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La semaine vue par Gilbert Ahnee
Lundi 21 mars 2016
UoM. Est-ce vrai que l’institution ne peut garantir l’anonymat d’évaluations d’enseignants par leurs étudiants ? C’est un peu grave, non ?
Diable, pourquoi ?
Recipe for failure. En décembre 2014, on pouvait penser que Ramgoolam payait le prix de dix années de privilèges régaliens. Si ce n’est d’abus de position dominante. Alors que Bérenger, à chaque scrutin, semblait mesurer un peu plus le coût de son déphasage avec notre société. On se demandait bien, toujours en décembre 2014, le temps que durerait le sursaut de lucidité et de pertinence de SAJ, on pouvait craindre que ses surprenantes ressources en campagne ne viennent à lui faire défaut avant la fin du mandat. Mais personne n’imaginait alors qu’on assisterait à la débandade de ces ides de mars. Et tu Vishne !
Les malheurs judiciaires de Pravind Jugnauth, la possibilité que sa carrière politique soit peut-être pas loin de son terme, pourraient bien avoir donné des idées à quelques-uns au sein de la majorité. Mais alors que personne ne peut encore vraiment abattre ses cartes, ce n’est pas réellement la succession de SAJ qui a provoqué la dissidence de Mme Selvon, les divergences entre le député Jahangeer et le ministre Soodhun, le malaise de Lutchmeenaraidoo et celui de Fowdar.
Le 22 décembre 2014, lors de la prestation de serment des députés, l’alliance Lepep dominait massivement l’opposition. Que s’est-il passé depuis ? Et si c’était la nature communale des alliances à négocier pour se maintenir au pouvoir qui le rendait aussi précaire ? Si c’était l’injustice fondamentale du système électoral qui plantait la gêne au sein de la députation ? Réfléchissons-y un peu.
Mardi 22 mars 2016
Pays heureux. Au top, le Danemark : coefficient de 7,526. Au plancher, le Burundi à 2,905. A 5,648, Maurice semble bien ignorer son bonheur…
Rassurez-nous
Fabrique à argent. Hier, les plus talentueux engageaient des études de sciences, de droit, de médecine. Aujourd’hui, il est très problable que les parents d’un jeune prometteur vous répondent : «finances» si, d’aventure, vous leur demandiez ce qu’il étudie à l’université. Finances ! Si cela réquisitionne, mobilise, dévore… et formate… nos meilleurs esprits, cela doit être, effectivement, un savoir stimulant et pas seulement lucratif. La finance quantique, par exemple, pour prévoir les fluctuations des marchés, utilise des algorithmes et modèles mathématiques applicables en physique aux particules subatomiques.
C’est un fait, comprendre ces mécanismes n’est pas à la portée du commun des mortels. Et il est assez fréquent, pour ne pas nous exposer à paraître à côté de la plaque, que nous adoptions un silence entendu lorsque des experts démontrent comment on pourrait financer, disons, la création d’un hôpital gériatrique pour ministres burnt out, en achetant des futurs sur le cours… du sucre… de l’or ou en spéculant sur la capacité de l’Ukraine à rembourser sa dette envers la Russie. Ce qui suggère que l’argent – et l’endettement – peuvent aussi être traités comme des commodités. Avec une offre et une demande, une source également, presque des règles d’origine, est-on tenté de préciser. Et du coup, cette question de béotien, d’ignare même, insufisamment posée en avril 2015, semble être plus pertinente : s’il y a eu Ponzi, si les comptes ont bien été siphonnés, c’est le Trésor public qui payera. Quitte à crowd out des ressources destinées à la croissance…
Mercredi 23 mars 2016
Deuxième ministre icaçisé. Mais, deux poids, deux mesures, Dayal invité à démissionner, ce qui n’avait pas été le cas pour Lutchmeenaraidoo…
Si ce n’est pas une crise…
…ça y ressemble… Le gouvernement tout d’abord : un PM dont l’âge – cela ne se dénigre pas, cela se respecte – est désormais largement canonique, auquel on sent que l’énergie pourrait bientôt faire défaut… Un héritier, à la tête de la baronie, du MSM, qui se voit tenu à l’écart du cabinet pour des raisons pas forcément très valorisantes… Bénéficiaire d’un prêt faisant l’objet d’une enquête de l’ICAC, un ancien ministre des Finances, démonétisé, recyclé aux Affaires étrangères, domaine pour lequel il n’est absolument pas préparé… Un deuxième ministre également mis en examen mais, contrairement à son collègue du nº 7, obligé, lui, de démissionner…
Notre pays est-il en crise, son gouvernement en décomposition ? On peut être tenté de le penser. Cela, alors même que Ramgoolam s’accroche au leadership rouge et que son seul maintien à ce poste expose sa formation à un brutal déficit de crédibilité. Alors que le MMM, malgré la bruyante rhétorique conquérante de Bérenger, semble difficilement en mesure de réunir les chiffres requis par l’arithmétique électorale. Il y a bien, en filigrane des quelques réussites de l’action gouvernementale, une montée en puissance, discrète mais constante de XLD et de ses amis, cela encore illustré par la suppléance d’Alain Wong à l’environnement. Mais de là à pouvoir donner orientation et direction à une gouvernance à la dérive, c’est peut-être en demander un peu trop, du moins trop vite, à ce petit parti. Résultat : une pirogue sans gouvernail ni gouvernant dans la tempête. Pas très rassurant…
Jeudi 24 mars 2016
l’express rend compte du coup de chapeau du quotidien français L’ÉQUIPE au héros mauricien du Stade de France, Salim Toorabally. Respect !
