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“Les taux d’intérêt ont une incidence majeure sur la valeur d’une entreprise”

1 décembre 2004, 00:00

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●<B>Qu’est-ce qui explique la bonne performance du marché boursier ces temps-ci ?</B>

La prouesse de la Bourse locale est largement attribuable à l’intérêt exprimé par les investisseurs pour un environnement caractérisé par la bonne performance de certains titres. Plusieurs actions cotées ont enregistré des gains à doubles chiffres depuis le début de l’année, en termes de rendement total.

Le marché lui-même affiche un retour total de 16,06 % en dollars américains depuis début 2004.

Cette mouvance est encouragée par un intérêt manifesté par les investisseurs étrangers. En octobre 2004, ils ont placé au total un montant net de Rs 334,7 millions. La plupart des sociétés cotées bouclent leur année financière fin juin ou fin septembre. Plusieurs entreprises concernées ont réalisé de bons résultats.

Les actions représentent un meilleur placement que les banques. Une action peut s’accroître de 5 % en quelques semaines seulement.

Par contre, les taux réels sur les dépôts bancaires sont pratiquement au niveau zéro. Les titres sont aujourd’hui un substitut aux dépôts en banque.

●<B>Dans quelle mesure le marché pourra-t-il maintenir cette tendance à la hausse ? </B>

Il n’est pas très aisé de prévoir la tendance, dans la mesure où le marché boursier local n’opère pas dans un mécanisme conventionnel d’offre et de demande. Elle dépendra beaucoup de l’évolution du taux d’intérêt.

Il y a actuellement une spéculation sur une hausse du coût des crédits. Les investisseurs anticipent un taux supérieur et essayent de placer leur argent en Bourse afin d’éviter un loyer plus élevé par la suite.

La politique monétaire et fiscale influe également. De manière générale, quand les taux augmentent, on a tendance à prévoir une chute des prix des actions. Tel n’est pas nécessairement le cas. Il peut y avoir d’autres fondamentaux qui anéantissent l’effet négatif des taux d’intérêt.

Par ailleurs, même si les fondamentaux jouent contre la valeur des titres, les cours peuvent toujours grimper pour une période prolongée en raison de l’équation de l’offre et de la demande. Il ne faut donc pas arriver à des conclusions trop vite.

●<B>Des entreprises sont plus vulnérables aux fluctuations du coût du capital que d’autres…</B>

Il y a le real world impact des taux d’intérêt. Les taux élevés peuvent réduire la valeur d’une société dans la mesure où ils augmentent le coût de l’emprunt bancaire. Plus une compagnie dépend de la dette, plus elle est exposée aux hausses des taux. Les charges financières s’alourdissent et les revenus en font les frais.

Même si une compagnie n’emprunte pas, ses actionnaires peuvent s’endetter pour acheter des actions. Si le loyer de l’argent est élevé, il y aura moins d’appétit pour emprunter auprès d’une banque. C’est la raison pour laquelle des investisseurs préfèrent s’endetter pour s’acheter des actions maintenant. Ils évitent ainsi de payer les crédits plus cher plus tard.

Les taux d’intérêt peuvent influer autrement sur la valeur d’une société. Une clientèle touchée par une hausse du coût des crédits réduira sa consommation des produits de l’entreprise.

La valeur d’une compagnie est la valeur présente des revenus que celle-ci va générer dans le futur. Les revenus réalisables à l’avenir dépendent beaucoup des taux en cours.

Plus une entreprise tarde à réaliser des profits, plus elle est touchée par les taux. Les industries qui ne parviennent pas à avoir des revenus stables font face à plus de difficultés.

Les entreprises qui sont highly geared (celles qui ont un ratio élevé de dettes par rapport aux fonds propres) sont plus exposées aux fluctuations. Mais d’autres activités telles les banques et les assurances le sont également, en raison de la nature de leurs opérations.

Une hausse de 1 % dans les taux peut réduire la capitalisation d’une société de 15 %, en raison de l’effet multiplicateur. Les taux d’intérêt ont donc une incidence majeure sur la valeur d’une entreprise.

