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Chandish Daiboo, collégien : «Nous ne sommes pas des ‘poupet’ à qui on fait des promesses en l’air»

10 septembre 2016, 12:52

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Chandish Daiboo, collégien : «Nous ne sommes pas des ‘poupet’ à qui on fait des promesses en l’air»

Il est un des meneurs de la résistance estudiantine. Pourtant, Chandish Daiboo, élève en Upper Six et président du Student Council de son collège, affiche un taux de présence de 90 %. Pourquoi alors s’est-il mobilisé ? Quelles sont les motivations des collégiens ? Comprennent-ils les implications d’une manifestation ?

Puisque vous ne vous êtes pas absenté, vous n’aurez pas à payer les frais d’examens. Pourquoi, donc, avez-vous tenu à prêter main-forte à vos camarades ?

Cela va au-delà des Rs 15 000. C’est une question de justice. Il faut comprendre qu’il y a un vrai problème et que l’absentéisme n’en est qu’une conséquence. C’est injuste de punir quelqu’un qui en est victime.

En plus, j’ai l’impression qu’on oublie un peu que nous ne sommes pas des poupet. On ne peut pas nous faire des promesses en l’air. Nous sommes jeunes, certes, mais nous avons aussi une voix. Et puis, un problème qui concerne le futur de mon pays me concerne aussi.

Est-ce que vous comprenez ce qu’implique l’organisation d’une manifestation ?

Bien sûr ! Je comprends qu’il pourrait y avoir des répercussions, mais cela ne m’arrêtera pas. Je pense que c’est un peu dommage que beaucoup de gens ne réalisent pas que nous ne sommes pas des enfants qui veulent faire du tapage. Nous sommes matures et avons réfléchi à ce que nous faisons. Nous ne faisons rien de mal ; il n’y a donc pas de raison d’avoir peur, non ?

Des collégiens des quatre coins du pays se sont mobilisés. Comment tout a commencé ?

C’est sur Facebook que tout a commencé. Quelqu’un a créé le groupe «Manifestation pacifique pour SC/HSC fees». On se parlait tous les jours et on a décidé que, puisqu’il y avait plus de 1 000 membres, il nous fallait une structure organisée. On a donc réuni un représentant de tous les collèges listés. Pour la plupart, nous sommes les head girls, head boys ou présidents du Student Council. On a également créé un groupe sur Whatsapp. On voulait faire quelque chose de pacifique et diplomatique mais qui a quand même un impact. Certains ont cherché des données sur le site du gouvernement, d’autres ont contacté les autorités, nous avons écrit une lettre sur Whatsapp tous ensemble. Et nous nous sommes rencontrés, le mercredi 7 septembre, pour la première fois. Nous avons tout présenté à Me Shakeel Mohamed, qui nous offre son soutien.

«Des enseignants sont la cause de l’absentéisme.»

Que cherchez-vous au juste ? Un plus grand délai, ou ne pas avoir à payer du tout les frais d’examens ?

Nous voulons que le gouvernement fasse ce qu’il avait annoncé lors de sa campagne électorale et plusieurs fois après sa prise de pouvoir. Nous voulons qu’il paie les frais d’examens de tout le monde.

Ça fait quand même beaucoup pour le gouvernement de payer, non ? Surtout pour ceux qui en ont les moyens.

Oui, je comprends mais pour cette année, c’est trop tard. Ce que le gouvernement fait en ce moment est au détriment de la classe moyenne. Ceux qui ont les moyens, cela ne les dérange pas, ils ne vont pas à l’école et paient leurs frais. Ceux qui n’ont pas les moyens doivent, eux, s’y rendre, même s’ils savent qu’ils perdent leur temps.

Êtes-vous en train de plaider en faveur de ceux qui ne vont pas à l’école ?

Je vais être franc avec vous. Il y a un taux élevé d’absentéisme, je le concède. Mais l’absentéisme n’est pas un problème, mais plutôt une conséquence. Le problème, ce sont les  enseignants qui ne viennent pas en classe, les enseignants qui pensent que «pou fer dan léson sa» et, dans plusieurs cas, le manque de structures dans les écoles. La mesure de 90 % de présence n’est qu’une punitive measure. Il faut s’attaquer à la racine du problème.

Pourtant, vous ne vous absentez pas régulièrement. D’où viennent toutes ces critiques ?

Je ne m’absente pas parce que je n’ai pas le choix. Sinon, je paie Rs 15 000. Et beaucoup du temps passé à l’école aurait pu être utilisé plus judicieusement. J’ai des enseignants formidables et que j’admire beaucoup. J’ai aussi des enseignants qui dorment en classe et là encore, quand ils daignent se montrer. Et j’ai dû assister à des classes au cours desquelles tout ce qu’on a fait était de met dialog pendant que l’enseignant dormait.

Vous voulez dire qu’il se pourrait que votre performance aux examens soit compromise parce que vous ne vous absentiez pas ?

Je ne l’espère pas. Comme je vous l’ai dit, certains de mes enseignants sont vraiment formidables et je leur dois énormément. Donc, je ne veux pas être irrespectueux à leur égard.

Quand même, certains collégiens exagèrent, non ?

Définitivement. Et il faut trouver un moyen d’y mettre un terme. Mais punir tout le monde n’est pas la solution. Je ne suis pas contre la mesure de 90 % de présence. Mais il faut une bonne structure avant qu’elle entre en vigueur. Et surtout, il faut faire attention à ce qu’elle ne soit pas discriminatoire.

 Que faut-il faire ?

Déjà, il faudrait trouver une façon de faire en sorte que le jeune ait envie de se rendre à l’école. Je ne veux pas leur tomber dessus, mais aussi, il faudra davantage surveiller les enseignants. Il faudrait qu’ils aient la vocation pour ce métier. Qu’ils soient amis avec leurs élèves. Cela serait un bon début.