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Amar Deerpalsing, président de la Small & Medium Enterprises Federation: «Pourquoi les entrepreneurs mauriciens n’ont-ils pas les mêmes avantages que les étrangers ?»
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Amar Deerpalsing, président de la Small & Medium Enterprises Federation: «Pourquoi les entrepreneurs mauriciens n’ont-ils pas les mêmes avantages que les étrangers ?»
Amar Deerpalsing est le président de l’association des Petites et moyennes entreprises, secteur qui est plus que jamais d’actualité. Il évoque la reprise de Courts, qui relancera les activités de nombre de PME et met en exergue les principaux problèmes auxquels les entrepreneurs font face aujourd’hui.
■ David Isaacs est l’homme qui a révolutionné le crédit à Maurice. La reprise de courts par un consortium mené par cet homme d’affaires évoque quoi pour vous ? Un passé recomposé ou le deuxième miracle économique ?
Le choix des employés a été assez clair sur cette question, leur préférence s’était portée sur ce consortium depuis le début. D’un autre côté, les fournisseurs ont fait le même choix, mais pour des raisons différentes. La raison principale est que seul David Isaacs a fait une déclaration publique en ce qui concerne les fournisseurs locaux. Il nous a assuré que 80 % de son approvisionnement en matière de mobilier se fera auprès des fournisseurs locaux.
Courts Asia n’a fait aucun commentaire à ce sujet, et de ce fait, nous, les fournisseurs, étions dans le flou. Est-ce qu’ils allaient faire appel à nous, ou allaient-ils importer leurs meubles? Nous n’en savions rien. De plus, plusieurs des fournisseurs ont déjà travaillé avec David Isaacs pendant très longtemps, certains étant des fournisseurs dès le départ. Ils connaissent déjà la personne, ses méthodes de travail.
Pour en revenir à la question, Courts représente 25 % du marché de l’ameublement et de l’électroménager. C’est une enseigne très importante qui a toujours évolué, et qui sera appelée à se développer davantage. Donc, on ne peut pas parler du passé. Au contraire, c’est le futur du marché qui s’annonce.
■ Et ce futur concerne-t-il aussi les PME ? Connaîtront-elles une évolution à travers cette reprise ?
L’évolution des PME est perpétuelle. La compétition globale veut que toute activité subisse des pressions de plus en plus fortes, et cette pression force à évoluer. Les PME n’en sont pas exemptes. Pour continuer à garder une part de marché, il faut s’assurer que le produit est compétitif. Il faudra s’adapter au nouveau marché, avec cette reprise, si nous voulons rester dans le coup.
■ Qu’en est-il des nouveaux secteurs ? Verrons-nous leur émergence?
Tout dépendra du temps que mettra Courts à retrouver sa vitesse de croisière. Comme vous avez dû le constater, aujourd’hui, les magasins sont vraiment une scène de désolation. Un showroom avec uniquement des supports pour téléviseurs sur les murs n’est pas très joyeux. Il y a une démotivation et une crainte des employés qui n’arrangent pas l’affaire.
Depuis le début de l’année, les fournisseurs sont en panne car leur principal client est en difficulté. Donc, combien de temps l’enseigne Courts prendra-t-elle pour reconstruire la confiance chez les clients, combien de temps prendront-ils pour remplir les magasins et leurs entrepôts. Tous ces facteurs seront déterminants quant à l’émergence de nouveaux secteurs.
Courts, dans un passé récent, favorisait davantage l’importation que la production locale. Par exemple, dans le passé, la proportion était de 80 % de production locale mais récemment, ce chiffre était tombé à 50 %, soit, Rs 200 millions. Selon le discours de David Isaacs, la tendance va s’inverser, ce qui va représenter davantage d’opportunités pour le secteur.
De plus, Courts n’est pas qu’un magasin de meubles. Ils sont actifs dans beaucoup d’autres secteurs. Il faudra s’attendre à une diversification, mais il est trop tôt pour dire quels secteurs. Il faudra attendre de voir la direction que prendra le nouveau management.
■ Parlons des PME. Dans le Budget figurait une série de mesures par rapport aux PME. Où en est la situation aujourd’hui ?
Le ministre avait annoncé trois mesures phares, à savoir, une one-stop-shop par rapport aux démarches administratives, le young entrepreneurship avec une batterie de décisions afin que les jeunes s’intéressent à l’entrepreneuriat et le SME Bank. Pour l’instant, aucune de ces trois mesures n’a été mise en place, alors que cela devrait être un tremplin pour relancer le pays vers des bases plus élevées.
Revenons en arrière. Ces dernières années, les PME ont connu un développement très faible. Cela tournait autour de 3 %. Ils voulaient une croissance bien plus élevée, d’où les annonces. Le but était de faire de nous un pays à hauts revenus. Tous les calculs démontraient qu’on avait besoin d’une croissance de plus de 5 %. Pour y arriver, il faut des investissements. Or, nous savons que la NDU n’avait pas les fonds pour travailler, et que le secteur de la construction est en berne. Les gros projets du gouvernement sont au point mort.
