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Fret pétrolier : économie ou pas ?

25 août 2015, 05:10

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Fret pétrolier : économie ou pas ?

La rédaction de l’express se retrouve depuis ce week-end avec deux séries de chiffres contradictoires sur la question du transport pétrolier. Dans son communiqué du jeudi 20 août, le ministère de l’Industrie, du commerce et de la protection des consommateurs avance que la STC a économisé Rs 90 millions pour «neuf voyages de white oil et cinq voyages de black oil», sans préciser à quel item exactement.

 

La première question que l’on s’est posé a été de savoir si cette économie provenait d’une conjoncture favorable, comme une baisse des taux de fret sur le marché mondial, par exemple. Ce n’est pas le cas, surtout depuis avril (Baltic Dry Index – Crude Oil). Le graphique I de Ship & Bunker indique, par contre, que le taux de fuel (bunker) sur les marchés mondiaux est à la baisse depuis 12 mois et qu’il joue en faveur du pays. S’il faut environ 1 100 tonnes métriques de bunker pour acheminer notre pétrole vers Maurice, l’économie sur du bunker qui ne coûte plus USD 600 par tonne métrique mais la moitié, est de Rs 12 millions par mois…

 

 

Cependant, d’autre part, nos investigations (voir Tableau I) suggèrent aussi que la STC a perdu, entre février et août 2015, Rs 36 millions par rapport à ce que le Red Eagle lui aurait coûté en termes de fret, le prix de marché du fret ayant augmenté cette année. En effet, sur les neuf voyages de white oil (CPP dans le tableau) et les six voyages de black oil (DPP dans le tableau) pour lesquels nous avons pu compiler des chiffres, il apparaît que le pays aurait globalement économisé USD 1 million, soit Rs 36 millions sur la période. À noter que les chiffres de «costs» au Tableau représentent un lump sum price qui comprend le coût du fret, les port charges et... le coût du bunker.

 

(Tableau I) Nos investigations suggèrent aussi que la STC a perdu, entre février et août 2015, Rs 36 millions par rapport à ce que le Red Eagle lui aurait coûté en termes de fret, le prix de marché du fret ayant augmenté cette année.

 

À noter aussi que la particularité d’un contrat long terme est surtout de protéger le client contre les hausses du fret, en offrant un taux stabilisé sur de longues périodes. Le tableau I, par contre, indique que dans un marché de bunker à la baisse, la STC a été facturée globalement moins chère, en moyenne, seulement pour les mois de mars, avril et mai alors que c’était le contraire en février (possiblement parce que la notice period était courte après l’annulation du contrat Betamax), mais aussi en juin, juillet et août.

 

Rappelons que le gouvernement s’attendait, selon ses calculs, à des économies de Rs 320 millions par an.

 

Contacté pour un commentaire ou une explication, la STC indique que l’on ne peut logiquement faire une comparaison directe entre l’accord passé avec les spots charterers et celui passé avec le Red Eagle. Elle explique que, si l’appel d’offres qu’il va lancer pour le transport de carburants entre l’Inde et Maurice prend du temps, c’est parce que le State Law Office n’a pas les compétences pour traiter ce genre de dossier et qu’il a fallu faire un autre appel d’offres pour d’abord sélectionner les services d’un consultant calé en la matière.

 

Un spécialiste du secteur ne s’étonne pas que la STC paie plus cher «spot». Et d’observer que le Red Eagle est un des rares tankers sur le marché pouvant simultanément transporter du white (clean) oil et du black oil, ce qui est un avantage certain, vu que les quantités transportées vers Maurice sont relativement modestes. Notre interlocuteur estime que le prix du fret moyen avec des bateaux séparés va définitivement prendre l’ascenseur.

 

Devant ces faits, il devient urgent pour le ministère de mieux expliquer les «économies» de Rs 90 millions du communiqué du 20 août.

 


 

Mise au point: «On ne peut comparer le coût du fret en considérant deux volumes différents»

 
 
À la suite de la parution de votre article en Une du 25 août 2015 intitulé «Fret pétrolier : Économie ou pas?», le ministère voudrait rétablir les faits suivants :
 
1. Certains éléments ayant trait au service d’affrètement de tankers n’ont pas été pris en considération. Ce qui a amené la publication de certains chiffres inexacts.
 
