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Daniel Raymond: «Maurice cumule 13 ans de retard en matière de sécurité routière»
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Daniel Raymond: «Maurice cumule 13 ans de retard en matière de sécurité routière»
Conseiller au ministère des Infrastructures publiques et du Transport en commun, Daniel Raymond fait le bilan de l’année 2015, nous parle de la politique de prévention du ministère, du permis à points...
Déjà plusieurs morts en 2016. Peut-on parler de l’échec de la politique de prévention du ministère ?
En 2013, la Banque mondiale avait qualifié la situation mauricienne d’inacceptable, mettant en avant l’absence d’une volonté politique, une faiblesse du management, une absence de coordination entre les services et les partenaires du secteur privé, le manque de réflexion sur le volet économique et aussi un mauvais état du réseau routier.
En 2015, la sécurité routière a été déclarée comme une urgence nationale par le Premier ministre et une Commission nationale de la sécurité routière a été instituée avec le soutien des différents ministères. Les chiffres de 2015 sont mauvais et l’année démarre mal. Mais l’objectif d’une réduction de 50% du nombre d’accidents et de victimes sur la période 2016- 2025 avec un bilan à mi-parcours est plus que jamais visé.
Quel bilan faites-vous de l’année 2015 ?
En attendant une analyse détaillée concernant le nombre d’accidents, les résultats de l’année 2015 ne sont pas satisfaisants dans la mesure où il n’y a pas eu une baisse significative. Le nombre de morts reste à peu près stable ces trois dernières années, soit autour de 135. Mais c’est un résultat fragile.
Les caractéristiques du bilan sont toujours à peu près les mêmes avec une forte implication des deux-roues avec des facteurs récurrents comme l’alcool ou la vitesse. Tout cela témoigne de la fragilité du système et, donc, de la nécessité d’une meilleure régulation.
Le nombre de tués sur les routes à Maurice s’élève à 137 en 2014 pour 1,2 million d’habitants, soit 114 tués pour 1 million d’habitants. Un chiffre qui équivaut au résultat des pays européens en 2001. Autrement dit, Maurice cumule 13 ans de retard en matière de sécurité routière face aux pays européens.
Quelles sont vos propositions ?
La stratégie nationale adoptée vise à réguler le système de circulation qui cause de nombreux accidents. Dans le court terme, on doit rechercher l’adhésion et l’implication de tous les Mauriciens. Donner son accord, c’est accepter de reconnaître sa responsabilité, c’est accepter de changer sur la vitesse, l’alcool, le non-respect des règles…
Il faut aussi agir sur la sécurité des véhicules en mettant en avant un nouveau service de fitness, plus exigeant en termes d’obligation et plus performant dans la prestation. Il faut voir comment améliorer la signalisation et adapter la vitesse en ville et mieux protéger les piétons et cyclistes. Outre les mesures déjà prises, on s’attache à redéfinir un programme de formation et d’évaluation des utilisateurs des deux-roues, qui sont les principales victimes. Avec ces initiatives, il faudra atteindre l’objectif de 50% de réduction du niveau de l’insécurité routière.
Les cas de délits de fuite sont en hausse. Qu’attend le ministère pour agir ?
Si je ne me tromper, les auteurs d’accidents se rendent immédiatement au poste de police le plus proche dans la plupart des cas. La qualification légale peut être retenue même si on peut apprécier diversement les éléments constitutifs. Cela dit et pour l’étranger que je suis, je me suis posé la question du pourquoi de ce type de comportement. Il faut toujours aller à la source du mal.
Je ne peux pas généraliser, mais il semble que la crainte des réactions des proches des victimes ou des habitants du quartier soit à l’origine de ce comportement répréhensible. Une loi plus sévère ne dissuadera pas forcément les impliqués si à la base il y a une peur de l’agression.
L’opposition affirme que l’élimination du permis à points fait plus de mal…
Le permis à points est un très bon outil de prévention des accidents. Il a fait ses preuves ailleurs. Mais certaines conditions doivent être réunies pour une pleine efficacité du dispositif. Au moment où l’application du permis à points a été suspendue à Maurice, le système existant présentait des faiblesses qui étaient de nature à réduire sa force de dissuasion. Il faut une cohérence parfaite entre l’objectif qui est la diminution des infractions et de favoriser de meilleurs comportements et les mécanismes conduisant à restreindre le droit de conduite.
Il manquait notamment tout le volet correctif sans lequel le permis à points perd son sens. Cela dit, il est clair que Maurice ne peut pas faire l’économie d’une réflexion complète sur ce sujet. Il appartient au ministre de décider à quel moment la réouverture du dossier sera la plus opportune.
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