Depuis la présentation du Budget, il n’y a pas eu d’augmentation dans les investissements, et cela est dû au climat instable qui règne en ce moment. Les entrepreneurs attendent toujours le retour d’un climat serein pour se développer. Pas moins de Rs 15 milliards se sont évaporées de la Bourse, les étrangers investissent nettement moins. Il faut noter que la présence des étrangers dans le pays n’est pas importante que pour des raisons économiques. Ils apportent un savoir-faire et une méthode de travail et les entrepreneurs en bénéficiaient.
À côté de cela, le chômage est en augmentation. Les entreprises gouvernementales sont en train de s’essouffler, ce qui n’arrange pas les choses. De plus en plus de compagnies sont en difficulté et sont sous administration. Le gouvernement tarde à envoyer le signal, et la confiance exprimée par la classe des entrepreneurs après le discours du Budget n’est plus là.
Avec les événements, le Budget a été relégué au second plan, ce qui n’est pas salutaire pour le pays. Nous ne sommes pas au bout du tunnel, et le retard dans l’implémentation de ces mesures n’aide pas à redresser la situation. 44 % des PME sont actuellement inactives. Nous sommes loin d’être au point où les PME seront l’épine dorsale du gouvernement.
■ Mais c’est un des rêves de Vishnu Lutchmeenaraidoo…
Le climat n’est pas propice à lancer une affaire. La MRA récolte Rs 1,5 milliard de roupies en moins sur la TVA par mois. Cela représente un ralentissement dans la consommation de Rs 10 milliards par mois environ. Cela est inquiétant, car il y a plus d’argent en circulation. 185 000 personnes ont eu une augmentation de Rs 1 400, et 600 000 personnes ont eu une augmentation de Rs 600. Rajoutons à cela tous les clients de la Super Cash Back Gold qui ont été payés, et nous avons des milliards en plus qui sont disponibles, sauf que les gens ne dépensent plus pour des raisons inconnues. D’où le fait que les déclarations du gouverneur de la Banque de Maurice disant que les Mauriciens dépensent trop et mal me semblent bizarres, car tout prouve qu’il n’y a pas de dépenses. Tout ceci montre que la population a peur pour l’avenir. Pas de dépenses et pas d’investissement. Peut-être que la mise en place des mesures va rebooster le secteur des PME et les aider à atteindre un nouveau palier de développement.
Nous arrivons à saturation, il ne reste plus d’espace pour les nouveaux acteurs. Il faudrait un encadrement pour les entrepreneurs pour les guider vers des secteurs d’avenir, et c’est loin d’être le cas. En marge, il nous faut des plans viables. Prenez l’industrie du textile. Aujourd’hui, cela dépend essentiellement de la main d’oeuvre étrangère. Ces emplois dépendent à leur tour de la politique de gouvernement en place. Si demain, on se retrouve avec une politique de non-tolérance, cette industrie sera appelée à disparaître. Mais même ce plan est aléatoire.
Au départ, nous avions une main-d’oeuvre chinoise et indienne, mais en raison des développements dans leurs pays, ils ne viennent plus ici pour travailler. Nous nous retrouvons avec de plus en plus de Malgaches. Si demain le Madagascar retrouve sa stabilité politique, nous faisons quoi ? Nous sommes un pays avec peu de ressources mais avec de la main-d’oeuvre. C’est cela qu’il faut exploiter.
■ Comment exploiter la main-d’oeuvre plus que nous ne le faisons actuellement ?
Il y a un fait que personne n’a jamais compris, et c’est l’aide que le gouvernement donne aux étrangers. C’est bien en soi, mais pourquoi les entrepreneurs n’ont-ils pas ces mêmes avantages ? À Jin Fei, plusieurs centaines d’arpents ont été donnés à des promoteurs. Si les entrepreneurs mauriciens avaient eu ce même avantage, cela aurait apporté pas mal de développement et de richesse au pays.
Il faut aussi penser à la délocalisation. J’ai parlé de main-d’oeuvre étrangère. Mais si l’entrepreneur va les embaucher dans leur pays d’origine, cela ne leur sera-t-il pas plus bénéfique ? L’entreprise sera nettement plus compétitive que si l’entreprise reste à Maurice.
Nous utilisons notre savoir-faire hors du sol mauricien, et cela va indéniablement augmenter le savoir-faire local. Ce sera un nivellement par le haut. Ce plan est possible.
Nous sommes à côté de l’Afrique, mais personne n’a pensé à exploiter cet avantage. Le peu d’implantation que nous essayons de faire, c’est en Afrique de l’Ouest, une partie du continent avec laquelle les liaisons aériennes et maritimes ne sont pas au point. Il serait plus judicieux de se concentrer sur la partie accessible pour commencer.
■ Finissons par la question qui fâche : la SME Bank…
Je suis assez radical sur la question. Aujourd’hui, nous avons une multitude d’organismes censés accompagner les PME, alors qu’aucun d’eux ne fonctionne correctement. Le dernier en date est le National Productivity and Competitiveness Council et paradoxalement, c’est le moins productif.
J’ai bien peur que la one-stop- shop dont avait parlé leministre ne soit qu’un arrêt de plus sur le parcours du combattant. Au lieu de rajouter des projets, il faudrait faire table rase de tout ce qui existe et concevoir un nouveau plan sur le mode du Board of Investment. Un étranger qui veut venir à Maurice a tous les renseignements et les services dans un même endroit, et pour les PME, il faudrait le même modèle.
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