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Jacques Malié: «Des collèges catholiques auraient pu devenir des académies»

2 octobre 2017, 06:50

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Jacques Malié: «Des collèges catholiques auraient pu devenir des académies»

La première édition du Primary School Achievement Certificate se tient ce mois-ci. Malgré la réforme, le recteur à la retraite estime que la course vers les meilleurs collèges va continuer.

Avec la réforme du Nine-Year Schooling, quels seront les nouveaux défis à relever ?

C’est une réforme qui a été acceptée parce qu’il n’y a pas eu d’entrave politique. De plus, le système du Certificate of Primary Education, qui était une compétition à outrance, était critiqué. La «rat race» n’a pas changé. Du coup, les enfants à cet âge-là ne vivent pas leur enfance. C’est pour ça que le fameux Primary School Achievement Certificate est venu remplacer le système. Il y a beaucoup de bonnes intentions avec de nouveaux modules et de nouvelles matières comme la musique, le sport etc. Mais cela reste des actes d’intention qu’il faudrait mettre en place. Malheureusement, je ne pense pas que cela sera fait du jour au lendemain…

Pourquoi ?

Parce qu’on veut aller vite pour des raisons politiques bien sûr. J’ai parlé de forces. Mais je décèle aussi certaines faiblesses. Je crois que certains parents sont très inquiets. La principale faiblesse réside dans les admissions au secondaire. Il y a une pression énorme pour être admis dans un «bon» collège. D’autant plus que certains collèges nationaux ne seront plus accessibles. Donc, la demande – qui est déjà très forte – pour certains collèges doublera. Ce qui sera difficile à gérer et qui générera beaucoup de mécontentement.

Le fait qu’il n’y a plus de prevoc et de ne plus mélanger les élèves considérés comme brillants et ceux considérés comme des low achievers peut aussi être problématique. Là aussi, comment s’assurer que ces derniers aient toute l’attention nécessaire ? Il faut considérer le teacher pupil ratio. Les classes sont trop nombreuses. Avec la demande, je suis sûr que la tendance augmentera avec l’intégration de la réforme. Il sera très difficile de faire un suivi personnel avec les plus faibles.

Par rapport à la conversion en académies, on note la réticence des établissements confessionnels catholiques. Pourquoi ?

J’aurais préféré qu’il y ait un statu quo pour le système d’admission en Grade 7 plutôt que des académies en Form 3, car cela va créer encore plus de compétition. Avec le CPE et le PSAC, l’éducation académique à Maurice sera toujours minée par la compétition qui va se perpétuer. Les parents sont inquiets.

Ce phénomène va s’accentuer avec l’autre examen national en Form 3. Et ce, pour obtenir une place au sein de ces académies. Ce sera très difficile de faire disparaître la compétition. Un autre élément est la classification des collèges. Il n’y a pas d’égalité dans la façon de dispenser les cours. Donc, cette ruée vers les meilleurs collèges continuera. Et après la Form 3, ce sera la course vers les académies, c’est sûr…

Mais quelle est la position des collèges confessionnels catholiques ?

Depuis un certain temps, on a prôné les mixed abilities. C’est dans cette lignée que les institutions catholiques se sont érigées contre les académies. Mon opinion personnelle est que quelques collèges catholiques auraient pu devenir des académies. Et que c’était bon aussi d’avoir une certaine, allons dire, spécificité et autonomie.

Je ne sais pas où on en est, mais le projet éducatif catholique a toujours voulu accorder une attention particulière aux plus faibles. Nous avons essayé de le faire. Mais cela devient encore plus difficile à cause de la forte demande et du nombre croissant de matières alors que les heures de scolarité restent les mêmes. Personne ne veut travailler au-delà de 14 h 30. Ce sera très difficile de revenir vers ces académies.

On critique aussi le fait que les collèges catholiques veulent foncièrement préserver l’élitisme…

Il ne faut pas parler de tous les collèges catholiques. La plupart sont en faveur des mixed abilities. Ces dernières années, nous avons prôné cet enseignement un peu élitiste. Mais nous n’avons jamais négligé les plus faibles. Chaque collège a mis en place un système qui lui était propre. Dans les collèges catholiques, l’approche est holistique. L’accent n’est pas seulement mis sur le côté académique, mais aussi sur le sport et les activités extrascolaires.

