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“Réformer les institutions pour une économie plus compétitive”
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“Réformer les institutions pour une économie plus compétitive”
● <B> Comment réagissez-vous au changement de régime qui découle des récentes élections générales ? </B>
Je crois qu’on est maintenant habitué au changement et à l’alternance. L’alternance a joué au cours des quatre dernières consultations populaires. Il faut donc s’y attendre. Le changement de gouvernement n’est pas une mauvaise chose en soi.
● <B>Le secteur privé nourrit-il des appréhensions par rapport à l’accession au pouvoir de l’Alliance sociale qui a durant sa campagne électorale critiqué le “grand capital” et la concentration du pouvoir économique ? </B>
Je ne pense pas que le secteur privé doit s’inquiéter. Au niveau des grandes orientations économiques du pays, je crois que nous n’avons pas vraiment d’options. Le pays a depuis longtemps choisi une orientation de marché libéral tourné vers l’extérieur. Les manifestes électoraux publiés par les deux principaux blocs politiques ne remettent pas en cause cette orientation.
Maurice a des institutions et une culture démocratique solide. D’ailleurs Navin Ramgoolam a fait référence lundi soir dans son discours au respect des institutions et du cadre légal.
● <B>Selon vous, quelle devrait être la priorité du gouvernement sur le plan économique ? </B>
Quand on analyse la situation actuelle, on se rend vite compte que les défis sont nombreux et importants. Le Joint Economic Council (JEC) a publié un document qui identifie certaines actions prioritaires pour jeter les bases d’une économie plus compétitive. Il est essentiel d’agir au niveau des institutions, des organes de régulation et promouvoir la bonne gouvernance.
Il est effectivement crucial d’avoir en place des institutions fortes et performantes. Malheureusement, il y a à Maurice une dichotomie entre les secteurs public et privé.
Le secteur public a certes des compétences comme il vient de le prouver avec l’organisation impeccable des élections générales. Il est dommage qu’on arrive pas toujours à utiliser ces compétences de manière optimale dans d’autres domaines comme pour le développement économique, par exemple. Il y a des blocages.
L’amélioration de la qualité et de la performance des institutions est une des tâches importantes qui attendent le gouvernement.
Il faut encourager un échange de compétences entre le public et le privé. A l’avenir, le degré de compréhension par le secteur public des défis auxquels est confronté le secteur privé sera un élément déterminant. Le secteur public doit agir davantage comme un facilitateur plutôt qu’un régulateur. Si le gouvernement peut s’atteler rapidement à cette réforme des institutions publiques, ce sera un signal très fort.
Par ailleurs, les organismes de régulation doivent devenir plus performants et perçus comme étant indépendants et crédibles. Il faut mettre les meilleures compétences à la tête de ces organismes mais aussi à la tête de toutes les institutions publiques et parapubliques.
Le National Committee on Corporate Governance travaille actuellement sur un code de bonne gouvernance pour le secteur public qui touchera d’ailleurs à l’aspect des nominations dans les institutions publiques et parapubliques.
Au niveau du secteur privé, il existe déjà un code de bonne gouvernance qui prône la méritocratie et l’égalité des chances.
● <B>La réforme des institutions et la promotion de la bonne gouvernance sont des chantiers de longue haleine. Quels sont les dossiers les plus urgents ? </B>
Le sucre mérite certainement une attention immédiate. C’est le secteur qui est confronté au défi le plus important et en plus, le temps lui est compté. Les discussions à Bruxelles vont reprendre dès la semaine prochaine et une décision concernant la réforme du régime sucrier pourrait être prise avant la fin d’octobre.
L’industrie sucrière dans son état actuel ne pourra survivre à une baisse de 39 % du prix du sucre. Il y avait jusqu’ici un pacte social qui consistait à partager la prime politique du prix avantageux que Maurice recevait avec toutes les parties prenantes, usiniers, planteurs, laboureurs et l’état à travers les differents arrangements speciaux qui caractérisent l’industrie sucrière.
Aujourd’hui cette prime va être significativement réduite. Il faudra trouver un nouveau pacte basé sur des considérations économiques. Chaque stakeholder devra se réinventer. Dans cette nouvelle industrie de la canne qui inclura de nouveaux composants tels l’éthanol et un poids plus important pour l’énergie électrique, il faudra trouver une nouvelle manière pour redistribuer les retombées économiques de ce secteur. Le gouvernement aura un rôle très important à jouer pour trouver ce nouvel équilibre au sein de la filière.
● <B>Le sucre est menacé et le textile ne l’est pas moins…</B>
Je crois que nous avons déjà enregistré les effets les plus négatifs de l’abolition des quotas. Les industriels qui voulaient se repositionner en Asie, sont partis et ceux qui restent – majoritairement des locaux – auront à faire face aux nouvelles réalités.
L’industrie du textile-habillement a encore un avenir. Pour cela toutefois, il faudra que les opérateurs, grands et petits, se concentrent davantage sur la dimension “services” de leur produit. La rapidité, la flexibilité, l’intégration dans la supply chain du client sont des notions qui peuvent permettre de faire la différence.
