Publicité

Le certificat de caractère, un boulet, selon des ex-détenus

18 janvier 2015, 08:30

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Le certificat de caractère, un boulet, selon des ex-détenus

Dix ans. C’est le temps qu’il faut attendre pour que les délits commis ne figurent plus sur le certificat de caractère, document remplaçant le certificat de moralité. En attendant, de nombreux anciens détenus peinent à trouver un travail, car dès qu’un employeur apprend qu’un délit, même mineur, a été commis les portes se ferment.

 

Les choses s’apprêtent-elles à changer? L’alliance Lepep avait indiqué, dans son manifeste électoral, que «le certificat de moralité sera revu pour enlever les délits mineurs au bout d’un an afin de faciliter le recrutement et la réinsertion des ex-détenus». Nous avons tenté de joindre Ravi Yerrigadoo, l’Attorney General, concernant la mise en oeuvre de cette mesure, en vain.

 

«Mo kapav inn fer erer dan mo lavi me donn mwa enn sans sanze. Monn fini pay mo det. Donn mwa enn sans rebatir mo lavi dernie ler…» lance Jovani, 35 ans, un ancien détenu. Il peine à joindre les deux bouts. Le trentenaire, qui vit à l’étage de la maison héritée de ses parents, n’a pas d’eau et d’électricité car il ne peut payer les factures.

 

Il gagne sa vie en nettoyant des cours ou en cueillant des fruits. «Parfwa ou al rod enn ti bouse manze ar fami. Zot done me apre zot reprose. Prefer debrouye par ou mem», dit-il.

 

Les portes se ferment les unes après les autres

 

Jovani n’a pas toujours connu cette vie là. Cet habitant d’une banlieue de la capitale, marié et père de famille, a une formation de mécanicien. Il a appris le métier de son père. Jovani et son frère, avec qui il est à couteaux tirés depuis la disparition de leurs parents, avaient l’habitude de  travailler ensemble et de «kal moter lor loto».

 

Les ennuis avec la police commencent en 1998. Alors qu’il achète deux «pouliahs» de gandia dans la rue - Jovani fume depuis l’âge de 13 ans -, des policiers de l’Anti-Drug and Smuggling Unit l’appréhendent. Il est condamné à trois mois de prison. Après trois semaines au centre pénitentiaire de Beau-Bassin, il est envoyé à la prison ouverte de Petit Verger. Là-bas, il travaille «lor masinn kas ros». Tous les vendredis, il reçoit son salaire sous forme de 19 cigarettes, qu’il troque souvent contre des «Billy», une cigarette de gandia. 

 

Lorsqu’il sort de prison, il cherche un emploi, frappe aux portes de plusieurs concessionnaires de voitures ayant des ateliers de réparation. Mais à chaque fois, on lui demande de présenter son certificat de caractère. «Kouma zot pou trouve ki monn kondane pou konsomasion gandia, zot pa pou pran mwa.»

 

Il va voir un fabricant d’eaux de toilette et la chance lui sourit. Il travaille 15 jours jusqu’à ce qu’un des employés ait vent de ses déboires judiciaires et n’aille le dénoncer auprès de la direction. «Le patron m’a appelé et m’a demandé d’apporter mon certificat de caractère. Lorsque j’ai confirmé que j’avais eu des démêlés avec la police pour drogue, il m’a immédiatement remercié en me payant pour mes 15 jours de travail.» 

 

«Monn dekouraze...»

 

Presque au même moment, sa femme le quitte, emmenant leurs deux enfants avec elle.  Elle se remet en ménage avec une sexagénaire capable d’assurer leur avenir. «Il s’occupe bien de mes enfants. Dès que j’ai un petit billet, je leur achète des choses que je vais leur donner.»

 

Désespéré, Jovani se met à avoir de mauvaises fréquentations et à sniffer du Subutex. En 2002, des policiers de l’ADSU le fouillent à la gare du Nord. Ils trouvent du Subutex et il est condamné à verser une amende de Rs 2 500. Ce qui alourdit son certificat de caractère. «Monn dekouraze...»

 

Il est loin d’être le seul dans cette situation. Dhiren Moher, coordonnateur pour la communauté chez Prévention, Information et Lutte contre le SIDA fait ressortir que 6 600 anciens usagers de drogue sur méthadone sont concernés par le certificat de caractère, sans compter les anciens détenus pour d’autres délits. «On oublie que ces anciens usagers de drogue sur méthadone sont souvent en couple et que ce n’est pas seulement 6 600 personnes concernées mais plus de 12 200, sans compter leurs enfants. Ce sont autant de bouches à nourrir et qui souffrent de ce chômage contraint et forcé alors que ces personnes veulent pourtant prendre un nouveau départ», indique-t-il.

Publicité