«Beaucoup d’enseignants ne veulent pas travailler après 14 h 30. Vous savez qu’il y a plus à gagner en travaillant après 14 h 30…»

Malheureusement, ces activités ne sont plus considérées importantes. Notamment à cause d’un manque flagrant d’intérêt au niveau national. Beaucoup d’enseignants ne veulent pas travailler après 14 h 30. Vous savez qu’il y a plus à gagner en travaillant après 14 h 30… Ce serait bien que le corps professoral puisse donner bénévolement de son temps après des heures de classe.

Depuis des années, les réformes se suivent et se succèdent. Ne néglige-t-on pas le fondamental : la pédagogie de l’enfant?

Jusqu’à présent, la pédagogie est calquée sur Cambridge. Cela a fait ses preuves. Il faut qu’il y ait plus de matières sans pour autant négliger les core subjects. Changer de pédagogie ne se fait pas du jour au lendemain. Certaines matières vont en subir les conséquences comme l’anglais, les mathématiques, dans lesquelles beaucoup d’élèves peinent déjà à réussir.

«La drogue est plus accessible. Le trafic s’est installé et les revendeurs sont très malins. Ils connaissent les points faibles des élèves. Des transactions louches ont même lieu dans les environs des collèges.»

Le ministère travaille beaucoup sur une nouvelle pédagogie, une liberté au sein des collèges pour le choix des textes et des matières. On n’est pas en train de souffrir sur le plan pédagogique.

Par contre, là où le bât blesse, c’est le suivi dans des salles de classe. Avec les fléaux actuels, la compétition, l’accent académique, les nouveaux défis du management, entre autres, les recteurs n’arrivent pas vraiment à faire le suivi pédagogique. Ce serait fastidieux de croire qu’ils arrivent à faire le tour des classes, à inspecter le travail des enseignants et à faire le suivi. Il faudrait qu’il y ait plus de ressources. On a aussi besoin d’une meilleure répartition des tâches. 

Récemment, de la drogue avait été retrouvée dans le cahier d’un élève sans compter la version synthétique qui s’introduit dans les collèges. Quelle est l’étendue du fléau ?

J’étais un des premiers à parler de la drogue au sein des collèges parce qu’il y avait une certaine réticence…

Pourquoi ?

C’est un peu par pudeur. Certaines institutions voulaient sauvegarder leur réputation. Petit à petit, on s’est rendu compte que nos élèves n’étaient pas à l’abri. Dans un premier temps, c’était du gandia. Puis dernièrement, avec l’accessibilité des vendeurs et revendeurs, la drogue synthétique circule sans problème. Toutes les institutions sont exposées à ce danger.

Il y a tout un système de prévention, d’identification et de suivi à mettre en place. On n’est plus à l’époque où on disait que cela ne nous arrivera pas. Tous les collèges, qu’ils soient qualifiés de grands ou de petits, doivent se sentir concernés. Certes, il y a eu beaucoup de causeries axées sur la prévention. Cependant, il est très difficile de faire un suivi si toute la communauté scolaire ne travaille pas de façon collective. On a trop tendance à s’appuyer sur les recteurs, alors que les premiers concernés pour identifier les problèmes sont les enseignants.

«La violence a toujours existé. Disons qu’auparavant, cela aurait été anormal si, dans un collège de garçons, il n’y ait pas une petite bataille sur un terrain de foot. Aujourd’hui, ce qui a changé, c’est le mode de violence, c’est l’agressivité.»

On gagnerait à créer une sorte de cellule de crise et de surveillance avec l’aide des enseignants et des parents. Ces derniers devraient déceler les changements de comportement chez leurs enfants. On n’est plus au stade de prévention. Il faut passer au stade plus avancé d’identification.