Dans ce contexte, le plus grand désavantage de l’industrie textile-habillement de Maurice n’est pas le coût de production mais notre éloignement de nos principaux marchés. Si nous étions à un jour de camion de nos marchés, notre industrie serait florissante car nous sommes compétitifs.
Il faut faire preuve d’imagination pour trouver les moyens de réduire le coût du fret aérien avec la collaboration d’Air Mauritius et du gouvernement. Si on veut aider le textile rapidement, la réduction du fret aérien aura un impact immédiat.
Parallèlement, nous devons continuer à investir dans les nouvelles technologies et dans la modernisation de nos outils de production.
● <B>Les industriels se plaignent toujours de ne pas avoir accès au financement pour réussir la modernisation et la restructuration de leurs entreprises…</B>
Malgré les divers fonds créés, les conditions bien souvent n’ont pas été suffisamment intéressantes. Si on veut vraiment aider l’industrie, le gouvernement doit “go out of its way”. Dans de nombreux pays, le gouvernement adoptent comme politique d’aider les industries qu’il juge importantes et prioritaires. C’est évidemment aussi une question de ressources. Le nouveau ministre des Finances et le nouveau titulaire du porte-feuille de l’Industrie devront analyser la marge de manœuvre dont le gouvernement dispose.
● <B>Le gouvernement sortant a accordé beaucoup d’importance à l’industrie touristique. L’Alliance sociale qui sera aux affaires prochainement mise également beaucoup sur ce secteur. Pourtant, on bute toujours sur la question de l’ouverture de l’accès aérien …</B>
Le tourisme est le seul secteur où il n’y a pas le risque de perdre un quelconque accès préférentiel. C’est un secteur porteur qui a attiré énormément d’investissements et a généré et peut encore générer beaucoup d’emplois. C’est aussi un secteur qui a un effet multiplicateur important dans l’économie.
Mais il faut une politique de développement claire pour qu’il réalise tout son potentiel. Le JEC a toujours dit qu’il faut régler la question importante de l’accès aérien.
On ne peut pas gérer le processus d’ouverture de l’accès aérien avec une approche micro-économique. Il y a ceux qui prônent une approche prudente et qui recommandent d’augmenter la capacité en termes de sièges quand la demande se fera sentir.
Nous disons qu’il faut une capacité suffisante de sièges et à un prix abordable pour remplir les chambres d’hôtels. Il faut que la capacité existe pour que la demande se fasse sentir. Il y a donc des investissements à faire de manière proactive pour ne pas nous retrouver dans une situation où nous ne pourrons répondre à la demande.
L’Air Access Policy Unit doit rapidement se mettre au travail pour mettre en application le rapport des consultants de Naco sur cette question. Les intérêts des différents stakeholders n’étant pas tous alignés, il faut que l’Air Access Policy Unit tranche et fasse des recommandations.
Cette unité est appelée à jouer un rôle aussi important que celui joué par l’Information and Communication Technologies Authority (ICTA). Sans l’ICTA, il n’y aurait pas eu de libéralisation des télécommunications.
● <B>Outre la question de l’accès aérien, la promotion est également un aspect important…</B>
Certainement. Il y a eu des efforts qui ont été faits pour allouer des fonds additionnels au marketing mais il faut aussi agir rapidement et dans les temps. Si on perd un mois avant de lancer une campagne, c’est peut-être toute une saison qui est compromise.
Mais associé au tourisme, il y a tout un hospitality industry cluster qui peut être développé. Les services médicaux spécialisés, l’éducation, le commerce, le shopping hors taxes sont autant d’activités qui sont liées au tourisme.
● <B> Dans son programme gouvernemental, l’Alliance sociale a annoncé son intention de réviser le concept de l’Integrated Resort Scheme (IRS). Qu’en pensez-vous ? </B>
Les projets d’IRS exigent des investissements énormes. Les promoteurs aimeraient opérer dans un environnement clair où les règles du jeu ont été définies. Les remettre en question peut avoir un impact négatif sur ces projets.
Le gouvernement est parfaitement autorisé à réviser le concept de l’IRS mais qu’il le fasse vite. J’ajouterais que le concept fait partie du pacte économique pour l’industrie sucrière. Cela va donc au-delà du tourisme et du développement foncier.
● <B>Avec les difficultés auxquelles sont confrontés les principaux piliers de l’économie, le problème de l’emploi et du chômage reste entier…</B>
Ce sera probablement le plus important défi pour le nouveau gouvernement comme il l’a été pour le gouvernement précédent. Les nouveaux secteurs économiques émergents génèrent moins d’emplois pour chaque roupie investie que la confection. Ce qui implique qu’il faudra investir encore plus pour y créer des emplois.
Par ailleurs, les compétences recherchées dans ces nouveaux secteurs sont différentes. Nous n’avons pas d’autres choix que de mettre en place les conditions générales pour attirer des investissements dans n’importe quel secteur et faire confiance aux entrepreneurs.
<I>Propos recueillis par</I> <B>Stéphane SAMINADEN</B>
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