Publicité
Foyers d’accueil: les shelters n’accueillent pas que des problèmes
Par
Partager cet article
Foyers d’accueil: les shelters n’accueillent pas que des problèmes
Grosses pluies, orages et tonnerre nous accueillent à notre arrivée à l’abri, ce jeudi 15 février. Subitement, une panne électrique survient. Entre joie, frayeur et excitation, une dizaine d’enfants s’empressent de sortir de la classe de mathématiques enseignée par Manjusa Karamtally. «Mo pé gagn per ek fré», lance Timmy, cinq ans, recueilli depuis deux mois. Deux care givers le rassurent rapidement. «Il ne s’exprime pas beaucoup, mais cherche toujours l’affection. C’est pour ça qu’il vient se blottir dans nos bras souvent», précise Sheela Baguant, la responsable. À côté, Roshan, un autre petit pensionnaire de cinq ans, gambade. Il est au foyer depuis une semaine. «Lot zour-la inn vinn kit mwa. Mo kontan isi, mo gagn dité ek dipin. Selma mo papa ek mo mama pa vinn get mwa», avoue-t-il d’une petite voix.
Adorant les cours et même ses devoirs, le garçonnet s’amuse avec ses jouets. Entre la voiture, l’avion, l’hélicoptère et le camion, son coeur balance. Alors, il se glisse dans la peau de son superhéros fétiche : Spiderman. Ce personnage nourrit, d’ailleurs, son rêve : «Mo lé vinn lapolis. Koumsa mo pou atrap bann mové dimounn. » Au total, 31 enfants sont placés dans ce foyer à la demande de la Child Development Unit ou de la police. Cela va d’un bébé de trois mois aux jeunes adultes de 20 ans. «Nous recueillons des enfants qui sont dans un environnement peu sûr ou en danger, comme, par exemple, dans des cas où les parents se droguent ou sont négligents. De plus, nous avons des enfants victimes d’abus sexuels et des filles mères», explique Sheela Baguant.
Plusieurs d’entre elles, que nous rencontrons, se murent, d’ailleurs, dans le silence sur les maux nécessitant leur retrait de leur maison. Lovely (prénom modifié), 17 ans, se remémore son arrivée : « J’ai eu un problème familial. Cela me tourmentait. Mon enseignant est intervenu et j’ai été placée au foyer. J’avais peur. Je voulais rentrer chez moi mais en même temps, je ne voulais plus vivre de telles épreuves.» Graduellement, l’adolescente s’intègre. Des démarches sont effectuées par les responsables pour qu’elle intègre des formations en menuiserie, métallurgie, couture et housekeeping.
Tout comme Lovely, la plupart des pensionnaires reprennent leur scolarité en établissement ou en interne avec une éducatrice. «Ces enfants ont une soif d’apprentissage. Plusieurs ne savaient ni lire ni écrire. Ils sont très motivés. On les prépare pour le Primary School Achievement Certificate, le School Certificate, le Higher School Certificate, entre autres», déclare l’enseignante.
«Mo finn rékonstrir mo lavi»
En sus de cela, plusieurs activités pour le développement sont organisées, dont la danse, le patinage à roulettes, des visites pédagogiques. Le counselling est également privilégié pour aider les enfants à s’exprimer et s’en sortir. «Avant, je n’avais pas confiance en moi. J’avais du mal à parler avec ma mère et je pleurais souvent. Ici, les Miss m’ont bien conseillée. Maintenant, j’arrive à donner du courage à ma maman et à envisager un avenir», déclare Lovely. Entourée de tous ces petits, la jeune fille ambitionne de devenir baby-sitter.
De son côté, Keira (prénom modifié) a passé quatre ans au foyer. Après un problème familial à l’adolescence, elle n’en pouvait plus : «Je n’étais pas la seule. Mes deux petites soeurs en ont été affectées. Nous sommes toutes les trois ici. Ler nounn arivé, inn bien okip nou. Nounn gagn kitsoz pou manzé.» Ces difficultés influant sur sa scolarité, Keira a dû faire le Higher School Certificate à deux reprises. Et la deuxième a été la bonne. Elle a adhéré à une formation professionnelle en hôtellerie et entame sa deuxième année en avril 2018. «Mo pa trouv mo fami azordi mé mo finn rékonstrir mo lavi avek soutien lézot», confie-t-elle.
Dans un autre foyer, à Port-Louis, accueillant de petits garçons maltraités, négligés et abandonnés, une prise en charge spécifique est de mise. «Les enfants sont scindés en quatre groupes d’âge. Ils ont entre 5 et 16 ans. Les programmes sont adaptés à leurs besoins. Nous ne les mélangeons pas pour favoriser un suivi personnalisé», déclarent les deux responsables. L’abri recueille actuellement 36 jeunes. Des règlements sont également instaurés, ce qui évite des conflits, ajoutent-ils. «Du lever au coucher, la discipline est de rigueur. Par exemple, il y a une heure pour étudier, pour jouer, pour regarder la télévision, pour naviguer sur Internet sous supervision d’un carer. En même temps, les enfants sentent qu’ils ne sont pas cloîtrés entre quatre murs. Des sorties pédagogiques sont organisées tous les week-ends. En décembre 2017, nous les avons emmenés à Rodrigues. Aujourd’hui, ils reviennent avec plein de souvenirs », soulignent nos interlocuteurs.
Certes, tout est mis en oeuvre pour redonner à ces enfants goût à la vie. D’ailleurs, vers 14-15 ans, ils sont canalisés vers des formations aux métiers qui les intéressent. Beaucoup s’orientent vers l’hôtellerie. D’autres aspirent à devenir policier. Ainsi, ils veulent combattre maux et fléaux qu’ils ont eux-mêmes bravés avant d’entrevoir la sortie.
Combien ça coûte ?
Rs 350. C’est la somme moyenne («Capitation Grant») que l’État attribue à chaque enfant placé dans un abri par jour. Selon le ministère de l’Égalité du genre, ce montant est versé aux foyers exclusivement gérés par les organisations non gouvernementales. En sus de la subvention, ces dernières doivent organiser des levées de fonds pour subsister. Notons que deux autres types de centres d’accueil opèrent à Maurice, soit des abris placés sous l’administration d’un prestataire de service sous contrat qui reçoivent une allocation fixe, et des foyers du gouvernement. Au nombre de deux – La Colombe et l’Oasis – ils sont gérés par le National Children Council et disposent d’un budget de l’État.
En chiffre
529 enfants dans les foyers
D’après le ministère de l’Égalité du genre, 529 enfants sont présentement recueillis dans les abris. Au total, 17 foyers sont en opération. Ces petits y sont placés après avoir subi des abus, des problèmes de santé mentale ou lorsqu’ils sont en situation de conflit avec la loi.
Publicité
Publicité
Les plus récents