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Ajmal Panchoo,chirurgien dentaire mauricien exerçant en France: «Nous avons modifié la façon de soigner les handicapés»
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Ajmal Panchoo,chirurgien dentaire mauricien exerçant en France: «Nous avons modifié la façon de soigner les handicapés»
La success story continue pour Ajmal Panchoo. Ce dentiste mauricien et chargé de cours de 33 ans, sacré Nordiste de l’année 2014 par le journal La Voix du Nord, fait encore parler de lui en France. Exerçant dans le public et le privé à Lille, il a réussi à faire aménager au sein du Centre hospitalier universitaire (CHU) de cette ville la première cellule de traitements dentaires pour polyhandicapés. Et a réussi à prouver qu’un moniteur destiné à évaluer la douleur sous anesthésie générale, et qu’on nomme Analgesia Nociception Index (ANI), peut être utilisé sous anesthésie locale, voire sans anesthésie sur les handicapés et polyhandicapés, c’est-à-dire, sur un patient éveillé.
Ajmal Panchoo, qui était à Maurice pour une semaine entre fin décembre et début janvier, s’est illustré dans le passé en adaptant le matériel dentaire pour les polyhandicapés. Ce qui l’a mis sur cette voie, c’est une longue expérience pratique au cours de ses études au sein d’un institut pour adultes handicapés et aussi le fait que la prise en charge globale des personnes handicapées et polyhandicapées ne figure pas dans le programme d’études de médecine. «Environ 90 % des étudiants en médecine en France n’ont jamais soigné une personne en situation de handicap.»
Il a donc chaudement recommandé la création, au CHU de Lille, d’une unité de soins pour polyhandicapés. L’idée a été acceptée et l’unité Accueil Handicap Adultes, la toute première de son genre en France, dispose d’une quinzaine de fauteuils dentaires et est gérée par une équipe pluridisciplinaire. En sus d’adapter les équipements du plateau de soins dentaires à ses patients, Ajmal Panchoo a aussi introduit le massage pendant les soins, de même que le travail à quatre, voire à six mains.
«Nous avons modifié la façon de soigner les handicapés et polyhandicapés pour qu’ils soient plus à l’aise et, ce faisant, nous sommes plus conservateurs dans nos soins. Cela contribue à la bientraitance des personnes handicapées et polyhandicapées. J’estime que c’est là une des missions de l’hôpital public», déclare-t-il. Ce sont ses recherches et les améliorations qu’il a apportées au traitement dentaire pour les handicapés et polyhandicapés à Lille qui lui ont valu le titre de Nordiste de l’année 2014.
À la suite de la mise en place de l’unité Accueil Handicap Adultes, ses étudiants – une trentaine – qui sont en cinquième année de dentisterie, ont créé une association. À chacun des déplacements d’Ajmal Panchoo auprès des centres pour handicapés et polyhandicapés, ils suivent leur professeur et voient comment il procède. «Cela change grandement leur perception des choses et leur future façon de soigner ce type de patients.» Une de ses étudiantes, Iris Mittenaere, qui avait été élue Miss Nord–Pas de Calais, a été sacrée Miss France 2016, prouvant une fois de plus que l’on peut allier intelligence et beauté.
Depuis trois ans, Ajmal Panchoo essaie d’obtenir le moniteur ANI fabriqué par une société lilloise, Mdoloris Medical Systems, qui est utilisé dans 42 pays pour évaluer la douleur des patients mis sous anesthésie générale et qui a reçu de nombreux prix internationaux. Cet appareil qui prend la mesure des électrocardiogrammes permet, suivant un index ANI, de voir si le malade souffre même lorsqu’il est endormi. L’hypothèse d’Ajmal Panchoo est que l’on peut utiliser ce moniteur sur des patients handicapés et polyhandicapés sous anesthésie locale, voire sans anesthésie. Ce qui serait particulièrement utile à ces personnes qui ne peuvent généralement pas s’exprimer ou aux personnes en fin de vie.
Ayant finalement obtenu cet appareil qui coûte 8 000 euros, il l’a testé sur plusieurs patients polyhandicapés à leur domicile. Depuis un an maintenant, il est suivi par Janis Mantilla, une des camerawomen du réalisateur Abde Keta, qui a décidé de faire un film sur la vie de ce dentiste mauricien qui met tout en oeuvre pour développer un secteur de la chirurgie dentaire pas encore reconnu en France. Les sessions enregistrées sont venues prouver que le moniteur ANI peut être utile chez les patients non communicants. Donc, non seulement cela fonctionne mais cette nouvelle pratique de soins permet des économies en termes d’anesthésie générale et de mobilisation du bloc opératoire.
«J’ai pu prouver que l’utilisation du moniteur ANI sur ce type de patients était efficace et rentable. Ainsi, j’évite l’anesthésie générale avec tous ses effets secondaires aux handicapés et polyhandicapés et la Sécurité sociale fait des économies car une anesthésie générale coûte 2 000 euros, sans compter les coûts associés à la mobilisation du bloc opératoire que l’on évite aussi. De plus, cetappareil peut être utilisé sans anesthésie générale sur les malades en fin de vie, sur les nourrissons et même dans le domaine vétérinaire. Il suffisait simplement d’y penser et de le tester.»
Bien que ses travaux au CHU de Lille lui prennent énormément de temps pour une rétribution de 400 euros par mois et qu’il gagne sa vie au libéral en exerçant comme chirurgien-dentiste dans le village d’Aire-sur-la-Lys, situé à 70 kilomètres de Lille, il veut surtout améliorer les soins dentaires aux handicapés et polyhandicapés. Il dit être beaucoup soutenu par la mairie de Lille dont la maire est Martine Aubry.
Une demande a été faite pour la création d’un poste de praticien hospitalier à son intention au CHU de Lille et il attend une confirmation. Il est conscient qu’il aurait sans doute été nommé s’il avait pris la nationalité française au bout de 15 ans en France mais Ajmal Panchoo tient à conserver sa nationalité mauricienne. «Mon objectif est d’avoir ce poste en tant que Mauricien. C’est pour cela que ça tarde sans doute. À moyen terme, j’ai envie de faire quelque chose pour Maurice. Il faudra commencer par voir la prise en charge de ce type de patients à Maurice car je suis conscient que dans 20 ans, le pays aura un souci avec une population vieillissante et il faudra développer des secteurs de prise en charge de ce type de patients.»
On entendra sans nul doute parler d’Ajmal Panchoo dans les mois à venir car le film qui lui est consacré sera bouclé fin janvier. Le réalisateur Abde Keta, qui a déjà à son actif un film intitulé Le Savoir est une arme, oeuvre sélectionnée par l’Unicef, compte le présenter à plusieurs festivals, à commencer par celui des Champs-Élysées, à Paris, en juin.
C’est quoi, le polyhandicap ?
Un polyhandicapé est une personne atteinte d’un handicap lourd associant des troubles moteurs, cérébraux et sensoriels. Le polyhandicap conduit à une restriction extrême de l’autonomie.
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