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1954: un incendie détruit plusieurs commerces à Port-Louis
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1954: un incendie détruit plusieurs commerces à Port-Louis
L?île Maurice hippique est, bien sûr, au Champ de Mars, en ce samedi 18 septembre 1954. Pas question, évidemment, de rater la Coupe d?Or. La première course est le théâtre d?un regrettable incident. La jument de l?écurie Gujadhur, Devon Dellah, doit être abattue un furlong après le départ de la première course. La Coupe d?Or est ardemment disputée. Woolsack (écurie Rochecouste) veut prendre le commandement que lui dispute Dover Approach. Little Abner (écurie Clarenc, jockey Malavich) et Gold Sin (écurie Gujadhur, jockey Pearse) veillent à ne pas être distancés. Après le dernier virage, Gold Sin parvient à dépasser Woolsack mais Little Abner se met en action et l?emporte d?une demi-longueur. Mais déjà la foule est au courant qu?un grave incendie vient d?éclater dans le quadrilatère, formé par les rues Royale, La Paix, (aujourd?hui Seeneevassen), David et Arsenal.
Les courriers se succèdent aux tribunes du Mauritius Turf Club. Le premier requiert la présence de M. Gaston Joseph, chef-officier des pompes municipales. Le deuxième réclame celle du maire de Port-Louis, M. Victor Ducasse. Une dernière, enfin, fait appel à l?expertise et à l?autorité du commissaire de police M.N.P. Hadow. Les policiers, venus assister aux courses, sont dirigés par Jacques Ribet sur les lieux de l?incendie. La gravité du sinistre ne fait plus de doute à personne. Les turfistes les plus enragés suivent même d?un regard distrait l?amélioration par Bay Adam du record des 10 furlongs, détenu conjointement par Enigmatique et Pretty Mollie, ou encore le duel opposant No Name et cette jument sur le Mile. Help ne leur est d?aucune utilité puisque c?est Paillole qui remporte finalement la course. De la Tente des Blagueurs sur la ? Montagne? de la colline Monneron, comme du Tombeau Malartic, on peut, en effet, apercevoir d?abord d?énormes volutes de fumée noire et, peu après, des flammes s?élevant très haut dans le ciel portlouisien.
Sur place, l?anxiété se lit sur les visages. Commerçants et riverains essayent de mettre en sûreté leurs effets les plus précieux. Un cordon de policier ne permet pas aux badauds de s?approcher du foyer de l?incendie. Les nouvelles commencent toutefois à circuler de bouche à oreille. L?incendie débute dans les locaux de la boulangerie Lee Chok Kan, vers 13h40, en ce samedi de courses. Seize minutes après, les pompes municipales en sont averties par un appel téléphonique. Le célébrissime avant-centre de la Fire Brigade et du XI mauricien, Régis Jean, dirige les opérations initiales en attendant l?arrivée de Gaston Joseph. A l?arrivée des deux premiers camions-citernes, les flammes atteignent déjà une hauteur respectable. Les camions-citernes se vident en une dizaine de minutes sans qu?on puisse circonscrire l?incendie. La pompe ? Escape ?, ajustée à la prise d?eau près du magasin Bhoyroo, entre alors en action. La pression d?eau est si faible qu?elle ne parvient pas à actionner la pompe. Régis Jean envoie chercher la ?Heavy Duty Pump? dont la pression est de 900 gallons à la minute. Elle arrive quelques minutes après sous les ordres de l?officier Finniss. Régis Jean l?installe dans la cour de l?Albion Dock dans le but d?utiliser l?eau de la rade. Cela prend des minutes interminables. L?incendie fait rage et devient de plus en plus violent. Les quolibets commencent à fuser de partout. La municipalité (celle de Port-Louis, la seule à exister à l?époque, les autres villes ? Vacoas-Phoenix non comprises ? n?ont droit qu?à des conseils urbains) rationne allègrement la fourniture d?eau mais, qu?un grave incendie éclate et la pression est toujours trop faible. Le maire Victor Ducasse est pris à partie par la foule des mécontents.