Mais sommes-nous armés ? Nous n’avons pas cessé, surtout au niveau des collèges confessionnels, de demander que l’on ait un Dean of discipline et un Health and Safety Officer pour surveiller. Tout ne peut reposer sur les épaules d’un recteur. Les enseignants doivent se sentir encore plus impliqués. On a trop tendance à venir, à faire sa classe et à s’en aller.

Cela vous choque-t-il que la drogue touche les jeunes adolescents ?

La drogue est plus accessible. Le trafic s’est installé et les revendeurs sont très malins. Même en ayant les petits, ils peuvent atteindre les grands. Ils connaissent les points faibles des élèves. Des transactions louches ont même lieu dans les environs des collèges. Je pense que les autorités doivent s’activer et faire des patrouilles régulièrement.

Plusieurs cas de violence ont été répertoriés en milieu scolaire. Ce n’est pas nouveau. Quelles sont les formes les plus récurrentes ?

La violence a toujours existé. Disons qu’auparavant, cela aurait été anormal si, dans un collège de garçons, il n’y ait pas une petite bataille sur un terrain de foot. Aujourd’hui, ce qui a changé, c’est le mode de violence, c’est l’agressivité. C’est l’utilisation de cutters, d’outils de violence, pas simplement quelques coups de poings. Et cela fait peur.

Il y a moins de tolérance. Les jeunes sont confrontés à des jeux violents. Ce qui les rend indifférents à la souffrance des autres. C’est aussi dû à ce qu’ils voient autour d’eux. Tous les jours, ce que nous entendons, ce sont des actes de violence, des bagarres, des meurtres…

On voit aussi des agressions sexuelles…

Oui, j’en ai entendu parler. Il y a aussi le bullying, qui existait avant et qui perdure aujourd’hui. De nos jours, les types de violence ont changé. Il y a beaucoup plus de répercussions avec la présence des médias. À l’époque, peut-être qu’il y avait des cas mais on n’était pas aussi avisés. Maintenant, les enfants sont devenus beaucoup plus agressifs et intolérants.

Il y a aussi l’histoire des gangs. Je crois que c’est une façon pour les jeunes de s’affirmer. Ces derniers croient qu’ils sont plus matures lorsqu’ils rejoignent un gang. Je suppose qu’ils suivent l’exemple des adultes ou des politiciens mauriciens qui aiment bien s’entourer de gros bras.

Comment y remédier ?

Une cellule de surveillance qui regroupe parents, enseignants et élèves devrait être instituée. Par ailleurs, la Parent Teachers’ Association est réduite à une simple fund raising organisation. C’est dommage. Alors que le but de la PTA était de participer à l’élaboration d’une pédagogie, à solutionner des problèmes à l’école et à créer un climat propice pour la communauté scolaire.

Il y a aussi un manque d’exutoire pour les jeunes. Le sport a régressé, les intercollèges ont disparu. Il y a un manque cruel d’espace, d’aires de jeux dans beaucoup de collèges. Si les enfants étaient occupés pendant la récréation, s’il y avait une véritable cantine scolaire et pas un petit bout de tabagie comme c’est le cas dans des écoles, les jeunes auraient pu prendre plaisir à être ensemble. Il faudrait que les enseignants d’éducation physique s’investissent plus dans l’organisation de compétitions. Les élèves aujourd’hui ne connaissent que les salles de classe... et les leçons particulières bien sûr.  

Bio express

<p>Après un diplôme en audiovisuel et une maîtrise en anglais, particulièrement un programme spécifique pour l&rsquo;enseignement des langues à Nice, Jacques Malié est revenu à Maurice en 1978. Il a travaillé au collège Impérial pendant un an. Ensuite, il a intégré le collège du St Esprit. Il été enseignant de français, d&rsquo;anglais et de littérature.&nbsp; Jacques Malié a aussi été <em>Dean of Studies. </em>En 1995, il a été nommé adjoint au recteur puis recteur en 2000. Retraité depuis février 2016, il a parallèlement été président du <em>Racing Club</em> de Maurice notamment. Il siège actuellement sur le comité de l&rsquo;Open University.</p>

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