Publicité

“La croissance du ‘seafood hub’ se trouve hors du thon”

2 mars 2006, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

● Qu’est-ce qui pousse le CEO du plus grand groupe américain de produits de mer à participer à une conférence à Maurice sur le “seafood hub”?

Nous avons récemment conclu un partenariat avec Ireland Blyth Ltd (IBL) qui a construit une nouvelle usine de transformation de thon en longes, Thon des Mascareignes.

Bumble Bee est le plus important distributeur de produits de mer de marque déposée du continent Nord américain. La plupart de nos opérations sont centrées autour de l’océan Atlantique et celui du Pacifique. Jusqu’à présent, nous n’avions qu’une présence limitée dans l’océan Indien.

Avant que IBL ne construise son usine, nous avions l’habitude d’acheter de l’albacore (variété de thon) de Maurice que nous expédions ailleurs pour être transformé. Avec la nouvelle usine d’IBL, on peut maintenant transformer le poisson ici et envoyer des longes dans nos usines aux Etats-Unis pour être mises en conserves.

● L’albacore est le produit phare de Bumble Bee…

Oui. Pour ce qui est de l’albacore, nous sommes le n° 1 non seulement aux Etats-Unis mais dans le monde. Bumble Bee détient 46% de parts de marché pour l’albacore en boîte aux Etats-Unis et 55 % au Canada. Quand vous avez cette taille, il est crucial d’avoir accès aux matières premières. Pour nous, utiliser Maurice pour transformer le poisson est une meilleure solution en termes de coûts. La plupart du poisson que nous utilisons ici proviennent des bateaux taïwanais.

Cela fait des années que l’on débarque de l’albacore à Maurice, mais c’est la première fois que vous avez une usine capable de le transformer sur place. Avec tous les investissements que vous avez effectués dans l’infrastructure portuaire, les chambres froides et les usines de transformation, Maurice est une destination attrayante pour les palangriers.

● Quel volume de poisson confiez-vous à Thon des Mascareignes pour la transformation?

Nous avons commencé à travailler avec Thon des Mascareignes depuis septembre 2005. A ce jour, nous avons déjà exporté pour plus de $ 25 millions de poisson. Je pense qu’on a transformé entre 7000 et 8 000 tonnes d’albacore durant cette période.

Nous aimerions pouvoir traiter entre 10 000 et 12 000 tonnes d’albacore à Maurice, mais cela est tributaire du volume capturé. Tout dépend aussi de ce que les bateaux taïwanais veulent pêcher.

Mais si vous prenez en considération le fait qu’une tonne d’albacore vaut $ 2 500 la tonne, c’est intéressant pour les bateaux pêcheurs et aussi pour la compagnie de transformation et pour nous car cela nous assure une présence dans l’océan Indien. Notre ambition est d’arriver à traiter un volume d’albacore équivalent à $ 30 m ou $ 40 m par an à Maurice, qui est pour nous une nouvelle source d’approvisionnement.

● Vous n’envisagez pas d’autres productions à Maurice à part des longes d’albacore?

L’usine d’IBL a des projets pour faire autre chose telles des conserves en pot de verre. Le problème est que des produits finis aux Etats-Unis sont frappés de droits de douanes de 12,5 %. Sur le marché européen, Maurice ne paye pas de droits grâce aux préférences commerciales.

Dans les produits finis, Maurice serait en compétition avec Taïwan et le fret sera un handicap. Taiwan opère à une si grande échelle qu’elle peut amortir le coût du fret. Maurice pourra difficilement concurrencer Taïwan.

On ne peut pas envisager d’avoir une conserverie à Maurice à cause des droits de douane. D’ailleurs, nos conserveries sont aux Etats-Unis. La distance joue également contre Maurice.

● Quels sont selon vous les atouts de Maurice dans le domaine des produits de mer?

Cela fait des années que je n’étais pas venu à Maurice. Et en arrivant, j’ai été impressionné par ce que j’ai vu et par les progrès réalisés comparativement à ce que j’avais vu, il y a dix ans. Les facilités portuaires pour les bateaux de pêche sont excellentes et les facilités pour la réparation des palangriers sont également à niveau. Maurice a également des chambres froides d’une capacité supérieure à tout ce qu’on peut trouver dans la région.

J’avais entendu parler de ces développements mais je n’y croyais pas trop. Jusqu’à ce que je le constate de visu. Je pense que les visiteurs étrangers qui participeront à la conférence seront aussi agréablement surpris que moi.

Lorsque les pêcheurs espagnols compareront vos infrastructures et celles qui existent aux Seychelles et à Madagascar, je pense que ce sera une opportunité pour vous d’attirer un volume de poisson encore plus important.

● Maurice a de grandes ambitions pour le “seafood hub”. Nous voulons doubler le nombre d’emplois et le volume d’exportation en deux ans. Pensez-vous que c’est réalisable?

C’est une possibilité réelle. Mais je crois que votre croissance future dépendra d’autres produits de mer que le thon. Avec les investissements importants consentis dans les infrastructures, vous pouvez devenir un port de destination pour tous les pays qui pêchent très loin, des pays comme le Japon, Taïwan, la Corée, l’Espagne et la France, par exemple.

Tous les vaisseaux de ces pays qui pêchent dans l’océan Indien ont besoin d’un port pour décharger leurs prises. Un bon nombre de ces bateaux ont recours au transbordement en pleine mer pour éviter le trajet vers un port.

Mais je crois qu’au cours des cinq prochaines années, il y aura des limitations et restrictions sur le transbordement en pleine mer. Cette pratique pourrait même être éliminée.

Cela veut dire que les bateaux auront besoin de toucher un port pour débarquer leurs prises. Ils auront à prendre en considération les facilités offertes pour le déchargement ou le transbordement. Mais ils auront aussi à étudier les autres services offerts.

Par exemple, un bateau qui pêche de l’albacore ramène aussi entre 10 et 15 % d’autres types de poissons qui ont une valeur commerciale. Il faudra une chambre froide pour les stocker jusqu’à ce qu’il y ait un volume suffisant pour être expédié par conteneur.

L’infrastructure est donc un élément déterminant. Maurice a la possibilité de devenir un port de pêche important pour toutes sortes de produits de mer. On pourra y développer des transformations secondaires et des produits à valeur ajoutée.

Dans la région, les Seychelles ont des infrastructures plutôt bonnes. Mais à Maurice, vous avez la possibilité de devenir une base importante pour les palangriers et pour le service des bateaux de pêche.

● Y a-t-il de la place pour une troisième conserverie ou usine de transformation de thon à Maurice ?

Je pense qu’il y a davantage d’opportunités pour d’autres types de produits, tels que des produits frais, congelés ou à forte valeur ajoutée. Pour une troisième usine de traitement de thon, ce sera très difficile. L’albacore est un bon filon mais les prises sont variables.

Maurice est située trop au sud de l’océan Indien tandis que les Seychelles sont idéalement situés. L’archipel est plus proche pour les bateaux de pêche.

Une autre usine de thon ne sera viable que si elle est associée à un partenaire étranger qui lui assure l’approvisionnement en poisson car le vrai problème est justement d’avoir du poisson.

Les Seychelles traitent 450 tonnes de poisson par jour, Madagascar 350 tonnes et Maurice n’est pas loin des 450 tonnes. C’est un bon niveau de production.

Propos recueillis par Stéphane SAMINADEN

Publicité