La pompe, installée à l?Albion Dock, permet, enfin, la mise en opération de six puissants jets d?eau. Deux d?entre eux essayent de sauver des flammes les demeures des familles Marcel Venpin et Raymond Lai Cheong. La pression d?eau s?améliorant, grâce à la fermeture de certaines vannes, la pompe ?Escape? entre de nouveau en action. Il est alors 14h40 et les flammes s?élèvent de partout.
Grâce aux dix jets en action, les pompiers, dont le courage fait l?admiration du public connaisseur présent, parviennent à contrôler graduellement l?ampleur des flammes. Ils réussissent aussi à protéger les immeubles voisins les plus menacés.
Au risque de se mettre à dos la corporation municipale, le commissaire de police, M. Hadow, prend sur lui pour faire appel aux pompiers gouvernementaux de Rose Hill (!) et de Piton. Ces derniers ne peuvent qu?aider leurs collègues portlouisiens. Jusqu?à fort tard dans la soirée, les pompiers présents s?emploient à éteindre le feu qui couve toujours sous les débris. Pompiers et policiers demeurent sur place pendant toute la nuit, prêts à toute éventualité. De l?avis de tous, ils ont été remarquables de courage et de bravoure. On ne peut guère leur reprocher le manque de pression d?eau au début des opérations et qui a grandement nui à leur efficacité. Cinq pompiers ont reçu des brûlures nécessitant leur hospitalisation. Il en a été de même pour M. Ah Sip, brûlé en essayant de sauver quelques effets. Le service d?ordre, dirigé par le surintendant Ribet et l?assistant-surintendant Poilly, est impeccable. Il n?y a rien à reprocher non plus aux policiers de la station Trou-Fanfaron et que dirige M. Delmage.
L?incendie serait dû à une cheminée encrassée de la boulangerie Lee Chok Kan. Les dommages sont estimés par pompiers et policiers à Rs 250 000-Rs 300 000. Parmi les entreprises affectées par cet incendie, se trouvent la cordonnerie Wong Lee Ah Kong, la boulangerie Lai Chan, la quincaillerie bien achalandée Ayoob Sheriff, l?atelier de réparation de bicyclettes Azize Ramian, l?entrepôt de bouteilles et de chopines vides de M. Abdool Latiff Chummun, le magasin ?Les Galeries Réunies? de M. Ng Thow Hing, le restaurant Royal Pakistan Hotel de Goolam Rassool Maudarbaccus. La liste des propriétaires et locataires, habitant sur place et appartenant aux principales communauté ethniques de l?île, est trop longue pour être rappelée ici. Ils ont pratiquement tout perdu dans ce sinistre et la majorité d?entre eux ne sont pas assurés. Tel n?est pas le cas pour les principaux opérateurs commerciaux et industriels affectés par cet incendie.
Ce dernier est le second à affecter la population portlouisienne en une dizaine de jours. Dans la nuit des 10 et 11 septembre 1979 le feu détruit complètement l?immeuble appartenant à M. Mahmoud Nahaboo, à l?angle des rues Magon et Pamplemousses à la Plaine-Verte. L?immeuble abrite la boutique de M. Georges Pierre How King Kam, deux salons de coiffure, une salle de blanchissage et une tabagie. Là encore, la pression d?eau insuffisante ne permet pas aux pompiers municipaux de sauver l?immeuble sinistré. L?alerte est donnée à 23h35. Faute d?eau, les bouches étant à sec, les pompiers doivent avoir recours à l?eau des réservoirs ?de guerre? (?) des rues Turtle, Bénarès, Magon, Ail Doré. La municipalité vient pourtant de dépenser deux millions de roupies dans la construction de deux réservoirs.
