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“Pour d’autres opérateurs dans la grande distribution”

22 mai 2007, 20:00

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● <B>Comment situez-vous l’avènement prochain du “Competition Bill” dans le contexte des réformes économiques ?</B>

Le Competition Bill se situe dans la démarche de changement sociétal promis par l’Alliance sociale. Cette loi a pour objectif de créer des conditions pour favoriser la concurrence dans l’environnement des affaires et pour stimuler l’émergence d’un nombre optimal d’entrepreneurs.

Cette législation touche tous les grands secteurs de l’économie, dont la distribution au détail. Il peut y avoir des concentrations à ce niveau de la chaîne logistique qui soient néfastes aux consommateurs et aussi aux producteurs et fournisseurs. La Commission pour la démocratisation de l’économie a fait de suggestions dans le sens d’une meilleure réglementation du commerce de détail.

Dans n’importe quel cas de figure, lorsqu’une société ou un groupe de sociétés détient une part trop importante du marché, il peut y avoir des distorsions.

● <B>Quels sont les critères qui seront utilisés pour réglementer les parts de marché des opérateurs ?</B>

La loi va préconiser des limites aux parts de marché occupés. Je dois préciser que les critères ne s’appliquent pas aux produits ou aux marques. Nous n’estimons pas que les parts de marché d’un produit ou d’une marque soit le fait d’un monopole. Très souvent, ce sont les efforts de marketing qui font le succès d’un produit. La loi ne vient nullement remettre cela en question.

Les limites vont au fait frapper l’espace physique (floor space) et géographique qu’occupent les grands magasins de distribution. Il est généralement admis que ce genre de situation se mesure en termes d’espace physique occupé par une chaîne de supermarchés ou des chaînes alliées en pourcentage de floor space total disponible dans le secteur.

À Maurice, l’espace qu’occupent les 47 supermarchés et hypermarchés (les petites épiceries ne sont pas incluses) représente quelque 54 000 mètres carrés. Shoprite, avec 5 150 mètres carrés de superficie fait 9,5 % du floor space du pays. Les 14 magasins Winners occupent 10 160 mètres carrés d’espace, soit 19 % du total national. Les deux hypermarchés Jumbo et la chaîne Spar qui appartiennent à la société Somags font au total 14 880 mètres carrés, soit 28 % du floor space du pays.

Winners et Shoprite sont liés par des actionnariats croisés et représentent, sous cet angle, 28,5 % de l’espace. D’autre part, nous savons qu’il y a des discussions entre Somags, Shoprite et Winners pour une alliance stratégique. Si ce projet se concrétise, nous allons nous retrouver avec une alliance de quatre chaînes qui va occuper 56 % du marché.

Il est très probable que cette alliance va créer des synergies et se retrouvera avec des parts de marchés supérieurs à 65 % en termes de valeur. Une telle situation est une menace pour les petits fournisseurs surtout si cette alliance a recours à un central d’achats pour s’approvisionner.

Les intérêts des consommateurs sont également lésés dans la mesure où un opérateur aussi dominant pourrait réduire la gamme des produits offerts aux consommateurs car il va privilégier les marques maison. C’est contre ce genre de danger que la loi sur la concurrence entend protéger le public.

● <B> De quel modèle vous êtes-vous inspiré pour faire ces propositions ?</B>

L’Union européenne a émis des directives strictes touchant à la réglementation de l’expansion des supermarchés et des hypermarchés. La France a été un des précurseurs de ce mouvement en faisant voter, il y a 35 ans de cela, une loi qui régit la distribution au détail en grand magasin.

La Commission européenne (CE) fixe le seuil maximal à 30 % les parts de marché calculés en termes d’espace physique que peut occuper une chaîne ou des chaînes associées.

La CE a aussi introduit le concept de dépendance économique des fournisseurs par rapport aux distributeurs. Cette dépendance se mesure à travers le taux de menace qui se définit comme le pourcentage du chiffre d’affaires réalisé avec un seul distributeur. La CE a retenu le taux moyen de 22 %.

Si un fournisseur fait plus que 22 % de son business avec un seul distributeur, il est en état de risque de dépendance économique. Cette menace est accentuée avec les fusions et les alliances stratégiques entre les supermarchés et les hypermarchés.

● <B>Pourquoi utiliser le critère d’espace physique alors qu’il existe d’autres paramètres de concentration de business ?</B>

La logique est claire. Si un magasin est en train d’agrandir son espace, cela voudrait dire qu’il veut élargir ses parts de marché. Il faut faire de la place pour d’autres opérateurs dans la distribution. L’objectif de la loi est de promouvoir une concurrence saine au profit d’un plus grand choix pour les consommateurs.

La commission a aussi proposé de mettre des limites aux espaces géographiques des hypermarchés et supermarchés. Ainsi, un groupe ou une alliance de magasins doit avoir un nombre limité de points de vente dans une région donnée. Il faut laisser l’espace aux autres.

Propos recueillis par</I> <B>Akilesh ROOPUN</B>

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