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[Vidéo] Les boutiques chinoises font de la résistance
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[Vidéo] Les boutiques chinoises font de la résistance
Ça coupe, ça plie et ça colle. Bienvenue à la boutique Fee Chen, Rose-Hill. Derrière son comptoir, Kong Wing Chang, 74 ans, se hâte de faire des cornets à provision pour servir ses clients. En arrière-plan, on aperçoit des katora, des ardoises d’enfant, tandis qu’au plafond pendent des filets contenant un assortiment de produits. Guirlandes de Noël, céréales en sachet, brosses sali et bien d’autres objets content toute une histoire… Riche de 90 ans.
«Après l’ouverture de la boutique, mes frères et moi avons commencé à travailler avec notre grand-père, Fee Chen. Nous étions encore jeunes», raconte Kong Wing Chang. En ce temps-là, les aliments se vendaient à la livre pour une poignée de sous. Le fameux karné laboutik permettait alors de s’approvisionner à crédit. Puis est venue l’ère de la grande distribution.
Plus rien à crédit
«Depuis les 20 dernières années, le travail a changé. Le client ne prend plus rien à crédit. En plus, personne n’assurera notre relève. Mais bon, nous allons continuer. Ça nous occupe», confie Kong Yu Kong Wing Chang, 77 ans, l’autre gérant, en riant.
Loin de s’avouer vaincus, les boutiquiers agrémentent leurs étals d’articles moins accessibles en supermarché. Les comptoirs s’écroulent sous les délices d’antan confectionnés par leur épouse : gâteaux cravates sucrés ou salés, gâteaux à la noix de coco ou encore des pamplemousses cristallisés.
Le citron, les fruits confits et autres sont acquis auprès des fournisseurs locaux. Les aliments pour les animaux ainsi que les articles décoratifs ont aussi la cote. Ils sont en fait moins chers comparés à ceux en grande surface.
Chez New Paris Store à Floréal, la nouvelle génération a modernisé l’édifice. Fondée depuis plus de 50 ans par le défunt Leung Loong Cheong, cette boutique chinoise est aujourd’hui gérée par ses quatre fils. Avec son espace dédié au loto, l’établissement a validé la combinaison gagnante à cinq reprises. «On avait commencé par les jeux comme le pool, la loterie, etc. Maintenant, le loto est incontournable», déclare Jean-Claude Leung Loong Cheong, l’un des quatre frères.
La boutique fait aussi la part belle aux spécialités gustatives de Maurice. Selon lui, ces petits détails font la différence auprès de la clientèle. Comme les boutiquiers de Fee Chen, ceux de New Paris Store affirment que la relève ne sera pas assurée. «On travaille de 6 h 30 à 19 heures. C’est exigeant. Les jeunes ne sont pas intéressés», se désolent-ils.
Cent ans au compteur et peut-être cinq ans encore
À Vacoas, la même préoccupation anime également Christian Ah Teck, responsable d’Ah Teck Store, qui compte plus de 100 ans d’existence. «On se donne cinq ans peut-être», souligne-t-il, avec nostalgie. Passé ce délai, l’établissement fermera sans doute. Mais en attendant, il a repensé son commerce. L’homme de 51 ans a modernisé l’espace à sa façon.
«Comme je suis locataire, je ne peux pas refaire le bâtiment. Par contre, j’ai adapté les produits selon les besoins et l’évolution de la clientèle.» Ici, ce sont surtout les articles non comestibles qui sont prisés : casques d’écoute, téléphones portables de dépannage, cartes mémoires, montres, bonnets et autres articles de maison y sont disposés en grand nombre.
Petite portion
Sur le plan alimentaire, le boutiquier préconise la vente en petite portion. «Par exemple, avec le poisson salé que nous achetons en vrac, le client prendra la quantité qu’il lui faut. En supermarché, il doit acheter un plateau entier», souligne-t-il. Christian Ah Teck diversifie également son stock en fonction des saisons. Cela inclut des articles de fête ou du matériel de pêche. Une touche qui ajoute de la variété et maintient la proximité avec les acheteurs, précise-t-il.
Par contre, tous les boutiquiers affirment unanimement que le temps du grog est révolu. Ce sont davantage les bouteilles qui sont prisées pour la consommation à la maison, indiquent nos interlocuteurs. Forts de ces évolutions, les petits commerçants chinois tâchent de garder la tête hors de l’eau.
«Nous sommes là comme dépannage. Les gens savent qu’ils peuvent trouver des choses chez nous et n’ont pas besoin d’aller faire un détour au supermarché», déclarent-ils. Ils comptent bien poursuivre leurs activités pour les années à venir.
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