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Abrupt réveil

5 août 2004, 20:00

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Il n?y a pas de leçon à donner encore moins de morale à asséner. Les avis experts divergent. Les gouvernants négocient et tentent de relativiser. Les opposants proposent des solutions miracles. Et la population, hagarde, sent bien qu?il se passe quelque chose, sans mesurer au juste les conséquences et les implications. Entre une nouvelle en début de semaine, qui conforte nos intérêts relatifs au dossier sucre, et une autre qui remet à jour la problématique du Protocole sucre, nous sommes bien obligés d?admettre le caractère aléatoire et éphémère des règles qui ponctuent le commerce international. En dernier ressort, la seule évidence qui demeure est celle de la toute-puissance de l?Organisation mondiale du commerce (OMC).

De l?accord entre les pays du groupe Afrique, Caraïbes et Pacifique avec l?Union européenne à l?OMC, nous sommes passés de l?ère des négociations entre deux blocs tenus par des liens historiques et symboliques à des discussions commerciales multilatérales entre des pays au poids économique différencié. A ce jeu, les petits Etats, tels que Maurice, s?accrochent aux accords préférentiels, souvent de nature bilatérale, qui ont su préserver leurs économies des grandes secousses de cet océan commercial qu?est la mondialisation. Et c?est de manière inconditionnelle que nous nous sommes embarqués dans cette aventure. Quoique, objectivement, il aurait été difficile de faire autrement, tant il est moins une question de choix de s?y joindre que d?une injonction des pays développés à en faire partie.

Aujourd?hui, nous en payons le prix à travers un stress économique continuel. La perspective d?une braderie de notre sucre national fait frémir. La modernisation des différents secteurs de notre économie entraîne des conséquences pénibles tels des licenciements massifs. Face à cette situation, certains crient qu?il fallait prévenir, innover, diversifier, anticiper? Certes ! Mais on ne peut plus ergoter et se satisfaire de quelques sursis supplémentaires que nous accorderaient des négociations ou des rapports intérimaires. Sans être fatalistes, on peut arguer que la réflexion doit aujourd?hui porter sur le fond.

De plus en plus, et aussi longtemps que régnera le libéralisme économique, les petites économies seront privées des traitements préférentiels auxquels elles ont eu droit jusqu?ici. Toutefois, il n?y a pas lieu de verser dans le pessimisme ambiant. Le troc fonctionnera probablement selon d?autres paradigmes. Reste à savoir comment, face à une économie mondiale aux règles fluctuantes, nous allons nous armer pour trouver des réponses et des postures qui nous garantiraient davantage de chances de survie. C?est à ce titre qu?un consensus devient impératif.

Parce qu?elle ne s?est pas donné le temps de former une certaine main-d??uvre et qu?elle n?a pas su investir dans la formation et la ré-orientation, l?île Maurice se retrouve désormais dos au mur dès qu?il est question de redéploiement de personnel ou d?investissement dans de nouveaux secteurs. Répondre à cette urgence est le nouveau défi de nos gouvernants et ce ne sont pas des réformettes de notre éducation nationale qui nous en donneront les moyens.

L?autre défi est celui d?une lucidité de tout instant. Nous nous appliquons consciencieusement aujourd?hui à respecter les règles de la concurrence, de la bonne gouvernance, de la libéralisation des échanges et des structures économiques, entre autres. Cela ne devrait pas pour autant nous faire oublier que les ?succès? ou ?échecs? de telles ou telles négociations n?ont de permanent que leur caractère ?non permanent?. Ce ne sont ni des critiques ni des leçons mais simplement un rappel pour éviter d?autres réveils cauchemardesques.

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