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40 000 pertes d?emplois si ?
Sans moyens adéquats pour mener la réforme, l?industrie sucrière n?aura aucune chance de survie. Et 40 000 personnes se retrouveront sans emploi. Tel est le pire des scénarios qui nous guettent, et qui a été présenté au ministre français de l?Agriculture, Dominique Bussereau, hier après-midi, lors de sa visite à l?établissement sucrier de Belle-Vue.
Ce chiffre, avancé par le directeur du Syndicat des sucres (MSS), Jean-Noël Humbert, découle d?une étude des consultants Landell & Mills. Le facteur entraînant le scénario extrême est l?absence totale de mesures d?accompagnement pour mitiger la baisse de 36 % du prix garanti du sucre.
Le ministre français, en visite officielle hier, a participé la semaine écoulée au Conseil européen des ministres de l?Agriculture. qui a entériné la baisse de 36 % du prix garanti.
L?industrie sucrière, a affirmé Jean-Noël Humbert, assure l?emploi direct et indirect de 70 000 personnes. Avec l?implosion de l?industrie, en absence d?aides substantielles, ce sont les 25 000 petits planteurs et 15 000 employés du secteur corporatif qui se retrouveront sur le pavé. La majorité habitant en zones rurales, fait-il ressortir, l?on risque d?assister «à un exode vers les régions urbaines».
Avant l?intervention du directeur du MSS, le représentant des petits planteurs a donné le ton. «Les propositions de la Commission européenne (?) sont pires qu?un cyclone avec ses rafales de 300 km/h. Les conséquences seront dévastatrices pour notre économie et la situation sociale sera très difficile et les petits planteurs souffriront énormément. Le nombre de chômeurs augmentera», a souligné Guirdharry Jugessur, président de la Mauritius Cooperative Agricultural Federation.
L?industrie n?en est pas là. Les usines tournent toujours aux quatre coins du pays. Petits planteurs, ouvriers et artisans sont toujours à pied d??uvre. La canne a un avenir. Notre plan de réforme sera soumis à la Commission européenne. Sa mise à exécution exige de gros moyens en amont de la baisse des prix. Pour 2006, l?industrie nécessitera quelque Rs 8 milliards (220 millions d?euros) d?une part pour financer les coûts sociaux et de l?autre investir dans les sous-secteurs porteurs tels que la production énergétique à partir de la bagasse. Le ministre français le concède volontiers: «Maurice pourrait très bien tirer son épingle du jeu car le pays n?a pas attendu. Il a une stratégie nationale.»
<B>?Maurice le plus avancé des ACP»
Et de conclure à Belle-Vue : «Au nom du gouvernement français, nous ferons tout de notre possible pour être votre avocat et être réellement et efficacement à vos côtés.» Des propos qui rejoignent ceux de son homologue Arvin Boolell, lors d?une conférence de presse conjointe en fin d?après-midi: ««La France a toujours été à nos côtés quand nous traversions des moments difficiles».
Les mesures d?accompagnement ont été au c?ur des discussions entre Dominique Bussereau et les ministres Xavier-Luc Duval, Rama Sithanen et Arvin Boolell, lors d?un déjeuner de travail, à l?hôtel Le Labourdonnais.
Pour le ministre français, «Maurice est le mieux placé pour bénéficier de ces aides au développement. Le pays est le plus avancé de tous les ACP». Dominique Bussereau a souligné que le regard devrait être tourné vers l?avenir. A l?issue de sa visite et des divers discours, il dit avoir entendu «un cri du c?ur» des partenaires de l?industrie de même qu?une volonté d?aller de l?avant.
Après la réforme adoptée par les ministres européens, l?enjeu est désormais de classer le sucre comme produit sensible à la réunion de l?Organisation mondiale du commerce, qui s?ouvre à Hongkong. Dominique Bussereau s?est dit d?accord.
Une étape supplémentaire dans la baisse lors de ce round serait «catastrophique», d?où la nécessité d?avancer un dossier politique solide. «Il faut que ce soit un cycle de développement», a souligné le ministre français, et non pas un cycle de libéralisation tel que le souhaitent le Brésil et l?Australie, entre autres.
<B>Dominique Bussereau, ministre français de l?Agriculture</B>
● <B> Au-delà des relations entre l?UE et les ACP, comment la France pourrait-elle venir en aide à Maurice ? </B>
La France peut le faire au sein de l?UE, en faisant comprendre aux institutions financières internationales que les pays qui auront à subir cette réorganisation du régime sucrier doivent être aidés particulièrement et que la France peut remettre en marche des moyens bilatéraux d?aide à l?égard de Maurice.
● <B> Vous affirmez que le montant de 40 millions d?euros est insuffisant. Quelle serait la somme idéale ? </B>
Je ne le sais pas. Ce montant a le mérite d?exister. Quand on donne de l?argent, il faut le prendre. Certes, la somme n?est pas adaptée. Donc, il faut qu?il y ait des contacts avec des parlementaires européens. Le gouvernement français en fera de même.
● <B>On affirme que les partenaires traditionnels ont laissé tomber Maurice et les ACP?</B>
Ce n?est pas de gaîté de c?ur que la France a accepté cette réforme. Nous nous sommes battus pour faire en sorte que l?Europe accorde une aide pendant la période de transition. Nous avons souvent entendu le message de votre gouvernement. Et maintenant, puisque les choses ne sont pas bouclés définitivement, nous serons aux côtés de Maurice pour que cette aide soit la plus élevée possible.Vos dirigeants politiques se sont bien battus et continuent de le faire. Et le font d?une manière très intelligente, avec un plan et des idées pour l?avenir. Je suis très heureux de cette manière d?agir de votre gouvernement. Cela vous aidera, dans les mois et les semaines qui viennent, car la réforme ne sera adoptée par le Parlement européen que fin janvier.
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