D’où vient le pardon ?
Barracks Gate. Grand nettoyage dû à un fonctionnaire d’exception : Noormahomed Alladee, ancien assistant-receveur des douanes, responsable des enquêtes sur les fraudes. Mais, on s’en apercevra, d’autres grands noms de la fonction publique, notamment du judiciaire, contribueront à faire avancer l’affaire.
En 1997, Alladee recherche un ordre de la Cour suprême pour requérir d’une banque commerciale les documents susceptibles d’établir le caractère frauduleux d’importations des sociétés de Sewparsad Ramrachcheya. Après un premier refus, c’est en appel, devant le chef juge Pillay et la juge Narayen, que la douane – représentée par l’actuel DPP Satyajit Boolell – obtient gain de cause. Certaines de ces importations sous-facturées avaient fait gagner des appels d’offres de la police, dirigée à l’époque par Raj Dayal, CP. Certaines révélations vont donner froid dans le dos.
Au mois d’octobre 97, la GN 1468 annonce l’institution d’une commission d’enquête, sous la présidence du Senior Puisne Judge Bernard Sik Yuen, pour se pencher sur les contrats alloués par la police, depuis 1992, aux sociétés Kala Niketan et National Business Agency. Suite à cette première enquête, l’ancien chef juge Rajsoomer Lallah est appelé à présider un tribunal spécial, aux termes du paragraphe 93(4)(a) de la Constitution, pour juger de l’aptitude de Raj Dayal à diriger la police. Le tribunal recommanda sa destitution.
Comment un fonctionnaire aussi démonétisé obtient-il 38 % des voix au nº 10 en 2000, sans même le soutien d’un grand parti ? Comme Ted Cruz dans la Bible Belt américaine ! Donc Bachoo – killer incontesté en 2014. Déjà profondément malsain.
Vendredi 25 mars 2016
Joli mot de SAJ. Il évoque les deux composantes du terme crise en mandarin : danger et opportunité. N’allez pas dire qu’il est opportuniste…
Chiffres favorables
Large majorité. Le pays n’a pas les moyens d’une nouvelle campagne électorale. Nous n’avons plus à nous demander qui est le mieux à même de diriger. Cette question, nous y avons répondu en décembre 2014. Si certains ministres ne sont pas à la hauteur, que leur chef les remplace, ou qu’il les fasse chaperonner de près, mais que le dispositif se mette enfin au travail.
Qu’il y ait deux, trois ou cinq élections partielles à engager – et éventuellement à perdre pour ce qui est des gouvernants, cela ne doit pas détourner le pays du travail attendu. Le PM nous a promis un Budget game changer. Même si on ne croit plus trop à ce genre de miracle, la promesse a le mérite de dénoter une volonté. Et la majorité est assez forte pour être éventuellement réduite de quatre ou cinq voix sans pour autant mettre en péril sa survie.
SAJ est un leader of the house qui n’a pas besoin d’une large majorité à la Chambre pour être en confiance. Entre 1987 et 1990, son équipe a conduit le pays à ce que nous avons appelé le plein emploi, lancé la Bourse, alors qu’ils gouvernaient avec la plus étroite majorité qu’ait connu le pays depuis la législature 76- 82. Ce n’est pas l’agacement de revoir Ramgoolam à l’AN qui doit le guider. Plutôt l’urgence d’un retour à une gouvernance crédible. Délais constitutionnels les plus courts pour appeler le pays aux urnes. Et nous redire : gété ar mwa péna kata kata.
Samedi 26 mars 2016
Nº 1 du MTC : les rumeurs prennent le mors aux dents et courent plus vite que les chevaux. A plus forte raison si le Horse Power est bridé…
Héroïne sans héros…
Illusoire. En 1986, la commission d’enquête sur la drogue a bénéficié du témoignage d’un repenti. Suite aux dénonciations de Rafic Peerboccus, qui permirent d’identifier des trafiquants, 57 policiers seront suspendus. Pendant toute l’enquête, Peerboccus est logé dans une maison de la SMF, à Vacoas, plusieurs corps de police – GIPM, CID, NIU – collaborant pour lui assurer une sécurité à toute épreuve. Et c’est peut-être ce que l’ex-juge Lam Shang Leen n’est pas suffisamment en mesure d’assurer à ceux auxquels il demande de dénoncer les trafiquants de drogue.
Au chapitre des illusions, il y a celle qui consiste à croire qu’il suffirait de mettre hors d’état de nuire les trafiquants du moment pour en finir avec le trafic… et la toxicomanie… À un bout de la chaîne, en Afghanistan ou en Colombie, les maigres revenus de la culture du pavot ou des feuilles de coca ont au moins le mérite – dérisoire mais réel – de tenir ces planteurs éloignés des trafics d’armes, de la terreur et du kidnapping. Éliminer la drogue de nos circuits de l’argent, cela implique d’abord reconstruire des économies paysannes viables dans les pays de production.
Par ailleurs, grande question, vive, troublante : alors que l’héroïne et la cocaïne ne valent pas grand-chose à Kaboul ou Bogota, leur valeur ne cesse d’augmenter à mesure qu’elles s’approchent de leurs grands marchés de New York ou d’Amsterdam. Valeur ajoutée par la répression du trafic. Financée avec l’argent des contribuables. Any out of the box thinking possible here ?
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