?

Il faudra y mettre beaucoup de sensibilité. Beaucoup d?expression aussi. Quand je travaillerai avec les comédiens, je cernerai leur jeu et leur sensibilité. En tant que metteur en scène, je suis le lien entre l?auteur et l?auditoire, ce qui explique pourquoi je peux faire beaucoup de choses et mieux comprendre aussi. Je prévois de débuter vers la fin de décembre pour les répétitions ou le début de janvier. Je jouerai peut-être dans la pièce aussi?

Lors de la proclamation des résultats, Ananda Devi, membre du jury, parlait de la difficulté d?écrire une pièce de théâtre. Comment percevez-vous ce moyen d?expression ?

Je pourrais prendre trois nuits pour écrire une pièce ! L?avantage ou le désavantage quand j?écris une pièce, c?est que les images défilent en même temps que les mots. Parfois je vais prendre une nuit tout entière pour écrire une pièce. Je suis tellement pris dans l?histoire et les images que je ne réalise pas que le temps passe.

?Il est difficile de comprendre la violence. Elle marque les individus à vie, c?est comme si on leur volait une partie d?eux-mêmes. ?

Mais quelle est donc la difficulté qui se pose lors de l?écriture d?une pièce de théâtre ?

Je ne pourrais pas vous dire laquelle parce que je suis comédien et auteur. J?écris et je vois les images. Si je n?étais pas auteur, j?aurais eu à discuter avec le metteur en scène et les comédiens pour cerner le jeu de chacun, mais ce n?est pas le cas ! J?ai vraiment aimé écrire Les Chiommes, mais je l?ai encore plus aimée quand elle était jouée sur scène. Une pièce de théâtre se ressent sur scène. Elle dépend de la sensibilité de chacun.

Quels sont les thèmes qui vous touchent le plus dans l?écriture d?une pièce?

C?est peut-être la société. Ce qui s?y passe. Mon environnement immédiat.

Comment se déclenche chez vous cette envie d?écrire ? Est-ce un déclic ou y a-t-il un temps de réflexion avant ?

Parfois il y a le déclic ! Nous, en tant qu?artistes, nous voyons le monde d?un autre ?il. Tout ce qui touche la société nous touche différemment. Et puis tout le monde n?est pas touché de la même façon ! Nous verrons au théâtre, des comédiens qui s?extériorisent, qui jouent de l?intérieur et qui donnent tout ce qu?ils ont.

Y a-t-il des pièces comme ?Abé Mwa? (écrite il y a deux ans), que vous gardez dans votre tiroir en attendant de pouvoir les sortir ?

Oui, il y en a qui trottine dans ma tête. Il y a des pièces que j?écris de temps à autre. Quand vous êtes entièrement dans la création, c?est-à-dire, auteur, metteur en scène et comédien, vous n?avez pas le temps de tout écrire. Je garde certaines pièces à l?esprit en attendant de pouvoir download le tout?

Vous jouiez tout dernièrement dans le film de Harrikrishna Anenden, ?La Cathédrale ?. Parlez-nous de ces deux formes d?art.

Le cinéma est statique alors que le théâtre est dynamique. Je pourrais jouer la même pièce dix fois mais je ne serais jamais pareil ! Quand nous jouons sur scène, tout dépend de notre disposition. On pousse pour donner autre chose. Le théâtre puise dans l?invention. Alors que pour le cinéma, le réalisateur capture une scène. Celle-ci ne changera jamais. Mais j?aime les deux.

Vous disiez préférer négliger les décors lors de l?adaptation d?une pièce?

Je n?aime pas les décors envahissants. C?est le comédien qui crée le décor pour l?auditoire. Tout se crée dans sa tête. Le théâtre est une représentation de la vie, un miroir. Lorsque le public est sorti des Chiommes, il en est sorti comme un artiste. Car tous ces gens en sont sortis avec des images en tête. Sortir avec des questions aussi.

Il semble que vous ayez aussi une certaine critique à formuler aux médias, on se souvient là de ?Médiapoli? qui parle de l?empire des médias. C?est ce que vous avez souligné lors de la proclamation des résultats?

Pour moi les médias sont là pour informer et éduquer. Les journalistes devraient se dire que la critique d?une pièce de théâtre se base sur l?écriture de la pièce, la mise en scène, la sensibilité des comédiens et sur tous les éléments qui composent les scènes, comme la musique et la lumière. Les journalistes se doivent de protéger les artistes?

Vous disiez aussi que certaines de vos pièces ont été mal interprétées par les journalistes?

Oui. Ce qu?il faut surtout savoir, c?est que je ne fais pas de la littérature mais du théâtre ! Je crois que Les Chiommes était une très bonne pièce, qui a été jouée devant les Cubains, les Mexicains, des Français, des Antillais, ils ont beaucoup apprécié. Mais quand les journalistes en parlent, ce n?était pas la même chose? Certains n?avaient pas tout compris. Il faut faire attention avec cette emprise des médias sur la société, c?est comme s?ils réfléchissaient pour nous.

Où en êtes-vous avec la Trup Sapsiway ?

Nous allons bientôt présenter une autre pièce, pour le Festival de Théâtre à Port-Louis qui aura lieu le mois prochain. Mais au sein de notre école de théâtre, nous avons une dizaine de jeunes, très enthousiastes. Nous avons aussi un projet avec le Trust Fund, Lindsay Mootien et moi. Je présenterai bientôt deux pièces avec des enfants à Tamarin et à Montagne-Blanche. Le thème choisi dépendra d?une légende de la région.

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