2. Aucune confirmation n’a été effectuée auprès du ministère ou de la STC concernant les chiffres publiés dans l’article en question.
 
3. Le ministère du Commerce maintient que la STC a fait une économie d’«un peu plus de Rs 90 millions pour neuf voyages pour le transport de white oil et de cinq voyages pour le transport de black oil», comme affirmé dans le communiqué du ministère daté du jeudi 20 août.
 
4. Les faits sont ainsi : Ainsi, pour l’importation de 608,529 mt, la STC a économisé environ Rs 91 millions avec un taux de change de Rs 36/ dollar. (30,79 dollars – 26,62 dollars = 4,17 dollars x 608,529 mt x Rs 36 = Rs 91 352 373)
 
5. On ne peut comparer le coût du fret en prenant en considération deux volumes différents. Par exemple, si la STC avait eu recours aux services de Betamax Ltd, pour la période de février à août 2015, Red Eagle n’aurait pu effectuer que 9 voyages, transportant un volume total de 558 000 tonnes, étant donné que ce navire ne transportait que 62 000 tonnes en moyenne par voyage.
 
Par contre, pour la même période, la STC a pu importer 608 529 tonnes à travers des spot charters. Pour transporter la différence de 91 522 tonnes, Betamax Ltd aurait eu à affréter d’autres navires, qui auraient coûté plus cher à la STC.
 
De mai 2011 à janvier 2015, Betamax Ltd a utilisé à 16 reprises d’autres tankers en sus du Red Eagle. Ainsi, le 20 novembre 2013, pour le navire (Great Manta) affrété par Betamax Ltd pour le transport, la STC a payé 32,25 dollars la tonne pour le fret. Pour le dernier navire (Roy Maersk) affrété Betamax Ltd le 25 janvier 2015 pour le transport de black oil, la STC a payé 35,15 dollars la tonne pour le fret. Vous ne faites aucunement mention de ces coûts additionnels dans votre article.
 
En ce qui concerne le bunkering, le coût est dicté par le marché, que ce soit pour le Red Eagle ou les spot charters.
 
Ministère de l’Industrie, du commerce et de la protection des consommateurs
Mardi 25 août 2015
 
 

Réponse de la rédaction :

 
Quand on a la volonté déclarée de «rétablir les faits», on ne se réfère généralement pas à «certains éléments» ni à «certains chiffres» sans les préciser. D’autre part, notre journaliste confirme avoir contacté un très haut placé à la STC et une partie de notre article y fait explicitement référence.
 
Quant à la tentative du ministère d’expliquer comment le pays a fait une économie d’un peu plus de Rs 90 millions, comme affirmé dans son communiqué du 20 août dernier, elle est certainement bienvenue puisqu’il s’agit du coeur du sujet, mais elle ne tient pas tout à fait la route !
 
En effet, si l’on comprend l’arithmétique de la mise au point, le ministère compare le fret moyen payé à Betamax entre mai 2011 et janvier 2015 (USD 30,79 par tonne) au fret payé, post-Betamax, soit USD 26,62 par tonne, entre février et août 2015, ce qui équivaut à comparer le prix de la pomme d’amour a deux saisons différentes, alors que notre texte compare, plus judicieusement, deux prix de fret sur la MÊME saison (février-août 2015). C’est ce que l’on appelle «comparing like with like».
 
Quant au point 5, on peut comprendre l’angle d’approche, mais pas l’arithmétique. Le ministère dit aujourd’hui que le Red Eagle n’aurait pas pu transporter plus que 558 000 tonnes de février à août 2015, soit neuf voyages de 62 000 tonnes et ajoute que la «STC a pu importer 608 529 tonnes à travers des spot charters (et que) pour la différence de 91 522 tonnes, Betamax aurait eu à affréter d’autres navires qui auraient coûté plus cher à la STC». Or, à notre niveau de maîtrise mathématique plutôt modeste, 608 529-558 000 = 50 529 et non 91 522 tonnes…
 
Il y a beaucoup plus à dire, mais on s’arrête là pour aujourd’hui.
 
La Rédaction

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