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“Quand les mots deviennent des signes”

12 septembre 2004, 20:00

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On grandit comme on construit une phrase. En alignant les lettres les unes après les autres pour en faire des mots. En enchaînant les mots les uns aux autres comme une vaine tentative de s’inventer du sens. Du sens qui n’en est pas réellement. Ou qui est en surplus ou en manque. Parce que le mot juste, qui instaure un rapport d’adéquation entre le senti et le dire, n’existe pas vraiment. C’est en cela que Quand les mots deviennent des signes d’Elizabeth Delisse-Staub se laisse lire comme un long souffle nostalgique. C’est en cela que la parole du personnage principal, parole d’une femme à son enfant qui va adopter le “monde pour demeure”, est une longue déclinaison lancinante où se mêle l’envie de vivre, la peur de passer à côté du mot juste et la quête d’un bonheur toujours fuyant.

Quand on entreprend l’aventure des mots, on finit toujours par trouver ses limites. On part en guerre. On refuse de se laisser embrigader par les mots. Qui ne disent jamais tout à fait ce qu’on est, ce qu’on cherche à dire. C’est la hantise de l’écrivain. Si on n’apprivoise pas le langage, on finit pas se faire apprivoiser par lui. C’est le piège qu’évite Elizabeth Delisse-Staub. Parce qu’elle fait le choix de rester dans le ton, dans le dicible pour ne pas courir le risque de voir son personnage principal se dévier de sa mission d’incantation. Car, en ultime ressort, il s’agit bien de sentimentalisme où certains pourraient même entrevoir de la sensiblerie. Mais il n’en est rien. La parole de la mère est toujours innocente. Les mots de l’écrivain sont bien contraints de s’y laisser circonscrire pour mieux s’émanciper dans cet acte d’amour qu’est le lien qui unit une mère à son enfant. Ce sont ces non-dits qui disent tout le romantisme qui imprègne l’ouvrage d’Elizabeth Delisse-Staub.

Quand les mots deviennent des signes a été lancé le jeudi 9 septembre en présence de l’ambassadeur de France Henri Vignal.

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