Publicité

Frédéric Dupuis: l’art de faire avouer ce qu’on veut taire

3 juin 2017, 07:12

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Frédéric Dupuis: l’art de faire avouer ce qu’on veut taire

Une curiosité innée, qui s’est muée en désir de révéler les injustices cachées généralement commises par des gens de pouvoir, c’est le moteur de Frédéric Dupuis. Ce directeur général adjoint et responsable de l’encadrement à l’École supérieure de journalisme de Paris a formé, pendant les dix derniers jours, les journalistes du groupe La Sentinelle Ltée en journalisme d’investigation.

On pourrait considérer Frédéric Dupuis, 46 ans, comme un des meilleurs journalistes français d’investigation de son temps, lui qui a réalisé plus d’une quarantaine de reportages pour Envoyé Spécial, Spécial Investigation, Enquête Exclusive, Zone Interdite, des émissions qui ont chaque semaine rivé des millions de téléspectateurs à leur petit écran. Or, le principal concerné n’aime pas les superlatifs, surtout lorsqu’ils s’appliquent à lui, car il ne se prend pas au sérieux, même s’il l’est dans sa vie professionnelle.

Si depuis l’enfance, il est curieux de tout, en grandissant, il est porté par un désir de tout comprendre, de tout expliquer et aussi de corriger les injustices. Et depuis dix ans qu’il est passé à l’encadrement, on sent chez lui une insistance à faire maîtriser les techniques et autres astuces d’investigation. «Le message», répète-t-il, «passe par le massage».

Frédéric Dupuis est le benjamin d’une famille de trois enfants. Sa mère est institutrice et son père architecte. Lui rêve de voyages et d’aventures. Si bien qu’une fois son baccalauréat obtenu, il s’envole pour Londres. N’ayant que trois heures de cours par jour, il se laisse vivre et rejoint une formation musicale où il joue de la guitare basse. Il vit sa «période rock’n’roll» avec cheveux longs. Les week-ends, il gagne sa vie en vendant des pulls chez GAP.

Soif d’apprendre

Au bout d’un an, il se lasse de cette existence de bohème. «Je voulais être maître de ma vie.» Il regagne Paris,se coupe les cheveux et s’inscrit auprès de l’université de Nanterre où il étudie les sciences humaines. Il décide de passer le concours d’entrée de l’École des hautes études en sciences de l’information et de la communication. Cela signifie 44 livres ardus à étudier en un an. Il se donne à fond car «j’avais une soif et une envie d’apprendre le plus de choses possibles, excepté le sport», dit-il en rigolant.

Il réussit le concours d’entrée et entame ses études en journalisme. Ses professeurs lui donnent «le goût de la connaissance». Il est régulièrement premier en radio et en télévision. Il passe le concours qui abouti sur la bourse Jean D’Arcy et fait partie des trois derniers sélectionnés. L’examen les départageant comprend l’écriture d’un commentaire à partir de dépêches ainsi qu’un reportage sur les autocars qui retournent à Paris en été. La chance lui sourit car le jour où il va sur le terrain, un scooter se fait renverser par un autocar, une scène qui devient un élément clé de son reportage et lui permet de décrocher la bourse et d’obtenir un contrat à France 2.

Période d’observation intense

Commence alors une période d’observation intense. Il est affecté à l’émission Télématin, animée par William Leymergie, et au journal de 13 heures. Un de ses premiers reportages est l’interview de jeunes débarquant à Paris pour assister aux Journées mondiales de la jeunesse sous l’égide du Pape Jean-Paul II. Frédéric Dupuis masque son trac en pensant à «des gens sympas. De toutes les façons, à chaque fois que j’ai un problème, je me compare aux pires et ça aide.»

Au bout d’un an, il est remarqué par Françoise Laborde, à l’époque rédactrice en chef, qui l’invite à présenter le journal de 7 heures et celui de 8 heures, suivis par deux millions et demi de téléspectateurs. Alors que tout va pour le mieux, il est désarçonné par un changement de direction. On lui fait comprendre qu’à 28 ans, «on ne présente pas les journaux car on est trop jeune pour cela.»

«C’était une bonne leçon d’humilité»

Après une période assez tendue, il quitte France 2 et va s’installer dans la maison de campagne de son père en Touraine. Et pendant trois mois, il attend que le téléphone sonne et que quelqu’un, quelque part, veuille le recruter. Le week-end, il regagne Paris et multiplie les contacts. «C’était une bonne leçon d’humilité», avoue-t-il. Sa patience finit par payer car France 2 le rappelle et il est embauché au service des infos générales.

Admiratif de l’émission Envoyé Spécial, il propose aux présentateurs d’alors Paul Nahon et Bernard Benyamin un reportage sur les Békés – descendants de Français nés dans les Antilles françaises – de Martinique, mais l’idée est rejetée. Par contre, sa deuxième idée qui porte sur les problèmes de sécurité de la carte bancaire est retenue. Diffusé, son reportage fait mouche et entraîne une modification du reçu de la carte bleue.

Début d’une longue carrière

C’est pour lui le début d’une longue carrière. Les deux reportages d’investigation qui l’ont le plus marqué ont été celui réalisé sur les orphelins de Sarajevo qui vivaient dans un pays dévasté par la guerre et l’autre sur un instituteur de Chablis, aussi le maire de la ville, qui cachait sa pédophilie sous sa côte de popularité. Frédéric Dupuis a failli se faire lyncher lorsqu’il a mené cette enquête sur place. «Ce n’était pas une affaire comme les autres. Il fallait corriger cette injustice».

S’il fait le saut pour être rédacteur en chef chez TAC Presse, c’est par «désir de progresser et cela oblige à passer par de l’encadrement». Il dirige les équipes, notamment sur l’émission Zone Interdite, et forme aussi les journalistes. Au cours d’une rencontre avec le président de l’École supérieure de journalisme (ESJ), Guillaume Jobin, on lui propose le poste de directeur général adjoint et responsable de l’encadrement. Frédéric Dupuis y est maintenant depuis six ans. Son champ d’intervention se situe au sein de l’institution parisienne, avec un saut au Cameroun où l’ESJ avait signé un accord avec l’université de Douala. Maurice est sa deuxième affectation outre-mer. Il espère qu’il y en aura d’autres.

«Il y a tant à faire dans le secteur de la transmission»

Le journalisme de terrain ne lui manque pas au point de lui faire reprendre du service. «J’aurais l’impression de revenir à quelque chose que j’ai déjà fait. Or, il y a tant à faire dans le secteur de la transmission», dit-il en précisant que «c’est un sentiment extraordinaire de voir les résultats et de retrouver des étudiants que l’on a formés à des postes de rédacteurs en chef à l’antenne. Il y en a plein et dans tous les domaines.»

Lorsqu’il décompresse, il se met devant ses fourneaux – il aime faire bonne chère – mais fait aussi le pitre. «La déconne, c’est dès que je peux, tout en restant sérieux.»

Publicité