●<B>Quels sont les facteurs qui entrent en jeu dans l’investissement dans des places financières étrangères? </B>

La diversification aide beaucoup à réduire les risques de même que les phénomènes de hasard moral et d’adverse selection. Les risques liés aux taux de change sont un élément déterminant dans la décision d’investissement. Il faut identifier ces risques et prévoir des stratégies de couverture en conséquence.

Il y a aussi les taux d’intérêt et l’inflation en cours dans les marchés étrangers. Les autres fondamentaux économiques sont tout aussi importants. La diversification à l’échelle globale doit tenir compte de la structure du portefeuille, les primes pour les risques, le profil risque de l’investisseur et l’horizon de l’investissement. L’achat des actions est considéré comme étant un placement à court terme, tandis que les bons du Trésor sont des investissements qui ont des échéances plus longues.

Un portefeuille comprend des actions, des instruments de dettes et des placements dans des devises. Certains fonds investissent aussi dans d’autres fonds étrangers. Puisqu’il est très difficile de pénétrer le marché asiatique, un fonds mauricien peut investir dans un de ces fonds stratégiques qui sont sur place afin de profiter des opportunités disponibles.

●<B>Quels sont les marchés et les secteurs qui montrent un meilleur potentiel de rendement ? </B>

Les investisseurs étrangers montrent en ce moment un très grand intérêt pour des marchés comme l’Inde et la Chine. Ces deux pays se positionnent pour devenir les leaders mondiaux dans l’activité manufacturière. Cela attire beaucoup d’investissements directs étrangers en raison des retours élevés anticipés.

Sur un plan sectoriel, l’industrie pharmaceutique offre un potentiel de rendement très intéressant aux investisseurs. Les perspectives de croissance sont bonnes. L’activité manufacturière et même la technologie informatique affichent une certaine stagnation dans plusieurs marchés. Les pharmaceutiques ont une prime pour les risques moins élevée que l’informatique, les télécommunications et les biens de consommation courante.

●<B> L’économie mauricienne passe par une phase de restructuration. Sommes-nous sur la bonne voie ?</B>

La globalisation de l’économie exige que nous n’opérions plus sur la base des certitudes qui prévalaient il y a vingt ans. Les règles du jeu ne sont plus les mêmes. Il faut s’adapter à l’économie globale et aux principes de bonne gouvernance.

Pendant trop longtemps nous avons cru que les marchés protégés continueraient à exister indéfiniment ou que le niveau d’investissement privé domestique continuerait à augmenter.

Nous avons aussi pris l’habitude de penser que notre politique de taux de change restera un facteur décisif dans la compétitivité de l’économie.

Il faut absolument rehausser le niveau de technologie et investir dans une éducation de qualité qui puisse générer des compétences de bon niveau. Cela contribue à rendre le marché du travail plus flexible. Un montant de Rs 1 million investi dans le système éducatif aujourd’hui peut rapporter Rs 15 millions dans cinq ans.

●<B>Comment doit-on s’y prendre ? </B>

Il faut songer à ouvrir davantage le marché local à la concurrence étrangère. Le marché des capitaux doit être plus efficient. Trop de bureaucratie entrave encore le processus de financement des entreprises. Les projets doivent attendre avant d’être approuvés. Le Board of Investment a pris des mesures pour améliorer les choses, mais on ne pourra pas voir les résultats dans l’immédiat.

L’attitude de la fonction publique est primordiale. Elle doit adopter une approche beaucoup plus pro développement.

Nous avons un besoin urgent de concevoir de nouvelles politiques, tant sur le plan macroéconomique que sur le plan de la microéconomie, qui soient plus inspirées par les défis locaux et internationaux.

Les nouvelles bases devraient mieux nous armer pour affronter cette ère de la globalisation. Il incombe au gouvernement de veiller à ce qu’il y ait un consensus sur la nouvelle stratégie.

<I>“Le marché des capitaux doit être plus efficient. Trop de bureaucratie entrave encore le processus de financement des entreprises.”</I>

<I>Propos recueillis par Akilesh ROOPUN</I>

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