Il était prévu que l?équipe de football de la Fire Brigade se rende à Saint-Denis dans la matinée du dimanche 19 septembre. La presse de l?époque ne souffle mot de la suite donné à ce projet, contrarié par l?incendie de la rue Royale. Sont annoncés pour faire partie de ce voyage, le maire Victor Ducasse, Gaston Joseph, le sous-officier des pompes Georges Saint-Mart, Harold Glover et Harry Latour, respectivement président et secrétaire de la MSA (Mauritius Sports Association) et les joueurs suivants : G. Issac, S. Patel, R. Jean, J.E. Favory, R. Vacher, D. Raman, L. Betsy, France Martin, L. Raymond, D. Guého, R. Pierrus, R. Pascal, H. Philipps, L. Pillay et T. Patel. (Qui se souvient encore de ces joueurs d?antan dont les noms étaient alors sur les lèvres de tous les amateurs du ballon rond ?) A l?île s?ur, les pompiers-footballeurs devaient être opposés aux équipes réunionnaises de la Tamponaise, de la Patriote, de la Royal Star et de la Saint-Pierroise).
Décès de Mme Guy Rozemont
Ce mois de septembre 1954 voit le décès, après une brève maladie, d?Elsie Commins, l?épouse de Guy Rozemont. Son père, Walter Commins, est, pendant 18 ans, administrateur d?établissement aux Chagos. Il est successivement en poste à Six Iles, à Salomon, à Diego Garcia. Il connaît la mésaventure de recevoir le plus cordialement possible le commandant von Müller et l?équipage du croiseur allemand ?Emden? sans savoir que la Première Guerre mondiale a commencé et que l?Allemagne est en guerre contre le Royaume-Uni et l?empire britannique. Von Müller le prend en traître, il est vrai. Surpris par la cordialité de l?accueil reçu dans une île faisant partie du territoire colonial anglais, il s?arrange pour parler de choses et d?autres sur le ton le plus convivial possible avec son hôte, M. Walter Commins, dont les hommes s?activent pour lui fournir légumes et fruits frais. Il lui demande soudain s?il est informé du décès du pape Pie X. Les Commins lui répondent négativement. Müller se rend alors compte qu?ils ignorent tout du début des hostilités. Il ordonne à ses hommes le silence absolu au sujet des hostilités et leur escale à Diego Garcia se poursuit sous les auspices les plus pacifiques possibles. Un navire anglais arrive quelques jours après et informe la population de Diego Garcia des circonstances ayant entraîné le début des hostilités.
C?est en septembre 1946 qu?Elsie Commins épouse Guy Rozemont, le fils d?Anatole Rozemont, un employé d?Ireland Fraser et de Joséphine Marthe Danré. Guy, né le 15 novembre 1915, se rend célèbre en janvier 1940 quand il offre au Dr Maurice Curé d?être son témoin dans le procès en diffamation que le fondateur du Parti Travailliste intente alors à Radio-Maurice, pour la diffusion d?un séga le ridiculisant et insinuant qu?il s?est approprié frauduleusement d?un fonds de bienfaisance destiné au bien-être des ouvriers-contributeurs. Il devient par la suite le bras droit du Dr Curé et d?Emmanuel Anquetil et un des orateurs les plus populaires de la classe politique d?alors.
Elsie Commins s?amourache du jeune leader charismatique à l?insu de ses parents et de sa famille. Grand est le choc pour eux quand il apprennent son projet de mariage à la chapelle Saint-Ignace, à Rose-Hill. Elle souffre énormément du fait que plusieurs parents et amis cessent alors de la fréquenter en raison de son amour pour un leader politico-syndicaliste que le grand capital et la grande bourgeoisie considèrent comme son ennemi No 1, depuis le décès prématuré d?Emmanuel Anquetil.
Edward Duyker, dans son livre ?Mauritian Heritage, an Anthology of the Lionnet, Commins and related Families? affirme que, bien qu?ostracisée par certains, Elsie est heureuse durant toute sa vie conjugale avec son cher Guy. Il est plein de tendresse pour elle, en dépit des rumeurs malveillantes circulant sur le compte de ce couple quelque peu révolutionnaire mais très populaire, surtout quand Guy fait son entrée, lors des meetings politiques, en offrant le bras à sa charmante épouse, que la foule applaudit à tout rompre et ovationne.
Elsie Commins succombe à une thrombose le vendredi 17 septembre 1954 à son domicile, rue Mascareignes, Beau-Bassin. Ses funérailles ont lieu le lendemain à l?église paroissiale Sacré-C?ur. L?inhumation a lieu au cimetière Saint-Jean.
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