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11-septembre : La peur permanente

11 septembre 2006, 00:00

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Cinq ans après le 11 septembre 2001, le monde n?est pas plus sûr et Al-Qaida n?a pas atteint ses objectifs politiques et religieux. La ?guerre? contre le terrorisme a, quant à elle, fait d?innombrables victimes. Des milliers de morts et des libertés sacrifiées, un peu partout dans le monde, à la faveur de l?instauration d?un climat de peur généralisée et d?une demande de sécurité.

?L?humanité a désormais l?impression de vivre dans un état d?insécurité permanente, où dominent la peur de la mort violente et celle d?une vie qui serait pénible, brutale et brève, expliquait le politologue Pierre Hassner, dès 2003. Il s?agit donc, pour éliminer la peur de l?autre ? en l?espèce un autre mystérieux, multiforme et plus ou moins anonyme ? de prendre d?autres risques et de donner naissance à d?autres peurs : le risque d?atteintes à la liberté individuelle et la peur de la violence venant de ceux-là mêmes, Etat ou empire, que nous avons chargés de nous protéger?.

Cette prophétie s?est réalisée et a balayé les mises en garde de Kofi Annan, le secrétaire général de l?Onu, et quelques autres, qui soulignèrent que les législations et les actions terroristes se devaient d?être compatibles avec les droits de l?homme et les principes démocratiques, afin d?assurer le succès même de la lutte contre les auteurs d?attentats. ?Déroger à ces valeurs pour combattre ceux qui cherchent précisément à les détruire reviendrait à leur prêter main-forte et à les conforter dans leur aversion des normes universelles qui fondent l?organisation de nos sociétés?, écrivait la Fédération internationale des droits de l?homme (FIDH) en octobre 2005.

Les actes apocalyptiques des hommes du 11-septembre et de leurs émules n?auront rien changé à la condition de ceux qu?ils voulaient prétendument servir. Ils ont, en revanche, conforté tous ceux qui affirmaient, avant même les attaques d?Al-Qaida, que l?idéal des sociétés modernes ne pouvait plus être la liberté, mais la sécurité. Certes, l?Europe continue de vouloir jouer une partition moins manichéenne que celle qui, à Washington, prône la destruction du ?Mal? par le ?Bien? et célèbre Theodore Roosevelt, celui qui expliquait que ?si l?on ne conserve pas les vertus barbares, acquérir les vertus civilisées ne servira à rien?.

Il reste qu?en Europe également des décisions prises souvent sous le coup de l?émotion ont favorisé une remise en cause rapide des notions de détention, d?arrestation, de procès équitable, ou encore des garanties liées au respect de la vie privée. Dans plusieurs Etats de l?Union européenne, les droits liés à l?extradition ou ceux des migrants et des réfugiés ont également été revus, laissant parfois supposer que certains dirigeants, au-delà de leurs discours policés, se rallient aux thèses d?un conflit généralisé entre un Occident menacé et un Islam conquérant.

Jean-Pierre STROOBANTS © Le Monde 2006. Distribué par The New York Times Syndicate

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