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«Mon fils me bat pour de la drogue»

26 septembre 2016, 18:25

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«Mon fils me bat pour de la drogue»

Elle ne sait plus à quel saint se vouer. Lorsque nous la rencontrons, Savitri (prénom modifié) est devant le tribunal de Port-Louis, attendant son fils, qu’elle a adopté il y a 19 ans. Ce dernier, connu des services de police, a dernièrement été arrêté pour avoir volé un vieux couple, afin de pouvoir s’acheter de la drogue. La veuve, qui habite les hautes Plaines-Wilhems, n’est pas au bout de ses peines. À l’express, la sexagénaire raconte le calvaire qu’elle subit au quotidien.

«Mon fils me vole. Malgré la pension que je perçois, je dois cumuler des petits boulots pour pouvoir joindre les deux bouts. Dès que je ramène de l’argent à la maison, il me harcèle pour que je le lui en donne et va même jusqu’à utiliser la force. Il m’a tabassée à maintes reprises et j’ai dû passer plusieurs jours à l’hôpital», relate-t-elle. Savitri indique avoir déjà songé à mettre son fils à la porte, d’autant plus que ses proches ne veulent plus entendre parler de lui. Mais elle finit toujours par lui pardonner et va même jusqu’à mentir à ses proches «pou fer li pass pou bon».

«Je l’ai adopté quand il avait trois mois. Sa mère biologique l’avait abandonné à l’hôpital. J’ai tout fait pour qu’il ne manque de rien et ait la meilleure éducation possible», confie cette mère, les larmes aux yeux. Même après avoir passé des jours à l’hôpital à cause de son enfant, Savitri ne veut pas l’abandonner. En effet, munie d’un Protection Order, elle entame les procédures en ce sens mais finit par se dire que «cette fois, c’est la dernière» et fait marche arrière.

C’est après le décès de son époux que le cauchemar de la sexagénaire débute. «Mon mari avait de mauvaises fréquentations et se droguait lui aussi. Je devais faire bouillir la marmite toute seule», se souvient-elle. Mais à peine quelques jours après les funérailles, elle constate que son fils emboîte le pas à son défunt mari. «J’ai pris mon courage à deux mains pour lui en parler.» C’est là qu’elle apprend toute la vérité. «Il m’a dit: ‘aster to pou koné. Personn pa pou kapav met lord ar mwa. To pou bizin donn mwa kass toulézour pou mo doz’», révèle Savitri.

La veuve revient sur les jours où de l’argent et des bijoux disparaissaient soudainement de la maison. «Je n’osais l’accuser. Mais je savais que mon fils était le responsable.» C’est quand elle refuse de lui remettre l’argent pour sa dose de drogue quotidienne que la sexagénaire reçoit des coups. «Li bat mwa koumadir zom. Si mo kriyé, li tir kouto ek mwa.» Elle explique avoir pu s’enfuir à deux reprises pour prévenir la police. Mais que son fils n’a pas été arrêté, la police ayant indiqué que c’était juste un cas d’«assault».

Aujourd’hui, Savitri dit avoir honte de sa vie. Elle soutient ne plus être la même avec tous ses problèmes et angoisses. «Latet inn bouzé.» D’ailleurs, elle a régulièrement rendez-vous chez un psychologue et prend des pilules pour se calmer. L’habitante des hautes Plaines-Wilhems s’insurge surtout contre l’inaction du gouvernement face au problème de la drogue.

«Dan landrwa, dan sak kwin simé éna enn group ki pé drogué. Tou dimounn koné. Mem lapolis koné mé zot pa fer narnié. Éna kinn mor ar overdoz. Mé la drog-la kontinié trouvé mem. Fami ki pé pass mizer ar sa.» Et d’ajouter, dans la foulée, qu’elle ne pense pas que son fils pourra un jour se sortir de cet enfer. «Zis lamor ki pou tir li ladan.»

 

 

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